Pourquoi parle-t-on de troisième vague en thérapie comportementale
La métaphore des vagues décrit une filiation, pas une hiérarchie. Elle sert à situer les approches les unes par rapport aux autres, et vous la retrouverez dans toute la documentation francophone, y compris sur le site de l'Association for Contextual Behavioral Science.
De la première à la deuxième vague, une filiation continue
La première vague correspond aux premières applications cliniques du behaviorisme, dans les années 1950 et 1960 : exposition progressive aux situations redoutées, désensibilisation systématique, apprentissage de nouveaux comportements par renforcement. Elle a produit des protocoles encore utilisés aujourd'hui, notamment dans les phobies spécifiques et les troubles obsessionnels compulsifs.
Le principe sous-jacent est un principe d'apprentissage. Un comportement d'évitement se maintient parce que le soulagement immédiat qu'il procure le renforce, séance après séance, sans qu'aucune décision consciente n'intervienne. L'exposition rompt ce cycle en maintenant la personne dans la situation redoutée jusqu'à ce que l'activation physiologique décroisse d'elle-même. Le procédé figure parmi les mieux documentés de toute la psychothérapie, et les approches contextuelles l'ont conservé intact plutôt que de le remplacer.
La deuxième vague naît dans les années 1960 avec l'essor de la psychologie cognitiviste. Aaron T. Beck et Albert Ellis introduisent l'idée que la souffrance dépend de l'interprétation des événements et non des événements seuls. La restructuration cognitive, qui consiste à identifier puis à modifier les pensées automatiques dysfonctionnelles, devient l'outil central de la thérapie cognitivo-comportementale telle qu'elle est enseignée en France.
Cette deuxième vague a produit les protocoles manualisés qui structurent encore l'enseignement des thérapies comportementales et cognitives : douze à vingt séances numérotées, un ordre du jour établi en début de rendez-vous, des exercices assignés entre les séances, une mesure répétée des symptômes par auto-questionnaire. L'ACT thérapie a hérité de cette exigence de format, qu'elle applique à un contenu différent.
Le passage de la forme à la fonction
La troisième vague émerge dans les deux dernières décennies du vingtième siècle. Sa définition de référence est due à Steven C. Hayes, professeur de psychologie à l'université du Nevada à Reno, dans un texte de 2004 traduit en français par l'Association for Contextual Behavioral Science :
« La troisième vague des thérapies comportementales et cognitives repose sur une approche centrée sur des principes empiriques; elle accorde une attention particulière au contexte des phénomènes psychologiques et s'intéresse davantage à leur fonction qu'à leur forme, ce qui a conduit au développement de stratégies de changement contextuelles et expérientielles venues s'ajouter à des techniques plus directement didactiques. »
Ce déplacement de la forme vers la fonction a une traduction clinique très concrète. Un thérapeute de deuxième vague demandera si la pensée « tout le monde me juge » est vraie. Un praticien d'ACT thérapie demandera ce qui se passe dans votre vie quand vous y croyez : est-ce que vous sortez moins, est-ce que vous parlez moins en réunion, est-ce que vous renoncez à un projet. La question porte sur l'effet de la pensée dans votre vie.
Cette distinction a une portée pratique immédiate. Deux personnes peuvent formuler exactement la même pensée, « je vais échouer » : chez la première, elle précède une préparation minutieuse ; chez la seconde, un abandon. La forme est identique, la fonction est opposée, et seule la seconde situation justifie une intervention. Ce raisonnement fonctionnel unifie l'ACT thérapie, la DBT et la thérapie fondée sur la compassion, par-delà leurs différences de protocole et d'origine théorique.
Le même texte de Steven C. Hayes précise que « les interventions de la troisième vague ne représentent pas un rejet des premières et deuxième vagues de la thérapie comportementale et cognitive mais plutôt une transformation des phases précédentes aboutissant à une approche nouvelle, plus large et plus interconnectée ». Une ACT thérapie utilise donc sans difficulté l'exposition graduée héritée de la première vague, et un thérapeute formé aux TCC classiques intègre couramment des exercices de pleine conscience.

