Psychanalyse, psychothérapie psychodynamique ou thérapie d'inspiration analytique
Trois cadres différents se réclament de la théorie psychanalytique. La psychanalyse au sens strict n'en représente que le premier. Ils se distinguent par la fréquence des séances, la durée totale et le degré de structuration du travail. Confondre les trois conduit à s'engager dans un dispositif inadapté à sa situation ou à ses moyens.
| Critère | Cure psychanalytique type | Psychothérapie psychodynamique | Thérapie brève d'inspiration analytique |
|---|
| Fréquence | 2 à 3 séances par semaine | 1 à 2 séances par semaine | 1 séance par semaine |
| Durée totale | Plusieurs années | Quelques mois à 2 ans | Moins de 40 séances |
| Dispositif | Divan, analyste hors du champ visuel | Face à face le plus souvent | Face à face, cadre fixé à l'avance |
| Objectif | Remaniement du fonctionnement psychique | Réduction des symptômes et travail sur les schémas relationnels | Résolution d'un conflit focalisé |
| Niveau de preuve | Peu d'essais contrôlés randomisés disponibles | Documenté par plusieurs méta-analyses | Le plus documenté des trois |
Jonathan Shedler définit la psychothérapie psychodynamique, dans une formulation traduite de l'anglais, comme « un ensemble de traitements fondés sur les concepts et les méthodes psychanalytiques, qui impliquent des rencontres moins fréquentes et peuvent être considérablement plus brèves que la psychanalyse proprement dite ». La fréquence typique y est d'une à deux séances par semaine, et le traitement peut être limité dans le temps ou ouvert.
Cette distinction a une conséquence pratique immédiate. La quasi-totalité des données d'efficacité disponibles porte sur les psychothérapies psychodynamiques, pas sur la cure type. Les essais contrôlés randomisés supposent un protocole standardisé, une durée fixée et des mesures répétées, trois conditions qu'une psychanalyse de six ans à trois séances par semaine satisfait difficilement. L'absence de preuve d'efficacité de la cure type reflète d'abord une difficulté méthodologique, pas une démonstration d'inefficacité.
Pour situer ces trois cadres parmi l'ensemble des options disponibles, le panorama des approches thérapeutiques validées de Todopsy réunit les fiches consacrées à chaque famille, avec leurs indications et leur niveau de preuve.
Reconnaître les situations où une approche analytique a du sens
Les personnes qui entament une psychanalyse ou une psychothérapie psychodynamique arrivent rarement avec un diagnostic isolé. L'étude de Doidge et ses collaborateurs, publiée en 1994 et reprise dans l'expertise Inserm, a documenté les caractéristiques de 580 patients traités en psychanalyse : le nombre moyen de troubles de l'axe I du DSM-III présents au début du traitement s'élevait à 4,16, et 71,4 % des cas s'accompagnaient d'au moins un diagnostic de l'axe II, c'est-à-dire un trouble de la personnalité.
Les repères qui orientent vers un travail en profondeur
Certains motifs de consultation reviennent avec régularité dans les indications posées par les praticiens.
- La répétition. Une même configuration relationnelle se reproduit malgré la volonté d'en sortir : partenaires successifs indisponibles émotionnellement, conflits identiques avec chaque hiérarchie, échecs qui surviennent au moment précis où la réussite approche.
- L'écart entre la compréhension et le changement. La personne explique très bien ses difficultés, en connaît l'origine supposée, et constate que cette compréhension ne modifie rien. Shedler nomme cette situation la différence entre insight intellectuel et insight émotionnel.
- Les symptômes sans cause organique retrouvée. Douleurs, troubles fonctionnels et plaintes somatiques pour lesquelles le bilan médical ne retrouve pas de lésion. Ce champ recoupe celui décrit dans notre fiche sur l'anxiété, la santé et la somatisation.
- La chronicité. Un état dépressif installé depuis des années, de faible intensité mais permanent, correspond au tableau détaillé dans notre fiche dysthymie et dépression chronique.
- L'inhibition durable. Un empêchement d'agir qui traverse plusieurs domaines de vie, professionnel, affectif et social.
Causes et facteurs de risque documentés
Le modèle psychodynamique rapporte les difficultés actuelles à des conflits non résolus de l'enfance et à la manière dont les premières relations d'attachement structurent le rapport aux autres. Ce modèle décrit un mécanisme, il ne remplace pas l'épidémiologie des facteurs de risque.
Les données françaises situent les populations exposées. Le Baromètre de Santé publique France 2024 mesure une prévalence de l'épisode dépressif caractérisé de 15,6 % chez les 18-79 ans, avec un écart marqué entre les femmes (18,2 %) et les hommes (12,8 %). La gravité culmine chez les 40-49 ans, où 7,1 % des adultes présentent un épisode sévère. Les jeunes adultes, les personnes en situation de précarité et les personnes isolées figurent parmi les groupes les plus exposés, et La Réunion ainsi que l'Occitanie affichent des prévalences significativement supérieures à la moyenne nationale.
Le recours aux soins constitue le point noir. Toujours selon Santé publique France, 44 % des personnes concernées par un épisode dépressif caractérisé dans l'année n'ont bénéficié d'aucune prise en charge, et cette proportion monte à 54 % chez les hommes. Plus de la moitié des agriculteurs, artisans, commerçants, chefs d'entreprise et ouvriers concernés sont restés sans suivi. Le médecin généraliste demeure le premier point de contact des personnes qui entrent dans un parcours.

Qui pose le diagnostic et quels titres sont protégés en France
La psychanalyse ne relève d'aucune procédure diagnostique : aucun psychanalyste ne pose de diagnostic médical au sens réglementaire. Le diagnostic psychiatrique relève du médecin, psychiatre ou généraliste. Le psychologue clinicien réalise une évaluation psychologique et peut faire passer des outils standardisés. Cette répartition détermine le professionnel à consulter en premier.
Trois titres, trois régimes juridiques
Le titre de psychologue est protégé par la loi française et suppose un master de psychologie assorti d'un stage professionnel. Depuis 2022, l'enregistrement des psychologues s'effectue dans le Répertoire partagé des professionnels de santé (RPPS), qui a remplacé le répertoire ADELI.
