Repères pour reconnaître la situation au quotidien
Le chagrin lié à la perte d'un être aimé est très intense immédiatement après le décès, puis diminue progressivement, décrit le Cn2r. Cette décroissance n'est ni linéaire ni régulière. Margaret Stroebe et Henk Schut ont proposé en 1999 un modèle d'ajustement fondé sur un double processus : la personne endeuillée oscille entre des stresseurs liés à la perte, comme les pleurs et les ruminations, et des stresseurs liés à la restauration, comme les responsabilités nouvelles et les rôles à réapprendre. Un équilibre entre confrontation et évitement est jugé nécessaire à une adaptation saine. Autrement dit, les jours où vous pensez à autre chose ne trahissent pas le défunt : ils font partie du mécanisme.
Les manifestations du deuil et perte dans le corps et la pensée
Erich Lindemann a décrit dès 1944, à partir d'observations cliniques, les réactions typiques après une perte : perturbation somatique avec perte d'appétit, épuisement et manque de motivation, préoccupation envahissante par le souvenir du défunt, culpabilité, sentiments hostiles ou de colère, et difficulté à effectuer les routines quotidiennes. Quatre-vingts ans plus tard, ce tableau reste le socle de la description clinique.
Le sommeil mérite une attention particulière. Le Cn2r relève que 80 % des personnes souffrant d'un trouble de deuil prolongé rapportent un mauvais sommeil à long terme. Une insomnie qui persiste au-delà de plusieurs semaines, avec réveils nocturnes et fatigue diurne, constitue donc un indicateur utile, plus facile à objectiver qu'une intensité de tristesse. Notez sur quelques jours l'heure du coucher, le nombre de réveils et l'état au réveil : ce relevé simple vaut mieux qu'un souvenir global lors d'une consultation.
Les manifestations cognitives sont moins repérées par l'entourage. Elles comprennent des difficultés de concentration, une impression d'irréalité, des erreurs inhabituelles au travail, une perte du fil dans une conversation. Elles expliquent une part des accidents domestiques et des erreurs administratives dans les mois qui suivent un décès, et justifient de reporter les décisions patrimoniales lourdes quand le calendrier légal l'autorise. Le corps traduit également la charge émotionnelle par des douleurs, des troubles digestifs ou une oppression thoracique, un mécanisme détaillé dans nos repères sur l'anxiété, la santé et la somatisation.
Quand le deuil et perte suit une trajectoire habituelle
George Bonanno, professeur à Columbia University, a montré dès 2002 qu'il n'existe pas une trajectoire unique après une perte, mais un petit nombre de trajectoires distinctes : deuil chronique, deuil retardé, deuil absent, réaction dépressive, et résilience. Sa contribution majeure tient à ce dernier point : la résilience, c'est-à-dire le maintien d'un fonctionnement stable malgré la douleur, est l'une des trajectoires les plus fréquentes, et non une exception.
Trois indices orientent vers une trajectoire habituelle. La douleur reste vive mais son intensité varie selon les jours et les contextes. Les capacités de base sont préservées : se nourrir, dormir de façon imparfaite mais réelle, assurer l'essentiel du travail ou de la charge familiale. Enfin, des moments de plaisir ou d'apaisement réapparaissent, même brefs, même suivis de culpabilité. À l'inverse, une douleur d'intensité constante, sans variation ni répit, sur plusieurs mois, mérite un avis professionnel.
Combien de personnes sont concernées en France ?
Aucune enquête nationale ne recense les personnes confrontées à un deuil et perte en France. Les ordres de grandeur se reconstituent à partir des données de mortalité de l'Insee, des travaux de l'Institut national d'études démographiques (Ined) sur l'orphelinage et des estimations de prévalence du Cn2r. Le tableau ci-dessous rassemble les repères chiffrés vérifiables au moment de la rédaction.
| Indicateur | Valeur | Source et année |
|---|
| Décès en France | 651 000, soit 1,5 % de plus qu'en 2024 | Insee, bilan démographique 2025 (janvier 2026) |
| Solde naturel | Moins 6 000, premier solde négatif depuis 1945 | Insee, bilan démographique 2025 |
| Trouble de deuil prolongé chez l'adulte endeuillé | 7 à 10 % | Cn2r, dossier scientifique (novembre 2023) |
| Trouble de deuil prolongé après un décès violent | 49 % | Cn2r, dossier scientifique (novembre 2023) |
| Prévalence en population générale | 1,51 % selon la CIM-11, 1,2 % selon le DSM-5-TR | Cn2r, dossier scientifique (novembre 2023) |
| Enfants et adolescents développant dépression, stress post-traumatique ou deuil prolongé | 5 à 10 % | Cn2r, dossier scientifique (novembre 2023) |
| Orphelins de moins de 21 ans | 500 000, soit 3 % de cette classe d'âge | Ined, cité par la Fondation OCIRP (2018) |
| Mortalité périnatale | 11,2 pour 1 000 naissances, soit 7 398 enfants | Drees, données 2024 |
| Suicides par an | Plus de 9 000, soit environ 25 par jour | 3114, dossier de presse (août 2025) |
Trois lectures se dégagent de ce tableau. La mortalité française augmente structurellement depuis le début des années 2010, sous l'effet du vieillissement des générations du baby-boom, ce qui accroît mécaniquement le nombre de personnes confrontées à une situation de deuil et perte chaque année. La proportion de trajectoires qui se compliquent reste minoritaire, entre 7 et 10 % chez l'adulte. Enfin, cette proportion atteint 49 % après une mort violente, ce qui fait des circonstances du décès le premier facteur de tri.
La série longue de l'Insee précise l'ampleur du mouvement : 559 293 décès en 2014, 613 243 en 2019, 675 122 en 2022 au plus fort de la période pandémique, 643 168 en 2024, puis 651 000 en 2025, soit un taux de mortalité de 9,4 pour 1 000 habitants. Entre 2014 et 2025, le nombre annuel de décès a progressé de 16,4 %. Chaque point de cette courbe correspond à des familles entrant la même année dans une situation de deuil et perte, et le mouvement se poursuivra jusque dans les années 2040 avec le décès des générations nées durant le baby-boom.
L'orphelinage mérite une mention distincte. L'Ined estimait à 500 000 le nombre d'orphelins de moins de 21 ans en 2018, soit en moyenne un élève par classe au collège et deux au lycée. Neuf orphelins de père sur dix vivent avec leur mère. Nathalie Blanpain, à la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees), a documenté un effet mesurable sur le parcours scolaire : le décès du père diminue de 6 points les chances d'obtenir le baccalauréat. Le sujet deuil et perte ne se limite donc pas à une souffrance privée, il produit des inégalités durables et repérables.