ACT, DBT, MBCT et CFT : quatre approches pour quatre problèmes cliniques
Les confondre est l'erreur la plus fréquente. Ces quatre thérapies partagent une philosophie et se distinguent nettement par leur public cible, leur format et leur durée. Le tableau ci-dessous récapitule les quatre différences qui comptent au moment de choisir : l'indication principale, le format des séances, la durée usuelle et le cœur de la méthode.
| Approche | Indication principale | Format et durée | Cœur de la méthode |
|---|
| ACT thérapie | Douleur chronique, anxiété, dépression, stress professionnel | Individuel, 10 à 20 séances hebdomadaires | Flexibilité psychologique et action guidée par les valeurs |
| DBT | Trouble de la personnalité borderline, dysrégulation émotionnelle sévère, conduites auto-agressives | Programme complet associant suivi individuel et groupe de compétences, 6 à 12 mois | Équilibre entre validation émotionnelle et changement comportemental |
| MBCT | Prévention de la rechute chez les personnes ayant vécu au moins trois épisodes dépressifs | Groupe fermé de 8 séances hebdomadaires de 2 heures, plus une journée de pratique | Repérage précoce des schémas de rumination par la pleine conscience |
| CFT | Honte, autocritique sévère, troubles alimentaires, psychotraumatisme | Individuel ou groupe, durée variable | Développement du système d'apaisement et de l'auto-compassion |
La DBT, conçue pour la dysrégulation émotionnelle sévère
La DBT (dialectical behavior therapy, thérapie comportementale dialectique) a été construite par Marsha M. Linehan dans les années 1980 pour des patientes présentant des conduites suicidaires répétées et un trouble de la personnalité borderline. Le mot dialectique désigne la tension centrale du modèle : le thérapeute valide l'émotion telle qu'elle est vécue et demande simultanément un changement de comportement.
Un programme DBT complet ne se réduit pas à des séances individuelles. Il associe quatre composantes : la thérapie individuelle hebdomadaire, un groupe d'entraînement aux compétences, une disponibilité téléphonique entre les séances pour les moments de crise, et une équipe de supervision pour les thérapeutes. Les compétences sont regroupées en quatre modules : pleine conscience, tolérance à la détresse, régulation émotionnelle et efficacité interpersonnelle. En France, des formations intensives à la thérapie comportementale dialectique sont désormais dispensées en français, par des organismes de formation continue et des services universitaires de formation continue.
La MBCT, un programme de prévention de la rechute dépressive
La MBCT (mindfulness-based cognitive therapy, thérapie cognitive basée sur la pleine conscience) a été mise au point par Zindel Segal, Mark Williams et John Teasdale pour un objectif étroit et bien défini : éviter qu'un épisode dépressif ne revienne. Elle se déroule en groupe fermé de 8 séances hebdomadaires, sur un format directement dérivé du programme de réduction du stress par la pleine conscience de Jon Kabat-Zinn.
La méta-analyse de Jacob Piet et Esben Hougaard, publiée en 2011 dans Clinical Psychology Review, a regroupé 6 essais contrôlés randomisés et 593 participants. Elle mesure un risque relatif de rechute de 0,66 pour la MBCT comparée au traitement habituel ou à un placebo, soit une réduction du risque relatif de 34 %. Dans une analyse de sous-groupe planifiée à l'avance, cette réduction atteint 43 % chez les participants ayant vécu au moins trois épisodes antérieurs, et disparaît complètement chez ceux qui n'en ont vécu que deux. Ce résultat explique pourquoi la MBCT est indiquée en prévention chez des personnes en rémission, et non pendant un épisode aigu de dépression majeure, où l'exercice attentionnel demandé reste difficile à soutenir.
La CFT et les autres approches contextuelles
La CFT (compassion focused therapy, thérapie fondée sur la compassion) a été développée par Paul Gilbert, professeur de psychologie clinique à l'université de Derby, pour des personnes chez qui l'autocritique est massive et la honte, centrale. Elle repose sur un modèle à trois systèmes de régulation émotionnelle : menace, motivation et apaisement, et vise à réactiver le troisième chez des patients qui n'y ont plus accès.