Le titre de psychothérapeute est encadré par le décret n° 2010-534 du 20 mai 2010, modifié par le décret du 7 mai 2012. L'inscription au registre national des psychothérapeutes suppose une formation en psychopathologie clinique de 400 heures minimum et un stage pratique d'une durée d'au moins cinq mois. L'accès à cette formation est réservé aux titulaires d'un diplôme de niveau doctorat donnant droit d'exercer la médecine en France, ou d'un diplôme de niveau master dont la spécialité ou la mention est la psychologie ou la psychanalyse. L'autorisation d'usage du titre est délivrée par le directeur général de l'agence régionale de santé.
Le titre de psychanalyste n'est protégé par aucun texte législatif ou réglementaire. N'importe qui peut s'en prévaloir. La régulation passe exclusivement par les associations professionnelles, qui délivrent leurs propres reconnaissances au terme d'un cursus long comprenant une analyse personnelle, des supervisions et un enseignement théorique.
Vérifier la formation d'un praticien
La Société Psychanalytique de Paris (SPP), fondée en 1926 et première association psychanalytique créée en France, regroupe environ 850 psychanalystes membres actifs ou honoraires, et plus de 900 praticiens en comptant ses instituts de formation. L'Association Psychanalytique de France (APF) a été fondée en mai 1964. Ces deux sociétés, affiliées à l'International Psychoanalytical Association pour la première, publient leurs annuaires de membres.
Trois vérifications suffisent avant un premier rendez-vous. Demandez le numéro RPPS si le praticien se présente comme psychologue ou comme médecin. Demandez l'appartenance à une société de formation si le praticien se présente comme psychanalyste. Demandez le tarif et la fréquence envisagée dès le premier échange téléphonique.
Le niveau de preuve, trouble par trouble
La question de l'efficacité de la psychanalyse oppose depuis vingt ans deux corpus qui ne mesurent pas la même chose. Les connaître tous les deux permet de décider en connaissance de cause.
L'expertise collective de l'Inserm de 2004
La Direction générale de la santé a saisi l'Inserm d'une expertise collective sur l'efficacité des psychothérapies, rejointe par l'Union nationale des amis et familles de personnes malades psychiques (UNAFAM) et la Fnapsy, qui fédère les associations d'usagers de la psychiatrie,. Un groupe de psychiatres, psychologues, épidémiologistes et biostatisticiens a examiné trois approches : l'approche psychodynamique (psychanalytique), l'approche cognitivo-comportementale, et l'approche familiale et de couple. Plus de 1 000 articles ont été rassemblés, analysés au cours de onze séances de travail organisées entre mai 2002 et décembre 2003.
Le chapitre consacré à l'approche psychodynamique a retenu 11 méta-analyses portant sur des troubles spécifiques, 3 méta-analyses sur les psychothérapies brèves appliquées à plusieurs troubles, 12 études avec groupe contrôle et 11 études sans groupe contrôle. Le résultat qui a marqué les esprits tient en une ligne : sur les seize troubles étudiés, l'efficacité de l'approche psychanalytique n'a été retenue comme établie que pour les troubles de la personnalité. Le rapport de l'Inserm reste consultable en accès libre.
Les auteurs du chapitre ont eux-mêmes documenté les limites de leur exercice. Évaluer une psychothérapie psychodynamique à partir de catégories isolées de troubles issues du DSM-IV pose un problème de fond : la majorité des personnes qui s'engagent dans ce type de travail le font à l'occasion d'une dépression ou d'un symptôme particulier, susceptibles de s'améliorer rapidement, alors que la psychopathologie sous-jacente reste l'objet réel du traitement. La pathologie initiale d'appel est alors rapidement oubliée, et le résultat de son traitement n'est pas évalué.
Les méta-analyses postérieures
Une méta-analyse citée dans l'expertise elle-même, celle d'Andrews et Harvey publiée en 1981, avait agrégé 292 tailles d'effet issues de 81 essais contrôlés publiés entre 1941 et 1976, portant sur 2 202 patients présentant des plaintes névrotiques. Les psychothérapies psychodynamiques y obtiennent une taille d'effet moyenne de 0,72, contre 0,55 pour le placebo. Les études de suivi montrent des résultats stables plusieurs mois, puis un déclin lent estimé à 0,2 unité de taille d'effet par an.
Le tournant est venu de l'article de Jonathan Shedler, The Efficacy of Psychodynamic Psychotherapy, paru en février 2010 dans American Psychologist (volume 65, numéro 2, pages 98 à 109). Sa conclusion, traduite de l'anglais, est explicite : « Les données empiriques soutiennent l'efficacité de la thérapie psychodynamique. Les tailles d'effet de la thérapie psychodynamique sont aussi grandes que celles rapportées pour d'autres thérapies activement promues comme fondées sur les preuves. » La méta-analyse centrale agrège 23 études portant sur 1 431 patients souffrant de troubles non psychotiques, tous traités en thérapie psychodynamique brève de moins de quarante séances. La taille d'effet globale sur l'amélioration symptomatique atteint 0,97, alors qu'un seuil de 0,80 est considéré comme un effet large en recherche psychologique et médicale. Cette taille d'effet augmente de 50 %, à 1,51, lorsque les patients sont réévalués neuf mois ou plus après la fin du traitement.
Ce dernier point constitue l'argument le plus spécifique de l'approche : les bénéfices ne s'estompent pas à l'arrêt du suivi, ils continuent de croître. La comparaison de suivi rapportée dans la Revue du MAUSS précise les délais : un an et demi après un traitement psychodynamique de trente-sept semaines en moyenne, contre treize semaines après un traitement cognitivo-comportemental de seize semaines en moyenne.
Les travaux ultérieurs vont dans le même sens. La méta-analyse d'équivalence de Steinert, Leichsenring et leurs collaborateurs, publiée en 2017 dans American Journal of Psychiatry, conclut à l'équivalence des résultats entre thérapie psychodynamique et traitements dont l'efficacité est établie. La revue parapluie pré-enregistrée de Leichsenring et ses collaborateurs, parue en 2023 dans World Psychiatry, conclut que la thérapie psychodynamique satisfait les critères actualisés de traitement empiriquement soutenu pour plusieurs troubles mentaux courants de l'adulte.
Comment lire cette divergence
Les deux corpus ne sont pas contradictoires, ils portent sur des objets différents. L'expertise Inserm de 2004 a évalué des catégories diagnostiques une par une, avec des critères d'inclusion stricts, à une date où peu d'essais psychodynamiques manualisés existaient. Les méta-analyses postérieures évaluent l'amélioration globale sur des populations cliniques réelles, comorbidités comprises, avec des instruments de mesure élargis.