Cécile Flammant a affiné ces estimations pour l'Ined dans Population & Sociétés n° 580, publié en août 2020 : environ 610 000 enfants et jeunes de moins de 25 ans étaient orphelins d'un parent ou des deux en France métropolitaine en 2015, dont 250 000 mineurs. La proportion diminue depuis 1999 grâce au recul de la mortalité adulte, mais cette baisse aurait été plus marquée sans le retard des naissances, qui élève l'âge moyen des parents et donc leur risque de mourir quand leurs enfants sont encore jeunes. Plus de neuf orphelins mineurs sur dix vivent avec un parent, le plus souvent dans une famille monoparentale. Le désavantage économique de ces foyers s'explique par la monoparentalité et par la position socioéconomique du parent présent : à structure familiale comparable, il disparaît.
Causes et facteurs de risque d'un deuil qui se complique
Le facteur de risque le mieux établi est la nature du décès. Une méta-analyse citée par la revue Minerva en octobre 2025 établit que près de la moitié des personnes qui perdent un proche de manière non naturelle, par accident, par suicide ou par homicide, développent un trouble de deuil prolongé. Le Cn2r retient un chiffre convergent, 49 % après un décès violent, contre 7 à 10 % en population endeuillée générale.
Le second facteur relève de la théorie de l'attachement. John Bowlby a décrit en 1980 quatre phases : un état d'engourdissement et d'incrédulité, une phase de recherche du défunt accompagnée de colère et de protestation, une phase de désespoir et de désorganisation, puis une réorganisation. L'incapacité à parvenir à cette réorganisation traduit, dans ce cadre, une fixation persistante sur la figure d'attachement perdue. Le lien avec le défunt compte donc autant que l'événement lui-même, ce qui explique pourquoi la perte d'un enfant et la perte d'un conjoint concentrent les formes les plus sévères de deuil et perte.
Huit facteurs de risque ressortent de la littérature et des documents cliniques français consultés pour cette page. Ils ne prédisent rien à l'échelle individuelle ; ils orientent la vigilance.
- Circonstances violentes ou soudaines du décès. Accident, suicide, homicide, découverte du corps par le proche. Le Cn2r documente une association entre trouble de deuil prolongé et trouble de stress post-traumatique dans ces situations, avec une prise en charge conjointe souvent nécessaire.
- Nature du lien avec le défunt. Dans l'essai randomisé allemand analysé par Minerva en 2025, 46 % des 212 participants avaient perdu un partenaire, 26 % un parent et 16 % un enfant.
- Antécédents psychiatriques personnels. Le Cn2r appelle à une vigilance accrue chez les personnes ayant des antécédents, dont la trajectoire se complique plus fréquemment.
- Comorbidités déjà présentes. Dans le même essai, 76 % des participants présentaient au moins une comorbidité, le plus souvent un trouble dépressif (57 %) ou un trouble anxieux (20 %).
- Isolement social et absence de rites. Le Cn2r rappelle que l'entourage familial et les institutions culturelles modulent le chagrin, en favorisant son expression ou en imposant le silence.
- Charge d'aidant avant le décès. L'effet de veuvage débuterait avant la perte du conjoint, selon une étude de 2015 citée par le Cn2r : les futurs endeuillés négligent leur propre santé pendant l'année qui précède, notamment en diminuant la prise de leurs médicaments prescrits.
- Précarité socio-économique. La Drees mesure un taux de mortalité périnatale de 12,0 pour 1 000 dans les communes rassemblant le cinquième de la population le plus défavorisé, contre 9,5 pour 1 000 dans les communes les moins défavorisées : les pertes se concentrent là où les ressources d'accompagnement manquent.
- Décalage entre la trajectoire vécue et la norme culturelle attendue. Le Cn2r souligne que lorsque le processus s'écarte des normes établies, il est perçu comme déviant, ce qui ajoute une stigmatisation à la souffrance initiale.
Aucun de ces huit facteurs ne suffit à lui seul. Leur intérêt est cumulatif : trois facteurs présents chez la même personne justifient de proposer un accompagnement sans attendre le seuil temporel des 6 ou 12 mois.
Quels sont les niveaux de sévérité et les seuils d'alerte ?
La question qui revient le plus souvent en consultation de deuil et perte porte sur la frontière entre un chagrin douloureux et une pathologie. Trois tableaux cliniques se distinguent, et les confondre conduit à des orientations inadaptées. Le tableau suivant expose ces trois tableaux selon quatre critères : durée, symptôme pivot, retentissement et réponse thérapeutique documentée.
| Critère | Deuil sans complication | Trouble de deuil prolongé | Épisode dépressif caractérisé |
|---|
| Durée | Intensité décroissante sur plusieurs mois | Au moins 6 mois (CIM-11) ou 12 mois chez l'adulte (DSM-5-TR) | Durée minimale fixée par les classifications, indépendamment d'une perte |
| Symptôme pivot | Tristesse variable, souvenirs douloureux et apaisants | Aspiration intense au défunt ou préoccupation envahissante | Humeur dépressive et perte d'intérêt généralisées |
| Retentissement | Fonctionnement globalement préservé | Altération professionnelle, sociale ou éducative durable | Altération globale, ralentissement psychomoteur |
| Réponse documentée | Soutien de l'entourage, groupes de parole | Psychothérapie spécifique du deuil | Prise en charge du trouble dépressif |
Le Cn2r insiste sur une nuance que la plupart des articles grand public omettent : les symptômes de chagrin et les pensées omniprésentes à l'égard du défunt ne sont pas présents dans l'épisode dépressif caractérisé, lequel comporte des symptômes neurovégétatifs et psychomoteurs qui lui sont propres. Le deuil et la dépression coexistent fréquemment, mais ils se distinguent sur les plans biologique, pharmacologique et clinique. Si vous cherchez la ligne de partage entre les deux, notre guide sur la dépression majeure et ses critères diagnostiques détaille le second tableau.
Cinq signaux d'alerte du deuil et perte justifient un avis professionnel sans attendre : une aspiration au défunt qui ne faiblit pas après 6 mois, une incapacité à reprendre le travail ou les études, un évitement massif de tout ce qui rappelle la personne décédée, une perte de sens durable formulée comme « ma vie n'a plus d'objet », et des idées suicidaires même fugaces. Ce dernier signal relève de l'urgence et fait l'objet d'une section dédiée plus bas dans cette page.