Deux autres approches complètent la famille selon l'Association for Contextual Behavioral Science : la FAP (functional analytic psychotherapy, psychothérapie basée sur l'analyse fonctionnelle), qui utilise la relation thérapeutique elle-même comme terrain d'apprentissage, et la thérapie intégrative comportementale de couple, appliquée aux conflits conjugaux. Aucune de ces approches n'est en concurrence frontale avec les autres, et un même praticien en combine souvent plusieurs.
Reconnaître les situations qui relèvent de ces approches au quotidien
Vous n'avez pas besoin d'un diagnostic pour identifier le type de fonctionnement que ces thérapies ciblent. Trois configurations reviennent régulièrement, et elles se repèrent par des comportements observables plutôt que par des états intérieurs.
La première est le rétrécissement du champ de vie. Vous avez cessé de prendre l'avion, vous ne déjeunez plus à la cantine de l'entreprise, vous refusez les invitations le soir. Chaque renoncement pris isolément se justifie ; leur accumulation dessine une vie organisée autour de l'évitement. C'est la cible privilégiée d'une ACT thérapie, parce que le travail porte directement sur la reprise de ces comportements abandonnés.
La deuxième est la rumination, définie comme une pensée répétitive centrée sur les causes et les conséquences d'un problème, sans production de solution. Elle se distingue de l'inquiétude, tournée vers le futur, par son orientation vers le passé. Une rumination installée chez une personne ayant déjà vécu plusieurs épisodes dépressifs oriente vers la MBCT, dont le protocole a été construit précisément pour interrompre ce schéma avant qu'il ne déclenche une rechute.
La troisième est la dysrégulation émotionnelle, c'est-à-dire des variations d'intensité émotionnelle rapides, disproportionnées par rapport au déclencheur, et difficiles à ramener à la ligne de base. Quand elle s'accompagne de conduites auto-agressives, de crises relationnelles répétées ou d'impulsivité, la DBT devient l'option de première intention. Le stress chronique avec hypervigilance constitue un tableau voisin, souvent traité par des outils empruntés à plusieurs de ces approches.
Ces trois configurations coexistent fréquemment chez la même personne, et le repérage ne vise pas à trancher entre elles. Il sert à identifier ce qui, dans votre fonctionnement actuel, résiste le plus. Un praticien procède de la même manière lors de l'entretien d'évaluation initial : il cherche le processus dominant, celui dont la modification produirait le plus d'effets en cascade sur le reste du tableau. C'est cette analyse, et non l'étiquette diagnostique, qui détermine le choix entre une ACT thérapie individuelle, un programme de groupe et une prise en charge structurée.
Un dernier repère mérite votre attention : la répétition d'un même échec thérapeutique. Si vous avez déjà suivi une thérapie centrée sur le contenu de vos pensées sans bénéfice durable, une approche qui travaille la relation à ces pensées ouvre une autre voie. C'est l'argument principal avancé en faveur de l'ACT thérapie chez les patients considérés comme résistants aux protocoles classiques.
Cet argument demande toutefois une réserve explicite. Les présentations francophones de la troisième vague soulignent régulièrement que ces psychothérapies ont d'abord été employées chez des personnes difficiles à traiter par les protocoles existants, mais aucun essai comparatif de grande taille ne démontre à ce jour une supériorité dans cette indication précise. Une ACT thérapie proposée après un premier échec constitue donc une option raisonnable, pas une garantie de résultat.
Mécanismes visés et facteurs de vulnérabilité en France
Les thérapies de troisième vague ne visent pas des causes au sens médical du terme. Elles visent des processus transdiagnostiques, c'est-à-dire des mécanismes que l'on retrouve à travers plusieurs troubles : évitement expérientiel, fusion cognitive, rumination, difficultés de régulation émotionnelle. Cette approche par processus explique pourquoi un même protocole d'ACT thérapie s'applique à des tableaux cliniques aussi différents que la fibromyalgie et l'anxiété sociale.
L'ampleur du phénomène dépasse le cas français. L'Organisation mondiale de la santé classe les troubles anxieux parmi les troubles mentaux les plus fréquents au monde, et le Bulletin épidémiologique hebdomadaire de juillet 2025 rappelle qu'entre 1990 et 2019 leur incidence a progressé de près de 50 %, tandis que les années de vie corrigées sur l'incapacité augmentaient de plus de 50 %. Une méta-analyse internationale portant sur 204 pays, publiée dans The Lancet en octobre 2021, a estimé que la prévalence des troubles anxieux et dépressifs avait augmenté de plus de 25 % au cours de la première année de la pandémie de Covid-19.