Une conséquence pratique en découle. Sur un trouble bien circonscrit et récent, l'anxiété sociale ou un trouble panique isolé, les données disponibles favorisent la thérapie cognitivo comportementale, qui dispose du corpus d'essais contrôlés le plus fourni. Sur un trouble de la personnalité, une problématique relationnelle répétitive ou une souffrance chronique multi-symptomatique, l'approche psychodynamique dispose d'un niveau de preuve au moins équivalent et d'un avantage documenté sur la durabilité des effets.
Le parcours de soin en France, étape par étape
Le chemin d'accès à une psychanalyse conditionne autant le résultat que le choix de l'approche elle-même. Huit étapes structurent un parcours qui aboutit.
- Formulez la demande en une phrase. Écrivez ce qui vous amène en une phrase concrète, avec sa date d'apparition. « Je me réveille à quatre heures du matin depuis huit mois » ouvre un dialogue clinique que « je vais mal » n'ouvre pas.
- Consultez votre médecin traitant. Le généraliste reste le premier point de contact selon le Baromètre de Santé publique France 2024. Il élimine les causes organiques, évalue la sévérité et oriente.
- Choisissez le cadre selon l'urgence. Une souffrance psychique d'intensité légère à modérée relève du dispositif Mon soutien psy. Une situation aiguë relève du centre médico-psychologique ou de l'urgence.
- Activez Mon soutien psy si vous êtes éligible. Lancé en avril 2022, le dispositif ouvre jusqu'à 12 séances par an chez un psychologue partenaire. La séance coûte 50 €, remboursée à 60 % par l'Assurance Maladie, les 40 % restants étant en général couverts par la complémentaire santé. L'accès est ouvert dès l'âge de 3 ans, sans plafond de revenus. La première séance est un entretien d'évaluation d'environ 55 minutes, les séances de suivi durent de 30 à 45 minutes. Deux voies existent : l'orientation par un médecin, un médecin scolaire, un médecin de PMI ou une sage-femme, ou la prise de rendez-vous directe auprès d'un psychologue partenaire. La liste officielle figure sur ameli.fr.
- Vérifiez vos droits à la gratuité. Les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire (C2S) n'ont aucun reste à charge. Les personnes en affection de longue durée (ALD) bénéficient d'une exonération du ticket modérateur selon les situations. Les femmes enceintes relèvent d'une prise en charge à 100 % pour les soins liés à la grossesse.
- Demandez un rendez-vous en centre médico-psychologique. Le CMP est la structure de consultation gratuite du service public de psychiatrie, sectorisée par territoire. Anticipez les délais : l'enquête sur l'organisation des centres médico-psychologiques publiée en 2015 par la F2RSM Psy mesurait un délai moyen de premier rendez-vous hors urgence supérieur à 67 jours, de près de 82 jours pour un rendez-vous avec un médecin, et de près de trois mois pour un rendez-vous avec un psychologue. Un CMP adulte suivait alors environ 1 000 patients par an, pour environ 9 actes par patient.
- Menez trois entretiens préliminaires. La psychanalyse commence par des entretiens en face à face avant tout engagement. Ils servent à poser l'indication, à vérifier que le cadre convient et à fixer fréquence, tarif et modalités d'annulation.
- Fixez le cadre par écrit. Notez la fréquence convenue, le montant de la séance, la règle applicable aux séances manquées et la durée des vacances du praticien. Un cadre flou produit des ruptures de suivi.
Le dispositif Mon soutien psy poursuit trois objectifs affichés par le Gouvernement : faciliter l'accès aux soins psychologiques quel que soit le niveau de revenus, désengorger les services psychiatriques en prenant en charge les situations légères à modérées en amont, et intégrer le psychologue dans le parcours de soins coordonnés. Les troubles concernés comprennent l'anxiété généralisée ou situationnelle, le stress chronique, les troubles de l'adaptation, la détresse psychique liée à un événement de vie difficile, la dépression légère à modérée et les troubles du comportement alimentaire sans critère de gravité immédiate. Les situations relevant d'une urgence psychiatrique, d'une dépendance sévère ou d'un trouble grave en sont exclues et nécessitent une orientation vers des structures spécialisées.
Si votre motif principal relève de l'anxiété, la fiche trouble anxieux généralisé (TAG) détaille les critères et les prises en charge. Si vous vous reconnaissez dans un tableau dépressif franc, consultez dépression majeure.
Trois situations types, chiffrées
Les trois situations qui suivent sont des compositions pédagogiques construites à partir de configurations cliniques décrites dans la littérature citée dans cet article. Elles ne rapportent aucun cas individuel réel et ne constituent ni un diagnostic ni une recommandation personnalisée.
Une femme de 34 ans, cadre en entreprise, épisodes dépressifs répétés depuis l'adolescence, troisième rechute en six ans. Chaque épisode cède aux mesures habituelles, puis revient. Le motif de consultation porte sur la répétition, pas sur l'épisode en cours. Cadre proposé : psychothérapie psychodynamique à une séance hebdomadaire. Durée envisagée : 18 à 24 mois. Coût hors dispositif : 60 € la séance, soit environ 2 400 € par an à raison de 40 séances effectives, et près de 4 800 € sur deux ans. Point de vigilance : la comorbidité mesurée par Doidge et ses collaborateurs, 4,16 troubles de l'axe I en moyenne chez les personnes entrant en psychanalyse, invite à ne pas traiter la rechute isolément.
Un homme de 47 ans, artisan, aucune consultation psychologique antérieure, insomnie et irritabilité depuis quatorze mois. Il fait partie des 54 % d'hommes qui, selon le Baromètre de Santé publique France 2024, traversent un épisode dépressif caractérisé sans aucune prise en charge, et de la catégorie professionnelle où plus d'un actif concerné sur deux reste sans suivi. Cadre proposé : entrée par le médecin traitant, puis Mon soutien psy. Coût : 12 séances à 50 €, remboursées à 60 %, soit un reste à charge de 240 € avant intervention de la complémentaire, ramené à 0 € en cas de C2S. Objectif de cette première séquence : lever l'obstacle de l'entrée dans le soin, avant d'envisager un travail plus long.