Diagnostic du trouble de deuil prolongé : qui le pose, avec quels outils
Le diagnostic en matière de deuil et perte relève d'un médecin ou d'un psychologue clinicien, jamais d'un questionnaire en ligne ni d'une auto-évaluation isolée. Deux classifications font référence, et elles ne fixent pas le même seuil temporel. L'Organisation mondiale de la santé a introduit le trouble de deuil prolongé dans la CIM-11 en 2018. L'American Psychiatric Association l'a intégré au DSM-5-TR en mars 2022, après avoir rejeté la proposition en 2013 et placé le « deuil persistant complexe » en section III, celle des troubles nécessitant des recherches supplémentaires.
Ce que les deux classifications exigent en matière de deuil et perte
Les deux systèmes retiennent le même critère pivot : une aspiration intense au défunt ou une préoccupation envahissante par les pensées et les souvenirs le concernant. S'y ajoutent d'autres manifestations, parmi lesquelles la perte d'identité, l'incrédulité, l'évitement, une douleur émotionnelle intense, un désinvestissement, une perte de sens et un sentiment de solitude. Les deux exigent une altération du fonctionnement dans les sphères professionnelle, sociale ou éducative, pendant une durée anormalement longue au regard des normes sociales, culturelles ou religieuses du contexte de la personne.
Les différences tiennent à deux points. Le seuil temporel d'abord : au moins 6 mois tous âges confondus pour la CIM-11, contre 12 mois chez l'adulte et 6 mois chez l'enfant et l'adolescent pour le DSM-5-TR. Le critère d'exclusion ensuite : le DSM-5-TR précise que les symptômes ne doivent pas être mieux expliqués par un trouble dépressif caractérisé, un trouble de stress post-traumatique, un autre trouble mental, ni attribuables aux effets d'une substance. La CIM-11 ne pose pas cette exclusion.
Les outils d'évaluation disponibles en français
Le Cn2r dresse un constat sans détour sur l'outillage francophone. Le TGI-SR+ (Traumatic Grief Inventory Self Report Plus), publié en 2022, est disponible en langue franco-canadienne et constitue à ce jour le seul instrument robuste évaluant les symptômes du trouble selon les critères du DSM-5-TR et de la CIM-11 à la fois. Une étude de 2022 a confirmé son usage auprès de populations françaises endeuillées. Le PG-13-R, révisé en 2021, n'a fait l'objet d'aucune validation ni adaptation française. Le TGI-CA, outil d'entretien hétéro-administré publié en 2023, n'existe pas non plus en version française.
Chez l'enfant et l'adolescent, la situation est plus dégradée encore. Toni Zhang et ses collaborateurs ont recensé en 2023 vingt-quatre instruments d'évaluation du deuil, dont quatre seulement ciblent le deuil prolongé aux âges pédiatriques : IPG-A, IPG-C, PGQ-A et PG-13 Child. La plupart présentent une validité limitée. Cette carence explique pourquoi, sur les questions de deuil et perte chez le mineur, les professionnels français s'appuient davantage sur l'entretien clinique et sur l'observation scolaire que sur une échelle chiffrée.
Ce débat sur la classification n'est pas clos. Marie-Frédérique Bacqué, professeure de psychopathologie et clinicienne spécialiste du deuil, reproche à cette entité de ne pas prendre suffisamment en compte la culture et l'histoire de vie de l'endeuillé, et voit dans la simple évaluation de symptômes un appauvrissement. Le psychiatre et psychanalyste Patrick Landman conteste la constitution même du trouble. À l'inverse, le professeur Eric Bui, psychiatre à l'Université de Caen et au CHU de Caen, responsable du centre régional du psychotraumatisme Normandie, rappelle qu'au moment de son inclusion, le trouble de deuil prolongé était le trouble de santé mentale reposant sur le plus de fondements scientifiques. Connaître ce désaccord vous évitera de prendre un avis isolé pour une vérité établie.
Quelles approches du deuil et perte sont validées par la recherche ?
L'essai le plus solide publié à ce jour a été analysé par la revue d'evidence-based practice Minerva en octobre 2025. Rosner et ses collaborateurs ont mené un essai randomisé multicentrique de supériorité, avec évaluation en aveugle, dans quatre cliniques universitaires ambulatoires allemandes. Deux cent douze adultes présentant un trouble de deuil prolongé ont été répartis en deux groupes de 106. L'âge moyen était de 51,8 ans, 82 % étaient des femmes, et la perte remontait en moyenne à 26,5 mois. Chaque bras a reçu 20 séances hebdomadaires de 50 minutes, soit environ 6 mois de traitement.
Ce que l'essai montre, et ce qu'il ne montre pas
Les deux traitements réduisent fortement la sévérité du deuil prolongé à un an. La thérapie cognitivo-comportementale spécifique du deuil obtient un d de Cohen de 1,64 (intervalle de confiance à 95 % : 1,31 à 1,97), la thérapie centrée sur le présent et les solutions un d de 1,38 (1,09 à 1,66). Ces tailles d'effet sont considérables. Aucune différence significative n'apparaît entre les deux groupes sur le critère principal à douze mois.
La thérapie cognitivo-comportementale spécifique se distingue sur trois critères secondaires : les symptômes dépressifs à 6 mois, la psychopathologie générale à 6 et 12 mois, et surtout les tendances suicidaires, dont l'amélioration reste significative à un an dans le seul groupe intervention (d de Cohen de 0,41 ; 0,17 à 0,64 ; p inférieur à 0,001). Pour une personne dont le deuil et perte s'accompagne d'idées suicidaires, ce résultat oriente clairement le choix.
Minerva formule trois réserves que l'honnêteté impose de reprendre. Les deux traitements se chevauchent largement, puisque les thérapeutes du groupe témoin étaient eux-mêmes formés à la thérapie cognitivo-comportementale, ce qui brouille la comparaison. Une amélioration spontanée ne peut être exclue. Enfin, la population étudiée, majoritairement féminine, très diplômée et sans parcours migratoire, limite la généralisation.