Les données épidémiologiques françaises donnent la mesure du besoin. Dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire du 22 juillet 2025, Christophe Léon et ses collègues de Santé publique France établissent que 12,5 % des personnes âgées de 18 à 85 ans présentaient un état anxieux en 2021, avec une prévalence trois fois plus élevée chez les femmes (18,2 %) que chez les hommes (6,4 %). L'étude repose sur un sous-échantillon de 4 829 personnes interrogées par téléphone et sur la sous-échelle anxiété de l'échelle Hospital Anxiety and Depression, un état anxieux étant retenu au-dessus d'un score de 10 sur 21.
Deux instruments coexistent et produisent des chiffres différents, ce qui explique les écarts que vous rencontrerez d'un article à l'autre. L'enquête européenne ESEMeD, conduite entre 2001 et 2003 avec l'entretien diagnostique standardisé de l'Organisation mondiale de la santé, estimait à 9,8 % la proportion d'adultes ayant souffert d'au moins un trouble anxieux au cours des douze derniers mois. L'enquête EpiCov, appuyée sur l'échelle Generalized Anxiety Disorder à sept items, situe la prévalence du trouble anxieux généralisé à 11 % chez les personnes de 16 ans et plus. Ces mesures ne portent ni sur la même période, ni sur le même construit clinique, et aucune ne disqualifie l'autre.
Du côté dépressif, l'étude EpiCov exploitée par la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques établit qu'à l'automne 2022, 9,6 % de la population adulte présentait un syndrome dépressif, dont 5,3 % un syndrome majeur évoquant un épisode dépressif caractérisé. L'écart entre femmes et hommes atteint 11,1 % contre 8,0 %, et grimpe à 17 % chez les femmes de moins de 25 ans.
Le Baromètre de Santé publique France a par ailleurs documenté une hausse des épisodes dépressifs caractérisés entre 2017 et 2021, de 3,5 points de prévalence chez les 18-75 ans et de 9 points chez les 18-24 ans. C'est sur cette population jeune que la demande d'ACT thérapie et de programmes de troisième vague a le plus progressé au cours des dernières années.
Les facteurs associés sont documentés et ils ne relèvent pas de la psychologie individuelle. Le même travail de la DREES montre que 21,3 % des personnes déclarant une situation financière difficile présentent un syndrome dépressif, contre 6,1 % de celles qui se déclarent à l'aise, soit un rapport de un à trois et demi. Le BEH ajoute qu'un niveau d'éducation inférieur au baccalauréat et une situation financière juste ou difficile figurent parmi les facteurs associés aux états anxieux communs aux deux sexes.
Ces chiffres ont une conséquence directe sur votre parcours. Une thérapie contextuelle travaille votre rapport à l'expérience intérieure ; elle ne modifie pas votre situation de logement, votre charge de travail ou vos revenus. Un praticien sérieux le dit et oriente en parallèle vers une assistante sociale, un service de santé au travail ou un dispositif d'aide, quand la situation matérielle entretient la souffrance.
Ce que la preuve scientifique établit sur l'ACT thérapie
Le niveau de preuve est le critère qui devrait peser le plus lourd dans votre choix, et c'est celui que les articles grand public traitent le moins bien. Voici l'état des connaissances, source par source.
Sur la dépression aiguë, la référence reste la revue systématique Cochrane conduite par Vivien Hunot et ses collègues, publiée le 18 octobre 2013. Elle n'a retenu que 3 essais contrôlés randomisés totalisant 144 participants, dont 2 essais d'ACT thérapie portant sur 56 participants comparés à une TCC classique. Le risque relatif de réponse clinique s'établit à 1,14 avec un intervalle de confiance à 95 % allant de 0,79 à 1,64, ce qui ne permet pas de conclure à une différence. Les auteurs qualifient les preuves de très faible qualité et signalent que les deux essais d'ACT présentaient un haut risque de biais d'exécution et d'allégeance des chercheurs.