Une étudiante de 22 ans, anxiété sociale invalidante, évitement des présentations orales depuis trois ans. Le tableau est circonscrit, récent et bien décrit par les échelles standardisées. Les données d'essais contrôlés randomisés y sont plus fournies pour l'approche cognitivo-comportementale que pour l'approche analytique. Cadre proposé en première intention : protocole cognitivo-comportemental structuré, avec réévaluation à 12 séances. Bascule vers un travail psychodynamique envisageable si l'évitement persiste malgré la levée des symptômes cibles, ce qui oriente vers une problématique plus large que la seule phobie sociale. Notre fiche anxiété sociale détaille les critères diagnostiques.
Ces trois situations illustrent une règle simple d'orientation : plus le tableau est circonscrit et récent, plus les protocoles courts et manualisés disposent de données solides ; plus la souffrance est ancienne, diffuse et liée au fonctionnement relationnel, plus l'approche psychodynamique trouve son indication.
Combien de temps, à quelle fréquence, à quel coût
Durée et rythme
Une psychanalyse au sens de la cure type se mène à raison de deux à trois séances hebdomadaires, sur plusieurs années. Les séances durent en général 45 minutes, pour un créneau réservé d'une heure. La psychothérapie psychodynamique se conduit à une ou deux séances par semaine, sur une durée qui s'étend de quelques semaines à deux ans selon les descriptions professionnelles. Les thérapies psychodynamiques brèves étudiées par les méta-analyses tiennent en moins de quarante séances, avec une moyenne de trente-sept semaines de traitement dans le corpus rapporté par la Revue du MAUSS.
Aucun praticien sérieux n'annonce une durée ferme au premier entretien. Ce qui s'annonce, c'est la fréquence, le tarif et le rythme de réévaluation.
Coût réel et prise en charge
Aucun barème public ne consolide les tarifs des psychanalystes et psychothérapeutes exerçant en libéral, dont les honoraires ne sont pas encadrés. Les répertoires professionnels français consultés en 2026 situent la séance entre 40 et 100 €, avec une fourchette de 50 à 70 € en région et de 80 à 100 € en Île-de-France. Le seul tarif réglementé est celui du dispositif Mon soutien psy : 50 € l'entretien d'évaluation, 50 € chaque séance de suivi, sans dépassement d'honoraires possible dans ce cadre, selon la convention signée entre les psychologues partenaires et l'Assurance Maladie.
Deux chemins, deux budgets, qui ne se cumulent pas sur les mêmes séances. En libéral hors dispositif, une année de suivi hebdomadaire à 60 € la séance et 40 séances effectives représente 2 400 €, intégralement à votre charge sauf intervention de votre complémentaire santé. Dans le cadre de Mon soutien psy, 12 séances au tarif réglementé de 50 € représentent 600 €, dont 360 € remboursés par l'Assurance Maladie, soit 240 € de reste à charge, ramenés à 0 € pour un bénéficiaire de la Complémentaire santé solidaire. En centre médico-psychologique, la consultation est gratuite, au prix d'un délai d'attente qui atteignait près de trois mois pour un rendez-vous avec un psychologue dans l'enquête F2RSM Psy de 2015.
Ces ordres de grandeur méritent d'être posés dès le premier appel téléphonique. Un engagement de deux ans à raison d'une séance hebdomadaire représente un budget comparable à celui d'une dépense contrainte du foyer, et le sujet n'a rien d'indélicat à aborder avec un praticien.
Quelle place pour les proches
Les proches occupent une place réelle dans le rétablissement, sans devenir soignants. Trois repères délimitent cette place.
Ce qui aide. Nommer ce que l'on observe, avec des faits datés plutôt qu'avec des interprétations. « Tu ne dors plus depuis trois semaines et tu as annulé les deux derniers repas de famille » ouvre une conversation. « Tu déprimes » la ferme. Proposer un accompagnement matériel concret, prendre le rendez-vous ensemble, garder les enfants pendant la séance, conduire au CMP, lève des obstacles pratiques qui pèsent lourd dans les 44 % de personnes sans prise en charge mesurées par Santé publique France en 2024.
Ce qui nuit. Poser un diagnostic à la place d'un professionnel, commenter le contenu des séances, exiger des comptes rendus. Le travail analytique repose sur la confidentialité de ce qui s'y dit, y compris vis-à-vis du conjoint et des parents. Un proche qui demande à savoir ce qui se dit en séance fragilise le cadre.
Ce qui protège le proche lui-même. L'entourage d'une personne en souffrance psychique s'épuise. L'Union nationale de familles et amis de personnes malades et handicapées psychiques (UNAFAM), partenaire de l'expertise Inserm de 2004, propose écoute, groupes de parole et accompagnement dédiés aux familles dans chaque département. Un proche qui s'effondre ne soutient plus personne.
Une règle vaut dans tous les cas : un proche n'est jamais le thérapeute de la personne qu'il aime, et un praticien ne prend pas en analyse un membre de son propre entourage.
Signaux d'alerte et numéros à composer
Certaines situations sortent du champ de la psychothérapie ambulatoire et appellent une réponse immédiate. Elles ne relèvent ni de la psychanalyse ni d'aucune psychothérapie au long cours tant que la sécurité n'est pas assurée.
Composez le 3114, numéro national de prévention du suicide, joignable 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 depuis toute la France, gratuitement, en présence d'idées suicidaires, d'un plan de passage à l'acte ou d'un désespoir envahissant.
Composez le 15 (Samu) devant une urgence vitale : tentative de suicide en cours, intoxication, état de conscience altéré, agitation avec risque pour la personne ou pour autrui. Le 112 est le numéro d'urgence européen. Le 119 répond pour l'enfance en danger. Le 3919 répond aux violences faites aux femmes.
Les signaux qui justifient un avis spécialisé rapide, sans attendre le prochain rendez-vous, comprennent l'apparition d'idées de mort persistantes, une perte de poids rapide, un arrêt complet de l'alimentation ou du sommeil, un discours désorganisé, des perceptions que l'entourage ne partage pas, et une consommation d'alcool ou de substances qui s'installe. Notre fiche idées suicidaires et désespoir décrit ces situations et la conduite à tenir.
Les situations relevant d'une urgence psychiatrique, d'une dépendance sévère ou d'un trouble grave sont explicitement exclues du dispositif Mon soutien psy par l'Assurance Maladie et nécessitent une orientation vers des structures spécialisées.
Les notions que vous rencontrerez pendant une cure
Le vocabulaire de la psychanalyse décourage plus d'un lecteur. Six notions suffisent à comprendre ce qui se joue dans un cabinet.