Le protocole concret, séance par séance
Le protocole de thérapie cognitivo-comportementale spécifique du deuil comprend de la psychoéducation, un travail de motivation et de fixation d'objectifs, de la relaxation, une exposition au pire moment de la perte, une restructuration cognitive des pensées liées au deuil, des techniques expérientielles comme le jeu de rôle et l'imagerie guidée, puis des séances orientées vers l'avenir. Quatre séances facultatives sont prévues pour les moments particuliers, notamment les dates anniversaires.
Un point mérite d'être connu avant toute consultation. Le Cn2r indique que les antidépresseurs, largement employés contre la dépression, n'amélioreraient pas les symptômes de deuil prolongé. Cette information porte sur une classe thérapeutique et sur les données disponibles ; elle ne remplace évidemment pas l'évaluation d'un médecin, seul habilité à décider d'un traitement, notamment lorsqu'un épisode dépressif caractérisé coexiste avec le deuil et perte.
Parcours de soin en France, étape par étape
La France dispose de trois portes d'entrée distinctes, et la plupart des articles disponibles en ligne n'en décrivent qu'une seule. La Cour des comptes relevait dès février 2021 que l'offre de soins psychiatriques est cloisonnée, construite en silos, et que l'absence de gradation organisée génère des pertes d'efficience. Concrètement, cela signifie que vous devez savoir vous-même quelle porte pousser selon votre situation de deuil et perte.
Sept étapes ordonnent un parcours de deuil et perte réaliste, de la première inquiétude à la prise en charge effective.
- Consulter le médecin traitant. Il évalue le retentissement, écarte une cause somatique à la fatigue ou à l'amaigrissement, et oriente. La Cour des comptes recommande précisément que le généraliste puisse proposer les soins d'un psychologue pour les patients relevant de la première ligne.
- Ouvrir un accès à Mon soutien psy. Le dispositif finance jusqu'à 12 séances par an chez un psychologue partenaire, dès 3 ans, pour toute personne qui se sent angoissée, déprimée ou éprouve un mal-être. La séance coûte 50 € et l'Assurance Maladie rembourse 60 %, soit 30 €, le solde relevant de la complémentaire santé ; les conditions exactes figurent sur la fiche officielle du dispositif.
- Choisir un psychologue formé au deuil. L'usage professionnel du titre de psychologue est réservé, par l'article 44 de la loi du 25 juillet 1985, aux titulaires d'un diplôme sanctionnant une formation universitaire fondamentale et appliquée de haut niveau en psychologie, inscrit sur une liste fixée par décret en Conseil d'État. Les praticiens autorisés font enregistrer leur diplôme sans frais auprès de l'agence régionale de santé, qui établit pour chaque département une liste portée à la connaissance du public : vous pouvez donc vérifier. Le cursus comprend un stage professionnel encadré, régi par l'arrêté du 19 mai 2006, placé sous la responsabilité conjointe d'un psychologue praticien-référent exerçant depuis au moins trois ans et d'un enseignant-chercheur du master mention psychologie. Demandez ensuite au praticien s'il pratique une thérapie spécifique du deuil, et à quelle fréquence. Notre guide pour choisir un professionnel et se faire accompagner détaille les questions à poser au premier contact.
- Solliciter le centre médico-psychologique (CMP) du secteur. Le CMP est la structure publique de proximité, gratuite, rattachée à un secteur géographique. La psychiatrie publique française compte environ 800 secteurs adultes et 300 secteurs infanto-juvéniles, chacun couvrant en principe 70 000 adultes.
- Anticiper les délais. En 2018, un peu plus de 2 millions de personnes recevaient des soins ambulatoires, en CMP notamment, mais près de 25 % d'entre elles pour une seule consultation dans l'année, relève la Cour des comptes. Engagez la demande sans attendre le point de rupture.
- Activer les droits liés au décès. Le Code du travail ouvre au minimum 3 jours ouvrables de congé pour le décès du conjoint, du partenaire de Pacs, du concubin, d'un parent, d'un beau-parent, d'un frère ou d'une sœur, sans condition d'ancienneté.
- Reprendre contact avec un professionnel après six mois. Si la situation de deuil et perte n'a pas évolué à ce terme, le seuil de la CIM-11 est atteint et une évaluation spécialisée devient pertinente.
Ce que le recours réel au dispositif révèle
Depuis son lancement en 2022, Mon soutien psy a bénéficié à plus d'un million de personnes, pour 5,9 millions de séances, soit 6 consultations en moyenne par patient, indique l'Assurance Maladie le 13 février 2026. L'annuaire compte 7 280 psychologues partenaires. Le profil des bénéficiaires est marqué : 80 % sont des femmes, l'âge moyen atteint 36 ans, 22 % ont entre 12 et 25 ans, 12,2 % bénéficient de la Complémentaire santé solidaire et 79 % habitent en ville. Le rythme s'accélère, avec plus de 43 000 patients en octobre 2025 contre 36 000 le mois précédent.
Deux enseignements pratiques en découlent pour une situation de deuil et perte. Le premier tient à cette moyenne de 6 séances par patient, très en deçà des 12 disponibles et des 20 séances du protocole évalué en 2025 : le dispositif ouvre une porte, il ne finance pas à lui seul une psychothérapie structurée du deuil prolongé. Le second tient à l'avance de frais, supprimée pour les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire, les personnes en affection de longue durée, les victimes d'un accident causé par un tiers ou d'un accident du travail, et les femmes enceintes à partir du sixième mois de grossesse. Les séances se tiennent en présentiel ou à distance, et restent confidentielles.
Le non-recours demeure le principal obstacle. Santé publique France estime, dans son Baromètre 2024, la prévalence de l'épisode dépressif caractérisé à 15,6 % chez les adultes de 18 à 79 ans, soit près d'un adulte sur six, et l'Assurance Maladie relève qu'une personne concernée sur deux n'a pas consulté de professionnel spécialisé. Les trois freins identifiés sont le coût, la crainte de la stigmatisation et le manque d'information sur les ressources disponibles. Sur le champ deuil et perte, ce troisième frein est le plus simple à lever, et c'est précisément l'objet de cette page.
Les droits liés au décès d'un enfant, précisément
Le régime du congé change radicalement lorsque le défunt est un enfant. Service-Public.fr, dans sa fiche vérifiée le 13 février 2026, détaille un dispositif que peu de salariés connaissent : 12 jours ouvrables de congé pour le décès d'un enfant, portés à 14 jours ouvrables si l'enfant avait moins de 25 ans, s'il était lui-même parent, ou pour une personne de moins de 25 ans à la charge effective et permanente du salarié.