Sur la douleur chronique, le corpus est nettement plus fourni. La méta-analyse de Lu Ye, Yunhua Li et leurs coauteurs, publiée dans PLOS ONE le 14 juin 2024, a retenu 21 essais contrôlés randomisés pour un total de 1 298 participants, après criblage de 7 260 références dans six bases de données jusqu'au 1er octobre 2023. En fin de traitement, la taille d'effet est moyenne sur l'interférence de la douleur, l'incapacité fonctionnelle, l'acceptation de la douleur, l'inflexibilité psychologique et la dépression. Elle devient large sur l'incapacité fonctionnelle trois mois après la fin du traitement. La durée moyenne de douleur des participants allait de 6,8 à 25,34 années selon les études, ce qui décrit une population très chronicisée.
Sur la prévention de la rechute dépressive, la MBCT dispose du résultat le plus circonscrit de la famille. Jacob Piet et Esben Hougaard établissent en 2011, sur 6 essais et 593 participants, une réduction du risque relatif de 34 % tous patients confondus et de 43 % dans le sous-groupe ayant vécu trois épisodes ou plus. Le résultat s'annule chez les patients à deux épisodes, ce qui rend l'indication très dépendante de l'histoire dépressive. Sur le trouble de la personnalité borderline, la DBT a fait l'objet de plusieurs méta-analyses d'essais contrôlés randomisés, avec des résultats convergents sur la réduction des conduites auto-agressives et des résultats non significatifs sur les symptômes dépressifs face au traitement habituel dans plusieurs essais.
Sept questions à poser devant une étude d'efficacité
La lecture critique d'un résultat d'efficacité n'exige pas de formation en méthodologie. Sept questions suffisent à évaluer la solidité de ce que vous lisez, et elles s'appliquent aussi bien à l'ACT thérapie qu'à n'importe quelle autre approche.
- Quel est le comparateur. Une thérapie comparée à une liste d'attente produit mécaniquement de meilleurs résultats que comparée à une autre thérapie active. La méta-analyse PLOS ONE de 2024 ne retient que des groupes contrôle en soins habituels ou en liste d'attente, ce qui limite la portée de ses conclusions.
- Combien de participants. Un total de 144 participants sur trois essais, comme dans la revue Cochrane de 2013, autorise une conclusion prudente et rien de plus.
- Quelle mesure de résultat. Une amélioration de l'acceptation de la douleur et une réduction de l'intensité de la douleur ne racontent pas la même histoire.
- Quel recul. Un effet mesuré en fin de traitement disparaît parfois à six mois. Les études qui suivent les participants au-delà de trois mois sont minoritaires.
- Qui a mené l'étude. Le biais d'allégeance, relevé explicitement par les auteurs de la revue Cochrane, désigne la tendance des chercheurs à obtenir de meilleurs résultats avec l'approche qu'ils défendent.
- Quel taux d'abandon. Un essai dont 40 % des participants sortent en cours de route mesure surtout l'acceptabilité du protocole.
- La conclusion dépasse-t-elle les données. L'écart entre ce que montre un essai et ce qu'en tire un communiqué de presse constitue la source d'erreur la plus commune.
Cette grille conduit à une position mesurée. L'ACT thérapie dispose d'un corpus solide sur la douleur chronique et d'un corpus plus fragile sur la dépression prise isolément. Aucune étude disponible n'établit qu'une thérapie de troisième vague soit supérieure à une thérapie cognitivo-comportementale classique, ni l'inverse.
Niveaux de sévérité et seuils d'alerte
Le choix d'une approche dépend moins du diagnostic que de l'intensité du tableau et du niveau de risque. Le tableau suivant croise trois éléments : l'intensité des symptômes, l'orientation la plus adaptée et le délai dans lequel il faut agir.