Refoulement, résistance et répétition
Le refoulement désigne l'opération par laquelle une représentation liée à une pulsion est maintenue hors de la conscience. Freud et Josef Breuer y sont parvenus dans les Études sur l'hystérie, publiées en 1895, en concluant que la personne souffre de manière inconsciente de traumatismes passés vécus dans l'enfance.
La résistance désigne tout ce qui, dans le déroulement de la cure, s'oppose au travail. Elle prend des formes grossières, séances manquées, retards, réponses évasives, et des formes subtiles que Shedler énumère : changements de sujet quand certaines idées surgissent, focalisation sur les aspects accessoires d'une expérience plutôt que sur ce qui est psychiquement signifiant, attention aux faits et aux événements à l'exclusion des affects, insistance sur les circonstances extérieures plutôt que sur son propre rôle dans les événements. Le thérapeute psychodynamique explore activement ces évitements au lieu de les contourner.
La compulsion de répétition nomme la tendance à reproduire des configurations douloureuses. Un homme attiré de façon répétée par des partenaires émotionnellement indisponibles, une femme qui se met en échec au moment où la réussite est à portée, sont les exemples que Shedler donne lui-même. La personne est parfois pleinement consciente de ces schémas et se sent impuissante à en sortir.
Les deux topiques
Freud a proposé deux modèles successifs du psychisme. La première topique, élaborée entre 1895 et 1905 environ, distingue inconscient, préconscient et conscient. La seconde topique, développée de 1920 à 1938 à partir d'Au-delà du principe de plaisir, articule le ça, le moi et le surmoi. Le passage de l'une à l'autre a été rendu nécessaire par l'élaboration de la seconde théorie des pulsions. Ces modèles ne sont pas des descriptions anatomiques du cerveau, ce sont des représentations fonctionnelles du conflit psychique.
Les courants français
En France, l'essentiel des débats internes porte sur l'enrichissement des concepts freudiens, cristallisé autour des travaux et de la personnalité de Jacques Lacan, dont le retour au texte de Freud et la théorie du signifiant marquent durablement la clinique francophone. Au Royaume-Uni, la controverse a opposé les partisans du renouveau théorique réunis autour de Melanie Klein et leurs opposants regroupés autour d'Anna Freud. Donald Winnicott et Wilfred Bion ont enrichi le champ de la relation précoce et de la pensée. Sándor Ferenczi a ouvert la question de la technique active.
Ces filiations comptent au moment de choisir un praticien : un analyste de la Société Psychanalytique de Paris, affiliée à l'International Psychoanalytical Association, et un analyste de tradition lacanienne ne conduisent pas la cure de la même façon, notamment sur la durée des séances.
Ce que la théorie de l'attachement a changé
La thérapie basée sur la mentalisation (TBM ou MBT), développée en 2004 par Bateman et Fonagy, illustre la voie par laquelle des concepts psychodynamiques ont rejoint le corpus des traitements évalués. Elle repose sur la théorie de l'attachement de Bowlby et sur l'hypothèse qu'un déficit de mentalisation, c'est-à-dire de la capacité à se représenter ses propres états mentaux et ceux d'autrui, contribue au développement du trouble de la personnalité borderline. Les revues de traitement du trouble borderline retiennent quatre psychothérapies structurées et manualisées : la thérapie comportementale dialectique, la thérapie basée sur la mentalisation, la thérapie focalisée sur le transfert et la thérapie des schémas. Deux d'entre elles descendent directement de la psychanalyse.
La psychanalyse en France, repères historiques et institutionnels
La France occupe une place singulière dans l'histoire de la psychanalyse. La Société Psychanalytique de Paris, fondée en 1926, est la première association psychanalytique créée dans le pays et reste la plus ancienne et la plus importante société française affiliée à l'International Psychoanalytical Association. Elle regroupe aujourd'hui environ 850 psychanalystes membres actifs ou honoraires, et dépasse 900 praticiens en incluant ses instituts de formation.
Le mouvement s'est ensuite fragmenté. L'Association Psychanalytique de France a été fondée en mai 1964, à la suite d'une scission d'une organisation antérieure. Ces divisions successives portaient sur la formation des analystes, la durée des séances et le rapport au texte freudien. Elles expliquent qu'aucune instance unique ne représente aujourd'hui la psychanalyse française, et que la reconnaissance d'un praticien dépende de la société à laquelle il appartient.
Une discipline discutée depuis son origine
La psychanalyse fait l'objet de critiques depuis ses débuts, internes au mouvement comme extérieures à lui. Elles portent sur trois plans : sa scientificité, au sens du critère de réfutabilité formulé par Karl Popper ; la pertinence de sa description du psychisme ; son efficacité thérapeutique. Un certain nombre d'auteurs la classent parmi les disciplines pseudoscientifiques. Freud lui-même répondait à ces objections, comme le rapporte Smiley Blanton, un analysant américain des années 1930 : « On dirait que pour eux l'analyse est tombée du Ciel ou sortie de l'Enfer, qu'elle est figée, tel un bloc de lave et non pas construite à partir d'un ensemble de faits lentement et péniblement réunis au prix d'un travail méthodique. »
Deux événements ont profondément marqué la position de la psychanalyse dans le débat public français. L'expertise collective de l'Inserm publiée en février 2004 a d'abord conclu à une efficacité présumée établie sur un seul des seize troubles étudiés. La parution du Livre noir de la psychanalyse, dirigé par Catherine Meyer et publié aux éditions Les Arènes en 2005, a ensuite installé dans l'opinion l'idée que les effets thérapeutiques de la psychanalyse ne sont pas prouvés au sens de la médecine fondée sur les preuves. La Revue du MAUSS décrit ce moment comme ayant « durement secoué les milieux psychanalytiques en France ».
Le retournement de 2010
La publication de l'article de Jonathan Shedler dans American Psychologist en 2010 a inversé la charge de la preuve sur le terrain même des détracteurs de la psychanalyse. Pierre Prades, dans la Revue du MAUSS, résume la portée de l'événement : l'efficacité de la psychanalyse s'y trouve confirmée par la méthodologie quantitative que ses critiques revendiquaient. Depuis, la production de méta-analyses favorables aux thérapies psychodynamiques n'a pas cessé, avec la méta-analyse d'équivalence de 2017 puis la revue parapluie de 2023.