À ces 14 jours s'ajoute un congé de deuil distinct de 8 jours, réservé au décès d'un enfant ou d'une personne à charge de moins de 25 ans. Ce congé se fractionne en deux périodes au maximum pour un salarié, trois pour un demandeur d'emploi, un travailleur indépendant ou un non-salarié agricole, et doit être pris dans un délai d'un an à compter du décès. Une protection supplémentaire existe : l'employeur ne peut pas rompre le contrat de travail pendant les 13 semaines suivant le décès, sauf faute grave ou impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger au décès. Ces règles figurent aux articles L3142-1 à L3142-5 du Code du travail et à l'article D3142-1-1 pour le fractionnement, consultables sur la fiche officielle du congé pour décès.

Deuil et perte selon les âges et les situations
Ce hub couvre plusieurs sous-thématiques dont chacune possède ses repères propres. Cette section en donne la carte ; les articles dédiés approfondissent chaque situation.
Deuil et perte chez l'enfant et l'adolescent
Le Cn2r estime que 5 à 10 % des enfants et adolescents développeront une dépression, un trouble de stress post-traumatique ou un trouble de deuil prolongé après une perte. Le DSM-5-TR abaisse d'ailleurs le seuil diagnostique à 6 mois pour cette tranche d'âge, contre 12 mois chez l'adulte, précisément parce que la temporalité du développement rend l'attente plus coûteuse. L'échelle des instruments validés reste très insuffisante, comme vu plus haut.
Chez l'enfant, la manifestation passe rarement par le discours. Elle emprunte le jeu, la régression, les plaintes somatiques et la chute des résultats scolaires. Nos ressources sur la psychologie de l'enfant de 0 à 11 ans et sur la psychologie de l'adolescent détaillent ces expressions indirectes. Chez l'adolescent, le risque spécifique tient à l'isolement volontaire et au décalage entre une maturité cognitive apparente et une capacité de régulation émotionnelle encore incomplète.
Deuil périnatal et dépression associée
La Drees a mesuré, pour 2024, 7 398 enfants nés sans vie ou décédés au cours de leur première semaine de vie, pour 661 822 naissances totales, soit un taux de mortalité périnatale de 11,2 pour 1 000. La mortinatalité en constitue 82 %, à 9,2 pour 1 000. Ce taux augmente depuis 2021 après avoir fluctué autour de 10,5 pour 1 000 entre 2014 et 2021.
Ces situations de deuil et perte cumulent trois difficultés : l'absence de souvenirs partagés que l'entourage puisse convoquer, la coexistence avec le post-partum et ses bouleversements hormonaux, et un déficit de reconnaissance sociale du statut de parent endeuillé. Notre article sur la dépression post-partum et périnatale traite l'intrication entre les deux tableaux. Le taux varie fortement selon le territoire, de 9,3 pour 1 000 en Auvergne-Rhône-Alpes à 21,0 pour 1 000 en Guadeloupe.
Veuvage et grand âge
L'espérance de vie française atteint 85,9 ans pour les femmes et 80,3 ans pour les hommes selon l'Insee en 2025, cet écart de 5,6 ans expliquant la surreprésentation féminine dans le veuvage tardif. Le Cn2r décrit un « effet de veuvage » qui débuterait avant la perte du conjoint : une étude de 2015 montre que les futurs endeuillés négligent leur propre bien-être durant l'année qui précède, notamment en diminuant la prise de leurs médicaments prescrits.
Le risque suicidaire mérite ici une vigilance particulière. Le 3114 relève un risque de décès par suicide trois fois plus élevé chez les hommes de 85 à 94 ans, soit un risque 25 fois supérieur à celui des hommes de 25 ans. Nos repères sur la psychologie du vieillissement après 65 ans replacent le veuvage dans l'ensemble des remaniements de cet âge.
Deuil après un suicide ou une mort violente
C'est la configuration de deuil et perte la plus à risque, avec 49 % de troubles de deuil prolongé selon le Cn2r. Elle associe fréquemment le trouble de deuil prolongé et le trouble de stress post-traumatique, notamment lorsque la personne a découvert le corps ou assisté à la mort. Ces deux troubles sont distincts et appellent des traitements différents, mais leur association impose une prise en charge clinique complexe et conjointe.
Le 3114 accueille explicitement les personnes endeuillées par suicide, au même titre que les personnes en crise et que les proches inquiets. Il ne s'agit donc pas d'un numéro réservé à l'urgence vitale immédiate.
Reprendre le travail après une perte
Le retour au poste concentre une part des difficultés, et le droit français y répond de façon minimale. Les articles L3142-1 à L3142-5 du Code du travail fixent un plancher de 3 jours ouvrables pour le décès d'un conjoint, d'un parent ou d'un frère, une convention collective ou un accord d'entreprise pouvant prévoir davantage ; Service-Public.fr met à disposition un simulateur pour vérifier ce que prévoit la vôtre. Ces journées sont payées comme si elles avaient été travaillées et ne s'imputent pas sur les congés payés annuels. Le salarié informe son employeur et remet un acte de décès.
Trois jours ne couvrent ni les obsèques, ni les démarches successorales, ni la désorganisation cognitive décrite plus haut. Les manifestations de deuil et perte au travail restent pourtant repérables par un manager attentif : erreurs inhabituelles, perte du fil en réunion, retrait des échanges informels, absentéisme fractionné. Un arrêt de travail prescrit par le médecin traitant est la voie utilisée quand le retentissement dépasse ce cadre, et la décision relève de lui seul. Deux moments méritent d'être anticipés dans l'organisation de la charge : le sixième mois, seuil de la CIM-11, et la première date anniversaire.
Colère, culpabilité et dates anniversaires
La colère et la culpabilité ne sont pas des anomalies du parcours. Lindemann les répertoriait dès 1944 parmi les réactions typiques, et Bowlby plaçait la protestation et la colère au cœur de sa deuxième phase. Leur persistance au-delà de six mois, en revanche, figure parmi les symptômes du trouble de deuil prolongé.
Les dates anniversaires constituent des points de bascule identifiés par les protocoles thérapeutiques eux-mêmes : l'essai allemand de 2025 prévoyait quatre séances facultatives dédiées aux moments particuliers, dont les anniversaires de deuil. Anticiper ces dates, en prévoyant une présence ou un rituel choisi, relève d'une stratégie clinique documentée et non d'une simple précaution affective.