| Intensité | Orientation adaptée | Délai d'action |
|---|
| Légère à modérée, sans risque suicidaire | Psychologue en libéral ou dispositif Mon soutien psy, 12 séances | Quelques semaines |
| Modérée avec retentissement professionnel ou familial marqué | Médecin traitant puis psychologue formé, avis psychiatrique si le tableau ne bouge pas | Deux à quatre semaines |
| Sévère, épisode dépressif caractérisé ou dysrégulation émotionnelle majeure | Centre médico-psychologique, psychiatre, programme DBT structuré | Sous quinze jours |
| Idées suicidaires, quel que soit le reste du tableau | 3114 immédiatement, médecin traitant ou urgences le jour même | Immédiat |
Le dispositif Mon soutien psy est explicitement réservé aux troubles psychiques d'intensité légère à modérée, comme le rappelle l'Assurance Maladie dans son dossier de presse du 16 janvier 2026. Cette borne n'est pas administrative : douze séances ne constituent pas un cadre suffisant pour un tableau sévère, et l'orientation vers un psychiatre ou un centre médico-psychologique devient alors la réponse appropriée.
Les recommandations françaises et internationales placent les psychothérapies en première intention pour les troubles mentaux d'intensité légère à modérée. La Haute Autorité de santé le formule dans sa recommandation de bonne pratique d'octobre 2017 sur l'épisode dépressif caractérisé de l'adulte en soins de premier recours, et le National Institute for Health and Care Excellence britannique dans sa recommandation clinique sur la dépression chez l'adulte. L'efficacité et l'efficience de ces psychothérapies y sont décrites comme comparables aux traitements médicamenteux dans cette gamme de sévérité.
Un signal d'alerte mérite d'être connu : plus de la moitié des personnes déclarant des pensées suicidaires ne recourent à aucun soin de santé mentale, selon l'exploitation EpiCov publiée par la DREES en juin 2025. Le non-recours est donc la règle dans cette population, ce qui justifie que l'entourage se sente autorisé à poser la question directement.
Les données de tendance confirment cette vigilance. Selon la même exploitation EpiCov, la part d'adultes déclarant des pensées suicidaires au cours des douze derniers mois est passée de 2,8 % à l'automne 2020 à 3,4 % à l'automne 2022, et atteint 7,0 % chez les moins de 25 ans, soit 8,7 % des jeunes femmes et 5,4 % des jeunes hommes. Les tentatives de suicide déclarées sur douze mois ont progressé de 0,3 % à 1,1 % chez les jeunes hommes et de 0,6 % à 1,3 % chez les jeunes femmes sur la même période. Parmi les personnes ayant déclaré des pensées suicidaires, 46,4 % disent y penser encore au moment de l'enquête. L'enquête EpiCov a été élaborée par la DREES et l'Inserm, en collaboration avec Santé publique France et l'Institut national de la statistique et des études économiques. Ces résultats reposent sur 64 423 questionnaires exploitables recueillis entre octobre et décembre 2022, ce qui leur donne une précision inhabituelle pour ce type d'indicateur. Aucune ACT thérapie et aucun programme de compétences DBT ne remplace une évaluation du risque suicidaire par un médecin lorsque ces éléments sont présents.
Le parcours de soin en France, étape par étape
Le parcours réel diffère sensiblement de ce que décrivent les articles traduits de l'anglais. Voici les sept étapes qui structurent l'accès à une thérapie de troisième vague en France, avec les délais et les coûts constatés.
- Le point de départ médical. Une consultation chez votre médecin traitant permet d'écarter une cause somatique, d'évaluer le risque suicidaire et d'orienter. Elle n'est plus obligatoire pour entrer dans Mon soutien psy depuis juin 2024, mais elle reste utile quand le tableau est peu clair.
- La vérification du titre. L'usage professionnel du titre de psychologue est protégé par l'article 44 de la loi n° 85-772 du 25 juillet 1985, complété par l'article 57 de la loi n° 2002-303 du 4 mars 2002. Depuis 2024, l'enregistrement est porté par le Répertoire partagé des professionnels intervenant dans le système de santé (RPPS), qui a remplacé le répertoire ADELI.
- Le choix de la voie de financement. Mon soutien psy ouvre 12 séances par année civile chez un psychologue conventionné, dont un entretien d'évaluation initial obligatoirement en présentiel et jusqu'à 11 séances de suivi. Le tarif est fixé à 50 euros sans dépassement d'honoraires possible, remboursé à 60 % par l'Assurance Maladie, le reste relevant de votre complémentaire santé.