Le débat français reste vif, y compris sur la place de la psychanalyse dans la prise en charge de l'autisme, où la Haute Autorité de santé classe les interventions psychanalytiques et la psychothérapie institutionnelle parmi les interventions globales non consensuelles, faute de données probantes sur cette indication précise. Cette position, formulée pour un champ clinique déterminé, ne vaut pas jugement sur l'ensemble des indications de la psychanalyse.
Six idées reçues sur la psychanalyse, confrontées aux données
« La psychanalyse, c'est le divan pendant dix ans. » Le divan concerne la cure type. La très grande majorité des travaux d'inspiration analytique se conduit en face à face, à une séance hebdomadaire. Les méta-analyses d'efficacité portent sur des thérapies de moins de quarante séances. Les praticiens décrivent des cures entières menées assis, sans que la position allongée soit jamais proposée.
« Aucune preuve scientifique ne soutient la psychanalyse. » L'affirmation confond deux objets. La cure type dispose effectivement de peu d'essais contrôlés randomisés, pour des raisons de faisabilité méthodologique. Les psychothérapies psychodynamiques, elles, atteignent une taille d'effet de 0,97 sur 1 431 patients dans la synthèse de Shedler, au-dessus du seuil de 0,80 qui définit un effet large. Shedler écrit, dans un passage traduit de l'anglais, que « la perception selon laquelle les approches psychodynamiques manquent de soutien empirique ne concorde pas avec les données scientifiques disponibles et pourrait refléter une diffusion sélective des résultats de recherche ».
« Les thérapies comportementales sont supérieures sur tous les troubles. » L'expertise Inserm de 2004 a conclu à une efficacité présumée plus large de l'approche cognitivo-comportementale sur la majorité des troubles étudiés. Les méta-analyses d'équivalence postérieures, dont celle de Steinert, Leichsenring et leurs collaborateurs parue en 2017 dans American Journal of Psychiatry, ne retrouvent pas de différence significative d'efficacité entre thérapie psychodynamique et traitements de référence, y compris cognitivo-comportementaux. Le choix se joue sur le profil du trouble, pas sur une hiérarchie générale.
« Une psychanalyse ne sert qu'à parler de sa mère. » Le travail sur les expériences précoces vise leur écho dans le présent. Shedler formule l'objectif ainsi : la focalisation ne porte pas sur le passé pour lui-même, mais sur la lumière qu'il jette sur les difficultés psychologiques actuelles, dans le but d'aider les patients à se libérer des liens de l'expérience passée pour vivre plus pleinement le présent.
« Un psychanalyste est forcément médecin ou psychologue. » Le titre de psychanalyste ne fait l'objet d'aucune protection légale en France. Il est possible d'exercer sous ce titre sans diplôme d'État. La formation reconnue passe par les sociétés professionnelles, qui exigent analyse personnelle, supervisions et cursus théorique long. Cette vérification incombe donc au consultant.
« Les effets d'une thérapie s'estompent dès qu'elle s'arrête. » Sur les thérapies psychodynamiques, les données montrent l'inverse. La taille d'effet mesurée par Shedler passe de 0,97 en fin de traitement à 1,51 lors des réévaluations réalisées neuf mois ou plus après l'arrêt, soit une progression de 50 %. Les patients maintiennent leurs acquis et continuent de s'améliorer après la fin du suivi.
Ressources françaises à contacter
Lignes d'écoute et d'urgence. Le 3114 (prévention du suicide) répond 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Le 15 (Samu) traite l'urgence vitale, le 112 est le numéro d'urgence européen, le 119 couvre l'enfance en danger, le 3919 les violences faites aux femmes.
Structures de soin gratuites. Les centres médico-psychologiques (CMP) assurent des consultations gratuites au sein du service public de psychiatrie, sur secteur géographique. Les maisons des adolescents (MDA) accueillent, écoutent et orientent les 11-25 ans. Les associations agréées proposent des permanences d'écoute ou des consultations à tarif solidaire.
Information publique. Ameli.fr publie l'annuaire officiel des psychologues partenaires de Mon soutien psy, filtrable par localisation. Psycom, organisme public d'information sur la santé mentale, met à disposition des fiches sur les troubles, les traitements et les droits des usagers. Santé publique France publie les données de prévalence et de recours aux soins.
Associations de familles et d'usagers. L'UNAFAM accompagne les familles et les proches de personnes vivant avec des troubles psychiques. La Fnapsy fédère les associations d'usagers de la psychiatrie. Ces deux organisations ont participé à la saisine de l'Inserm en 2004.
Sociétés de psychanalyse. La Société Psychanalytique de Paris et l'Association Psychanalytique de France publient les annuaires de leurs membres, avec les modalités de premier contact.
Le déroulement d'une séance, du premier appel à la fin du travail
Le premier contact
L'entrée en psychanalyse commence par un appel téléphonique de quelques minutes. Le praticien demande ce qui vous amène, propose un premier rendez-vous et annonce son tarif. Trois questions méritent d'être posées à ce moment précis : quelle est votre formation, quelle fréquence envisagez-vous, quel est le montant de la séance. Un praticien qui esquive ces trois questions renseigne déjà sur son cadre de travail.
Les entretiens préliminaires
Deux à quatre entretiens en face à face précèdent tout engagement. Ils poursuivent trois objectifs : recueillir l'histoire de la personne et de sa demande, poser l'indication, et vérifier que le dispositif proposé correspond au moment de vie et aux moyens disponibles. Une indication de psychanalyse ne se pose pas au téléphone, et un praticien qui propose le divan dès la première rencontre s'écarte de la pratique décrite par les sociétés professionnelles.
Une séance ordinaire
La séance dure en général 45 minutes, dans un créneau réservé d'une heure. L'analysant parle, l'analyste écoute, fait préciser certains points et propose des interprétations. Cette économie de parole du côté du praticien déroute au début. Elle est délibérée : chaque intervention oriente les associations, et l'objectif est que le matériel vienne de l'analysant. Les silences font partie du dispositif, y compris les silences longs.
La séance ne délivre ni conseil ni programme d'exercices. La comparaison avec un protocole comportemental structuré est frappante sur ce point : là où le second fixe un ordre du jour et des tâches entre les séances, la psychanalyse laisse le contenu ouvert et travaille sur ce qui émerge, y compris sur ce qui résiste à émerger.