Trois situations concrètes et ce qu'elles montrent
Todopsy ne publie pas de dossiers cliniques. Les trois scénarios qui suivent sont des cas de figure représentatifs, construits à partir des règles et des barèmes vérifiés dans cette page, pour montrer comment un parcours de deuil et perte se déroule concrètement en France. Aucun ne décrit une personne réelle.
Un veuvage à 68 ans après 41 ans de mariage, décès par cancer annoncé six mois plus tôt, neuf mois écoulés. Le conjoint survivant dort mal, a perdu 6 kilos et n'a pas rouvert la chambre. Le seuil de la CIM-11, fixé à 6 mois, est dépassé. Le médecin traitant oriente vers Mon soutien psy : 12 séances à 50 €, soit 600 € au total, dont 360 € remboursés par l'Assurance Maladie au taux de 60 % et 240 € relevant de la complémentaire santé. La première séance sert d'entretien d'évaluation. Point de vigilance signalé par le Cn2r : la charge d'aidant des six mois précédents fait partie du tableau, pas seulement le décès lui-même.
Le décès d'un enfant de 19 ans dans un accident de la route, parent salarié du secteur privé. Le droit du travail ouvre 14 jours ouvrables de congé, l'enfant ayant moins de 25 ans, plus un congé de deuil de 8 jours fractionnable en deux périodes, à prendre dans l'année. Le contrat de travail est protégé pendant 13 semaines. Sur le plan clinique, la mort violente place ce parent dans le groupe où 49 % des endeuillés développent un trouble de deuil prolongé, souvent associé à un trouble de stress post-traumatique quand il a vu le corps. L'orientation vers une évaluation spécialisée ne doit pas attendre le sixième mois.
Une perte périnatale à 34 semaines d'aménorrhée, premier enfant, couple de 31 et 34 ans. La mortinatalité concerne 9,2 naissances sur 1 000 en France en 2024 selon la Drees, et 84 % des morts périnatales surviennent avant 37 semaines d'aménorrhée. Le protocole de thérapie cognitivo-comportementale spécifique du deuil, dans sa forme évaluée en 2025, représente 20 séances hebdomadaires de 50 minutes, soit environ 6 mois. Les deux membres du couple ne suivent pas la même trajectoire, et cette désynchronisation est l'un des motifs de consultation les plus fréquents en thérapie de couple.
La place des proches, sans endosser le rôle de soignant
L'entourage produit un effet mesurable sur la trajectoire de deuil et perte. Le Cn2r rappelle que l'entourage familial et les institutions culturelles modulent le chagrin, en favorisant son expression ou en la réprimant, voire en imposant le silence face à la mort. Cette influence joue dans les deux sens : un entourage qui presse l'endeuillé de « passer à autre chose » aggrave le décalage entre la trajectoire vécue et la norme attendue, décalage que le Cn2r identifie comme un facteur de stigmatisation supplémentaire.
Ce qui aide réellement en situation de deuil et perte
Quatre comportements ressortent des données disponibles et des recommandations des dispositifs français. Le premier est la présence sans exigence de parole : rester joignable, proposer une présence physique, accepter le silence. Le deuxième est l'aide matérielle concrète et nommée, plutôt qu'une offre générale : préparer un repas le mardi, accompagner à un rendez-vous administratif, garder les enfants un après-midi. Le troisième consiste à nommer le défunt par son prénom, ce que le modèle des liens continus de Dennis Klass et de ses collaborateurs, formulé en 1996, éclaire directement : maintenir un lien avec le défunt fait partie d'une résolution saine, contrairement à l'idée d'un détachement nécessaire. Le quatrième est la vigilance dans la durée, en particulier au sixième mois et aux dates anniversaires, quand l'attention collective est retombée.
Les limites à tenir
Un proche n'est pas un thérapeute et ne doit pas le devenir. Trois limites protègent la relation d'aide en situation de deuil et perte. Ne posez aucun diagnostic : la distinction entre deuil et épisode dépressif caractérisé repose sur des critères cliniques que seul un professionnel évalue. Ne conseillez aucun traitement médicamenteux : le Cn2r indique que les antidépresseurs n'amélioreraient pas les symptômes de deuil prolongé, et l'indication relève du médecin. Ne portez pas seul une inquiétude suicidaire : le 3114 répond aussi aux personnes qui s'inquiètent pour un proche, 24h/24 et gratuitement.
Enfin, les proches en deuil et perte sont eux-mêmes endeuillés. Dans une fratrie, dans un couple, dans une entreprise, la personne qui organise, prévient et soutient reporte souvent sa propre trajectoire de plusieurs mois. Le stress et la charge mentale au travail constituent un point d'observation utile pour repérer ce report chez un collègue revenu trop vite.
Signaux d'urgence : quand appeler le 3114, le 15 ou le 112
Certaines situations de deuil et perte sortent du cadre de l'accompagnement et relèvent de l'urgence. Cette section ne relève pas du confort de lecture, elle relève de la sécurité.
Appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, dès qu'apparaissent des idées suicidaires, même fugaces, chez vous ou chez un proche. Ouvert le 1er octobre 2021 et piloté par le ministère chargé de la santé, le service est gratuit, accessible 24h/24 et 7j/7 sur tout le territoire, métropole et outre-mer. Il est confidentiel mais non anonyme, afin de permettre une prise en charge et un suivi. Les répondants sont des infirmiers ou des psychologues spécifiquement formés à l'évaluation et à l'intervention de crise, supervisés par un psychiatre coordonnateur. Le dispositif compte 18 centres de réponse, plus de 300 professionnels, et reçoit 1 600 appels par jour en moyenne, pour plus d'un million d'appels depuis l'ouverture.
Appelez le 15 (Samu) ou le 112 (numéro d'urgence européen) en cas de geste en cours, de menace immédiate, d'intoxication ou de mise en danger physique. Ces numéros priment sur toute autre démarche.
Les données justifient cette vigilance dans le champ deuil et perte. Le suicide représente plus de 9 000 morts et 200 000 tentatives par an en France, soit environ 25 décès par jour. Il constitue la première cause de mortalité évitable chez les 25 à 34 ans et la deuxième chez les 18 à 25 ans après les accidents de la route. Les décès par suicide sont 3,5 fois plus nombreux chez les hommes que chez les femmes. Une baisse de 30 % du nombre de décès par suicide avait été constatée depuis 2000, mais la courbe se stabilise, voire remonte légèrement.