- Le cas du centre médico-psychologique. Les CMP assurent une prise en charge intégralement gratuite, sur secteur géographique, pour les tableaux les plus lourds. Les délais y sont longs : l'enquête de la Fédération régionale de recherche en psychiatrie et santé mentale Hauts-de-France, menée en 2024 auprès des 103 CMP pour adultes de la région avec 84 réponses, mesure un délai médian de 61 jours pour un premier rendez-vous avec un psychologue et de 74 jours avec un psychiatre.
- La vérification de la formation à l'approche. Aucun titre ne protège les mentions ACT, DBT ou MBCT en France. Demandez explicitement quel cursus le praticien a suivi, auprès de quel organisme, sur quelle durée, et s'il bénéficie d'une supervision. Un thérapeute DBT sérieux vous décrira un programme complet à quatre composantes, pas une simple série d'entretiens.
- Le cadrage des objectifs. Les deux ou trois premières séances servent à formuler des objectifs comportementaux observables et un critère d'arrêt. Une ACT thérapie sans objectif comportemental écrit dérive vite vers la conversation de soutien.
- Le point d'étape. Au terme de 10 à 12 séances, un bilan explicite compare la situation actuelle aux objectifs de départ. En l'absence de mouvement, un changement d'approche ou de praticien se discute sans culpabilité.
Le recours aux psychologues progresse nettement en France. Selon l'exploitation EpiCov de la DREES publiée en juin 2025, près de 6 % de la population adulte déclarait avoir consulté un psychologue pour motif psychologique à l'automne 2022, contre près de 3 % un psychiatre. Chez les femmes de 18 à 24 ans, le taux atteint 13,8 %, en hausse de 4 points en un an. Sur l'ensemble de la population adulte, 11,4 % déclaraient avoir consulté un professionnel pour motif psychologique.
Le dispositif Mon soutien psy a atteint une échelle significative. L'Assurance Maladie indiquait le 16 janvier 2026 que près de 760 000 personnes y avaient eu recours depuis sa création en 2022, et que plus de 6 200 psychologues proposaient cet accompagnement. Une enquête BVA menée en novembre 2023 auprès de 101 psychologues conventionnés montrait que 87 % d'entre eux estimaient que le dispositif avait permis à des patients de consulter malgré des freins financiers, et 63 % qu'il avait contribué à un repérage précoce de troubles psychiques.
Trois situations types, du premier rendez-vous au bilan
Les trois situations qui suivent sont des reconstitutions pédagogiques, construites à partir des tarifs, délais et modalités publiés par les sources citées dans cette page. Elles n'exposent pas de dossier réel et n'ont pas valeur de pronostic individuel.
Situation 1. Anxiété sociale d'intensité modérée, femme de 29 ans, sans antécédent. Consultation du médecin traitant en semaine 1, prise de rendez-vous directe avec un psychologue conventionné en semaine 3. Entretien d'évaluation puis 11 séances de suivi étalées sur cinq mois, orientées ACT thérapie : clarification des valeurs professionnelles, exposition graduée aux prises de parole en réunion, exercices de défusion sur la pensée « ils vont voir que je tremble ». Coût total 600 euros pour 12 séances à 50 euros, dont 360 euros remboursés par l'Assurance Maladie au taux de 60 % et 240 euros à la charge de la complémentaire santé ou du patient. Objectif de départ, tenu en séance 9 : trois prises de parole en réunion par mois. Le trouble d'anxiété sociale répond bien à ce format court.
Situation 2. Troisième épisode dépressif, homme de 47 ans, en rémission depuis quatre mois. Le tableau ne relève pas d'une thérapie individuelle en phase aiguë mais d'une prévention de la rechute. Orientation vers un programme MBCT en groupe fermé : 8 séances hebdomadaires de deux heures, plus une journée de pratique intensive, facturées hors dispositif conventionné, sans qu'aucun barème public ne consolide les tarifs de ce type de programme de groupe, avec une pratique quotidienne à domicile demandée entre les séances. La cible n'est pas l'humeur du moment mais le repérage des signes précoces de rumination. Le profil correspond exactement au sous-groupe étudié par Jacob Piet et Esben Hougaard, celui des patients à trois épisodes ou plus, chez qui la réduction du risque relatif de rechute atteint 43 %.