La fin du travail
Aucune date de fin n'est fixée au départ dans une cure type. Le travail s'achève lorsque les objectifs se sont déplacés et stabilisés, ce que l'expertise Inserm décrit précisément : la pathologie initiale d'appel est rapidement dépassée, et les objectifs se déplacent vers la recherche d'une meilleure santé mentale impliquant plusieurs dimensions. Dans une psychothérapie psychodynamique à durée limitée, le nombre de séances est au contraire fixé au départ, ce qui permet d'organiser le travail autour d'un foyer conflictuel identifié.
Préparer votre premier entretien
Un premier entretien mal préparé se solde par une orientation approximative. Cinq éléments, notés avant de partir, changent la qualité de la rencontre.
- La chronologie. Depuis quand le trouble dure-t-il, qu'est-ce qui l'a précédé, qu'est-ce qui l'aggrave et qu'est-ce qui le soulage. Une date d'apparition vaut mieux qu'une durée vague.
- Les épisodes antérieurs. Suivis précédents, approches essayées, durée, raison de l'arrêt. Un praticien informé de trois tentatives infructueuses ne propose pas le même cadre qu'à une personne qui consulte pour la première fois.
- Les traitements en cours. Molécules, posologies et prescripteur, à demander à votre médecin si vous ne les connaissez pas de mémoire. Le praticien a besoin de cette information, même s'il n'intervient pas sur la prescription.
- Le contexte de vie. Situation professionnelle, situation familiale, événements marquants des deux dernières années, isolement éventuel. Les données de Santé publique France identifient la précarité et l'isolement comme facteurs d'exposition majeurs.
- Vos contraintes. Budget mensuel disponible, créneaux compatibles avec votre emploi du temps, distance acceptable. Une psychanalyse à trois séances hebdomadaires ne se décide pas contre la réalité matérielle.
Ce que le premier entretien ne produit pas : un diagnostic ferme, une durée de traitement, une promesse de résultat. Un praticien qui annonce ces trois choses au premier rendez-vous s'écarte de la prudence attendue : aucune psychothérapie ne garantit un résultat.
Limites, risques et contre-indications
Une présentation honnête de la psychanalyse suppose d'exposer ce qu'elle ne fait pas et les situations où elle est déconseillée. La psychanalyse ne convient ni à toutes les personnes ni à tous les moments d'une trajectoire de soin.
Elle ne traite pas l'urgence. Un risque suicidaire actif, un état confusionnel, une décompensation psychotique aiguë relèvent d'une prise en charge psychiatrique immédiate. Aucune psychothérapie au long cours ne se substitue à cette réponse.
Elle ne remplace pas un traitement médicamenteux quand il est indiqué. La décision d'un traitement, son instauration et son arrêt relèvent exclusivement du médecin. Un praticien non médecin qui conseille d'arrêter un traitement sort de son champ de compétence.
Elle exige des ressources que tout le monde n'a pas. Un engagement de deux ans à une séance hebdomadaire suppose une stabilité géographique, un budget et une disponibilité horaire. Les 12 séances annuelles de Mon soutien psy ne couvrent pas ce format, et les délais en CMP dépassaient trois mois pour un rendez-vous avec un psychologue dans l'enquête F2RSM Psy de 2015.
Les données sur la schizophrénie sont défavorables. L'expertise Inserm a examiné trois méta-analyses sur cette indication et n'a pas retenu l'efficacité de l'approche psychodynamique. Les recommandations actuelles y placent les traitements médicamenteux et les interventions psychosociales structurées en première ligne.
L'effet mesuré décline lentement en l'absence de consolidation. La méta-analyse d'Andrews et Harvey estimait la diminution de la taille d'effet à 0,2 unité par an après l'arrêt, sur un corpus ancien. Une rechute ne signifie pas nécessairement l'échec du traitement, et encore moins que le travail est terminé.
Le cadre peut être mal tenu. L'absence de protection du titre de psychanalyste laisse la place à des pratiques non encadrées. Les signaux qui doivent conduire à interrompre : un praticien qui donne des conseils de vie directifs, qui entretient une relation en dehors du cabinet, qui refuse de communiquer sa formation, qui commente le contenu des séances à des tiers, ou qui décourage la consultation d'un médecin.
Sur des tableaux circonscrits comme le trouble panique ou les troubles obsessionnels compulsifs, l'orientation de première intention se discute avec les données disponibles. Notre fiche TOC et troubles obsessionnels compulsifs et notre fiche attaque de panique et trouble panique exposent les protocoles évalués sur ces indications.
FAQ : psychanalyse et psychothérapies psychodynamiques
Quelle est la différence entre un psychiatre, un psychologue et un psychanalyste ?
Le psychiatre est un médecin : il pose un diagnostic, prescrit des traitements et ses consultations sont remboursées par l'Assurance Maladie. Le psychologue détient un master de psychologie, titre protégé par la loi française, et est enregistré au RPPS depuis 2022. Le psychanalyste exerce sous un titre que la loi française ne protège pas ; sa légitimité repose sur son cursus au sein d'une société de psychanalyse, comprenant une analyse personnelle et des supervisions. Un même praticien cumule fréquemment deux de ces qualités.
Combien de temps dure une psychanalyse ?
La cure type se compte en années, à raison de deux à trois séances hebdomadaires, sans date de fin fixée au départ. Une psychothérapie psychodynamique se conduit à une ou deux séances par semaine, sur quelques semaines à deux ans selon les descriptions professionnelles. Les thérapies psychodynamiques brèves évaluées par les méta-analyses tiennent en moins de quarante séances, pour une durée moyenne de trente-sept semaines dans le corpus rapporté par la Revue du MAUSS. Le praticien annonce la fréquence, jamais une durée ferme.
La psychanalyse est-elle remboursée par la Sécurité sociale ?
Les séances chez un psychanalyste en libéral ne sont pas remboursées, sauf lorsque le praticien est également médecin et facture une consultation médicale. Le dispositif Mon soutien psy prend en charge 12 séances par an à 50 €, remboursées à 60 % par l'Assurance Maladie, chez un psychologue partenaire signataire de la charte. Les consultations en centre médico-psychologique sont gratuites. Les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire n'ont aucun reste à charge dans le cadre de Mon soutien psy.
Faut-il obligatoirement s'allonger sur le divan ?
Non. Le divan appartient au dispositif de la cure type et n'est proposé qu'après une période d'entretiens en face à face, parfois plusieurs mois. Les praticiens décrivent des cures entières menées assis, à la préférence de l'analysant. La position allongée poursuit un objectif technique : soustraire le visage de l'analyste au champ de vision, pour que les associations ne soient pas orientées par ses expressions. Les psychothérapies psychodynamiques se conduisent très majoritairement en face à face.