Charles-Edouard Notredame, psychiatre de l'enfant et de l'adolescent au CHU de Lille et coordinateur national adjoint du 3114, résume l'intention du dispositif : « En tant que dispositif d'État, le 3114 appartient à toutes et tous. Nous souhaitons qu'il prenne place dans les inconscients individuels et collectifs comme une ressource facile d'accès en cas de coup dur. » Nos repères sur les idées suicidaires et le désespoir détaillent comment aborder la question avec un proche.
Cinq mythes fréquents sur le deuil et perte, mise au point
Les idées reçues sur le deuil et perte circulent d'autant plus vite que le sujet reste tabou. Cinq d'entre elles apparaissent dans presque toutes les consultations.
« Le deuil se déroule en cinq étapes. » Le modèle d'Elisabeth Kübler-Ross, publié en 1969, décrit le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l'acceptation. Il a été conçu pour des patients atteints de maladies en phase terminale face à leur propre mort, puis étendu aux proches. Le Cn2r rappelle qu'il a été critiqué pour ses bases théoriques peu solides et sa vision trop linéaire, qui laisse entendre qu'il existerait une méthode idéale de traverser le deuil. Le Cn2r précise que ces étapes ne sont pas décrites comme linéaires : l'individu navigue entre elles, les revit ou les éprouve simultanément.
« Il faut couper le lien avec le défunt pour aller mieux. » Le modèle des liens continus, formulé en 1996, soutient l'inverse : maintenir un lien qui continue d'évoluer et d'avoir un sens après la mort fait partie d'une résolution saine du deuil et perte. Parler du défunt, garder des objets, poursuivre une tradition ne retarde rien.
« Ne pas pleurer signifie ne pas aimer. » Les travaux de George Bonanno situent la résilience parmi les trajectoires de deuil et perte les plus courantes après une perte. L'absence de manifestations spectaculaires ne présume ni de l'intensité du lien ni du risque de complication ultérieure.
« Un an suffit. » Aucune classification ne fixe un terme au deuil. La CIM-11 et le DSM-5-TR fixent un seuil à partir duquel un trouble peut être caractérisé, 6 ou 12 mois, ce qui est très différent. Dans l'essai allemand de 2025, la perte remontait en moyenne à 26,5 mois chez des personnes qui ont ensuite bénéficié d'une thérapie efficace.
« Un médicament règlera la question. » Le Cn2r indique que les antidépresseurs n'amélioreraient pas les symptômes de deuil prolongé, et que des données neurobiologiques, encore limitées, suggèrent des caractéristiques propres au trouble, notamment sur le circuit de la récompense et le taux sanguin d'ocytocine. La réponse documentée reste psychothérapeutique.
Ressources françaises à contacter
Quatre catégories de ressources couvrent l'essentiel des besoins en matière de deuil et perte, et elles ne se substituent pas les unes aux autres.
Les lignes d'écoute. Premier réflexe en cas de deuil et perte avec risque suicidaire, le 3114, gratuit et ouvert en continu, y compris pour les personnes endeuillées par suicide. Le 15 et le 112 pour l'urgence vitale. Le 3114 accueille aussi les proches inquiets et les professionnels, pas uniquement la personne en crise.
Les structures publiques de soin. Le centre médico-psychologique (CMP) de votre secteur assure des consultations gratuites ; la sectorisation française compte environ 800 secteurs adultes. Le médecin traitant reste la porte d'entrée la plus efficace pour orienter et pour ouvrir l'accès à Mon soutien psy.
Les sites de référence. Ameli.fr décrit le dispositif Mon soutien psy et met à disposition un annuaire de 7 280 psychologues partenaires. Santé publique France publie les données épidémiologiques de référence sur la dépression, l'anxiété et le suicide, son dossier dépression et anxiété ayant été mis à jour le 17 décembre 2025. Service-Public.fr documente les congés et les démarches administratives après un décès. La Caisse d'allocations familiales (CAF) instruit les prestations liées au changement de situation familiale, à signaler dès que la composition du foyer évolue.
Les associations et fondations. La Fondation d'entreprise OCIRP finance depuis 2009 la recherche sur l'orphelinage et produit, avec l'Ined et la Drees, les seules données françaises consolidées sur le sujet. Le Centre national de ressources et de résilience publie des dossiers scientifiques accessibles gratuitement, dont celui de novembre 2023 sur le trouble de deuil prolongé.
Comment Todopsy accompagne sur le deuil et perte
Todopsy est une plateforme française dédiée à la psychologie, entièrement gratuite à tous les niveaux. Trois services composent cette offre, et aucun n'est facturé, ni au lecteur ni au praticien.
Contenus éducatifs. Articles, dossiers, revues de cas et revues de littérature couvrant l'ensemble du champ de la psychologie, en accès libre, à 0 €, sans publicité ni mur payant. Chaque page cite ses sources et date ses chiffres, comme celle que vous lisez.
Mise en relation avec un psychologue. Un système de matching combine un algorithme, une couche d'intelligence artificielle et un conseil humain, pour orienter vers un praticien adapté à votre situation. La relation thérapeutique se noue ensuite hors plateforme, sans commission prélevée.
Visioconférence offerte aux praticiens. Les psychologues qui souhaitent consulter à distance disposent d'un outil de visioconférence mis à disposition sans abonnement ni commission.
Todopsy informe et oriente ; la plateforme ne pose aucun diagnostic et ne remplace pas une consultation. Pour situer votre situation de deuil et perte parmi les autres transitions de vie, parcourez le hub étapes de vie et événements et laissez-vous orienter vers le professionnel qui convient.
FAQ : deuil et perte, vos questions
Combien de temps dure un deuil normal ?
Aucune durée normale n'est fixée par les classifications médicales. La CIM-11 retient un seuil de 6 mois au-delà duquel un trouble de deuil prolongé peut être caractérisé, et le DSM-5-TR 12 mois chez l'adulte, 6 mois chez l'enfant et l'adolescent. Ces seuils marquent le point à partir duquel une évaluation du deuil et perte devient pertinente, sans fixer de fin attendue au chagrin. Le Cn2r souligne que la durée attendue dépend aussi des normes culturelles et religieuses du contexte de la personne.
Quelle différence entre deuil et perte au sens clinique ?
La perte désigne l'événement, c'est-à-dire la disparition d'une figure d'attachement ou d'un lien structurant. Le deuil désigne le processus psychique qui suit. L'anglais clinique sépare trois notions que le français réunit dans un seul mot : le bereavement pour la perte objective, le grief pour les réactions émotionnelles et cognitives, le mourning pour le travail social et rituel. Cette distinction, rappelée par le Cn2r, sert à préciser de quoi vous parlez en consultation.
Le deuil est-il remboursé par la Sécurité sociale ?
Le deuil et perte n'est pas une pathologie remboursée en tant que telle, mais l'accompagnement psychologique l'est. Le dispositif Mon soutien psy ouvre jusqu'à 12 séances par an chez un psychologue partenaire, dès 3 ans, à 50 € la séance remboursée à 60 % par l'Assurance Maladie, soit 30 € pris en charge et 20 € relevant de la complémentaire santé (ameli.fr, 6 février 2026). Les consultations en centre médico-psychologique public sont gratuites.
Quels congés le Code du travail prévoit-il après un décès ?
Le minimum légal est de 3 jours ouvrables pour le décès du conjoint, du partenaire de Pacs, du concubin, d'un parent, d'un beau-parent, d'un frère ou d'une sœur, sans condition d'ancienneté. Pour un enfant, la durée passe à 12 jours ouvrables, portés à 14 jours si l'enfant avait moins de 25 ans, avec en outre un congé de deuil de 8 jours fractionnable. Une convention collective peut prévoir des durées supérieures (Service-Public.fr, 13 février 2026).
Comment distinguer un deuil compliqué d'une dépression ?
Le symptôme pivot diffère. Dans le champ deuil et perte, le trouble de deuil prolongé repose sur une aspiration intense au défunt ou une préoccupation envahissante par les pensées le concernant, absentes de l'épisode dépressif caractérisé. Ce dernier comporte des symptômes neurovégétatifs et psychomoteurs qui lui sont propres. Le Cn2r précise que les deux tableaux se distinguent sur les plans biologique, pharmacologique et clinique, tout en coexistant fréquemment. Seul un professionnel tranche.
Une psychothérapie est-elle vraiment efficace après une perte ?
Oui, avec des effets importants et mesurés. L'essai randomisé multicentrique de Rosner et collaborateurs, publié en 2025 dans JAMA Psychiatry et analysé par Minerva, montre une réduction forte de la sévérité du deuil prolongé à un an dans les deux bras testés : d de Cohen de 1,64 pour la thérapie cognitivo-comportementale spécifique et 1,38 pour la thérapie centrée sur le présent. La première conserve un avantage sur les symptômes dépressifs et les tendances suicidaires.
Que dire à un proche endeuillé sans le blesser ?
Nommez le défunt par son prénom, proposez une aide matérielle précise et datée, et acceptez le silence : ce sont les trois gestes les plus utiles face au deuil et perte d'un proche. Évitez les formules qui fixent un calendrier au chagrin. Le Cn2r montre que l'entourage module l'expression du deuil, en la favorisant ou en la réprimant, et qu'un écart avec les normes attendues est vécu comme une stigmatisation. Restez présent au sixième mois et aux dates anniversaires, quand l'attention collective est retombée.
Un enfant en deuil doit-il consulter systématiquement ?
Non, mais la vigilance sur le deuil et perte doit être plus précoce que chez l'adulte. Le Cn2r estime que 5 à 10 % des enfants et adolescents développeront une dépression, un trouble de stress post-traumatique ou un trouble de deuil prolongé après une perte, et le DSM-5-TR abaisse le seuil diagnostique à 6 mois pour cette tranche d'âge. Les signaux à surveiller sont la chute des résultats scolaires, la régression, les plaintes somatiques et le retrait social durable.
Conclusion
Deuil et perte recouvrent une expérience quasi universelle et une minorité de trajectoires qui se compliquent : 7 à 10 % des adultes endeuillés selon le Cn2r, jusqu'à 49 % après une mort violente. La France dispose de repères clairs, un seuil de 6 mois dans la CIM-11, d'un dispositif de financement, Mon soutien psy et ses 12 séances annuelles à 50 €, d'un réseau public sectorisé de CMP et d'une ligne d'urgence ouverte en continu, le 3114. Ce qui manque le plus souvent n'est pas la ressource, c'est l'information sur son existence. Si votre situation de deuil et perte dure au-delà de six mois, désorganise votre travail ou votre vie familiale, ou s'accompagne d'idées suicidaires même fugaces, parlez-en à votre médecin traitant cette semaine, et composez le 3114 sans attendre en cas de doute sur votre sécurité.
À lire également :
Sources :
- Bilan démographique 2025 : Insee Première n° 2087, Hélène Thélot, 13 janvier 2026
- Le trouble de deuil prolongé, dossier scientifique : Centre national de ressources et de résilience, novembre 2023
- Remboursement de séances chez le psychologue, dispositif Mon soutien psy : Assurance Maladie, 6 février 2026
- Congé pour le décès d'un membre de la famille d'un salarié du secteur privé : Service-Public.fr, 13 février 2026
- Dossier de presse Septembre jaune 2025 : 3114, numéro national de prévention du suicide, 29 août 2025
- Deuil prolongé chez l'adulte, thérapie cognitivo-comportementale spécifique : Minerva EBP, analyse de Rosner et collaborateurs, JAMA Psychiatry 2025, 23 octobre 2025
- Les parcours dans l'organisation des soins de psychiatrie : Cour des comptes, rapport public thématique, février 2021
- 500 000 orphelins de moins de 21 ans, l'orphelinage en chiffres : Fondation d'entreprise OCIRP, d'après Ined et Drees, 15 juillet 2019
- Décès et taux de mortalité, données annuelles de 1982 à 2025 : Insee, chiffres-clés, 13 janvier 2026
- Dispositif Mon soutien psy, chiffres-clés et premiers témoignages de patients : Assurance Maladie, 13 février 2026
- L'orphelinage précoce continue de diminuer au début du XXIe siècle : Cécile Flammant, Ined, Population & Sociétés n° 580, août 2020
- Dépression et anxiété, dossier thématique : Santé publique France, mis à jour le 17 décembre 2025
- Le 3114, numéro national de prévention du suicide : ministère chargé de la santé, consulté en 2026
- Article 44 de la loi n° 85-772 du 25 juillet 1985, usage professionnel du titre de psychologue : Légifrance, version en vigueur depuis le 24 décembre 2016
- Arrêté du 19 mai 2006 relatif au stage professionnel des étudiants en psychologie : Légifrance, modifié par l'arrêté du 12 août 2019
- La mortalité périnatale en 2024 : Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques, juillet 2026