Faut-il choisir entre psychanalyse et thérapie cognitivo-comportementale ?
Le choix se fait sur le profil du trouble. Sur un tableau récent et circonscrit, phobie spécifique, trouble panique isolé, troubles obsessionnels compulsifs, l'approche cognitivo-comportementale dispose du corpus d'essais contrôlés le plus fourni. Sur un trouble de la personnalité, une souffrance ancienne ou une difficulté relationnelle qui se répète, l'approche psychodynamique dispose d'un niveau de preuve au moins équivalent selon la méta-analyse de Steinert et Leichsenring de 2017, et d'un avantage documenté sur la durabilité des effets.
Que se passe-t-il si le courant ne passe pas avec le praticien ?
La qualité de la relation conditionne le résultat, et changer de praticien est légitime. Deux nuances s'imposent : un inconfort qui apparaît après plusieurs mois de travail relève parfois du transfert lui-même, et mérite d'être verbalisé en séance avant toute décision. Un malaise présent dès les premiers entretiens, ou lié à un manquement au cadre, justifie en revanche d'arrêter et de consulter ailleurs. Aucun engagement contractuel ne lie l'analysant à son praticien.
Une psychanalyse peut-elle aggraver un état dépressif ?
Le travail analytique remet en circulation des affects douloureux, et des périodes d'inconfort accompagnent le processus. Cela se distingue d'une aggravation clinique : perte de poids rapide, apparition d'idées de mort, arrêt du sommeil ou de l'alimentation justifient un avis médical sans attendre le prochain rendez-vous. Le praticien doit être informé de tout traitement en cours et de tout suivi médical parallèle, et l'articulation entre les deux prises en charge fait partie de son travail.
La psychanalyse convient-elle aux enfants et aux adolescents ?
Les approches psychodynamiques disposent d'adaptations pédiatriques, avec un travail par le jeu et le dessin chez le jeune enfant. Le dispositif Mon soutien psy est ouvert dès l'âge de 3 ans, avec recueil du consentement des titulaires de l'autorité parentale pour les mineurs. Les maisons des adolescents accueillent les 11-25 ans. Les délais en psychiatrie infanto-juvénile restent le principal obstacle : l'enquête F2RSM Psy de 2015 mesurait un délai moyen de 116 jours pour un premier rendez-vous, contre 21 jours en psychiatrie générale.
Comment Todopsy vous accompagne dans le choix d'une approche
Todopsy est une plateforme française dédiée à la psychologie, entièrement gratuite à tous les niveaux, sans publicité ni mur payant. Trois services répondent aux trois moments du parcours décrit dans ce guide.
Comprendre. Les articles, dossiers, revues de cas et revues de littérature couvrent l'ensemble du champ de la psychologie, sources citées et références vérifiables, en accès libre. Le panorama des approches thérapeutiques validées réunit les fiches consacrées à chaque grande approche, leurs indications et leur niveau de preuve.
Trouver le bon praticien. La mise en relation combine un algorithme, une couche d'intelligence artificielle et un conseil humain, pour orienter vers le professionnel dont l'approche correspond à votre situation. Ce service est gratuit, sans commission prélevée sur la relation thérapeutique, qui se noue ensuite hors plateforme.
Consulter à distance. Une plateforme de visioconférence est offerte aux psychologues qui souhaitent l'utiliser pour recevoir leurs patients à distance, sans abonnement ni commission. Elle lève un obstacle géographique pour les personnes éloignées d'un praticien formé à l'approche recherchée.
Todopsy informe et oriente ; la plateforme ne pose aucun diagnostic et ne se substitue à aucune consultation.
Conclusion
Choisir une approche thérapeutique se décide sur trois éléments concrets : la nature du trouble, l'ancienneté de la souffrance et les ressources disponibles en temps et en argent. Sur un tableau récent et bien délimité, les protocoles courts et manualisés disposent du corpus d'essais le plus fourni. Sur une difficulté ancienne, relationnelle et répétitive, la psychanalyse et les psychothérapies psychodynamiques atteignent une taille d'effet de 0,97 dans la synthèse de Jonathan Shedler, portée à 1,51 neuf mois après la fin du traitement, un profil de durabilité qu'aucune autre famille d'approches ne documente aussi nettement.
Le chemin d'accès compte autant que l'approche. Le médecin traitant reste la première porte, Mon soutien psy ouvre 12 séances remboursées à 60 % dès 3 ans, le CMP assure la gratuité au prix du délai, et le 3114 répond en permanence lorsque la situation dépasse le cadre d'une psychothérapie. La psychanalyse n'est ni la relique que ses détracteurs décrivent ni la réponse universelle que ses partisans avancent : c'est une approche dont les indications, les preuves et les limites sont désormais documentées, et qui se choisit sur pièces.
À lire également :
Sources :
- Remboursement de séances chez le psychologue : dispositif Mon soutien psy : Assurance Maladie, 2026
- Mon soutien psy : 12 séances remboursées, conditions et accès : info.gouv.fr, 2026
- Épisodes dépressifs : prévalence et recours aux soins, Baromètre de Santé publique France 2024 : Santé publique France, 2025
- Psychothérapie : trois approches évaluées, expertise collective : Inserm, 2004
- Études d'évaluation de l'approche psychodynamique (psychanalytique) : Inserm, 2004
- The Efficacy of Psychodynamic Psychotherapy : Jonathan Shedler, American Psychologist, 2010
- Psychodynamic Therapy: As Efficacious as Other Empirically Supported Treatments? : Steinert, Leichsenring et coll., American Journal of Psychiatry, 2017
- The status of psychodynamic psychotherapy as an empirically supported treatment for common mental disorders : Leichsenring et coll., World Psychiatry, 2023
- L'efficacité des thérapies psychodynamiques : une validation empirique de la psychanalyse ? : Pierre Prades, Revue du MAUSS, 2011
- Décret n° 2010-534 du 20 mai 2010 relatif à l'usage du titre de psychothérapeute : Légifrance, 2010
- Organisation des centres médico-psychologiques et délai d'obtention d'un rendez-vous : F2RSM Psy, 2015
- La Société Psychanalytique de Paris : Société Psychanalytique de Paris, 2026
- Psychanalyse : Wikipédia en français, 2026
- Psycom, information sur la santé mentale : Psycom, 2026