Situation 3. Dysrégulation émotionnelle sévère avec conduites auto-agressives, jeune femme de 22 ans. Ce tableau sort du champ des 12 séances de Mon soutien psy. Le parcours passe par le médecin traitant puis un centre médico-psychologique de secteur, avec un délai médian de 61 jours pour un psychologue et de 74 jours pour un psychiatre selon l'enquête Hauts-de-France de 2024. La prise en charge visée est un programme DBT complet sur 6 à 12 mois, associant suivi individuel hebdomadaire, groupe de compétences et disponibilité téléphonique en cas de crise. Dans l'intervalle entre l'orientation et le début du programme, la consigne de sécurité est le recours au 3114 en cas d'idées suicidaires.
Ces trois trajectoires illustrent une même règle : le cadre de financement dépend de la sévérité du tableau et non de l'approche choisie. Mon soutien psy couvre un protocole court chez un psychologue conventionné, quelle que soit la méthode employée. Le centre médico-psychologique prend en charge gratuitement les situations les plus lourdes, au prix d'un délai. Le secteur libéral hors dispositif offre le meilleur délai et le plus large choix de praticiens formés, à un coût qui reste à votre charge ou à celle de votre complémentaire santé.
Un point d'attention sur les tarifs pratiqués hors conventionnement : ils varient fortement selon les régions et ne font l'objet d'aucun barème public consolidé. Les 50 euros de la séance conventionnée constituent la seule référence tarifaire opposable, et elle ne vaut que dans le cadre du dispositif. Demandez le tarif et le nombre de séances envisagées dès le premier contact téléphonique, avant de vous engager dans une ACT thérapie ou dans un programme de groupe.
Le travail entre les séances : exercices, journal et mesure des progrès
Ce qui sépare une thérapie comportementale contextuelle d'un accompagnement de soutien tient largement à ce qui se passe entre deux rendez-vous. Un programme MBCT demande une pratique quotidienne guidée par des enregistrements ; une ACT thérapie individuelle s'appuie sur des exercices plus courts, répartis sur la semaine. Ce volume conditionne le résultat : les protocoles évalués dans les essais cliniques comportent tous une composante d'exercices assignés, et les tailles d'effet publiées décrivent des patients qui les ont réalisés.
Le journal de bord constitue l'outil de base. Dans une ACT thérapie, il prend souvent la forme d'un tableau à quatre colonnes : la situation rencontrée, la pensée ou l'émotion survenue, ce que vous avez fait ensuite, et la direction de valeur que ce comportement a servie ou desservie. Rempli sur deux semaines, il fait apparaître des régularités qu'aucun souvenir reconstruit après coup ne restitue avec la même fidélité.
Les exercices se répartissent en trois familles, et un praticien vous en proposera au moins une de chaque au cours du suivi.
- Les exercices de contact avec le moment présent. Pratiques attentionnelles brèves, de trois à dix minutes, ancrées sur la respiration ou sur les sensations corporelles.
- Les exercices de défusion cognitive. Répétition d'un mot jusqu'à saturation sémantique, mise en scène de la pensée sur un écran imaginaire, formulation systématiquement préfixée par « je remarque que mon esprit me dit que ».
- Les actions engagées. Comportements concrets planifiés à l'avance, avec un jour, une heure et un critère de réalisation vérifiable, gradués du plus accessible au plus exigeant.
La mesure des progrès mérite la même rigueur que la pratique. Les échelles utilisées en recherche sont accessibles en consultation : la sous-échelle anxiété de l'échelle Hospital Anxiety and Depression, employée par Santé publique France dans le Baromètre 2021, ou le questionnaire PHQ-9 à neuf items, que la Haute Autorité de santé recommande comme outil de dépistage et d'aide au diagnostic de l'épisode dépressif caractérisé et que la DREES utilise dans l'enquête EpiCov. Un score repris toutes les quatre séances objective un mouvement que la mémoire tend à niveler.
Une remarque sur l'observance s'impose. Le taux d'abandon reste le point faible reconnu de ces protocoles, au point que la revue Cochrane de 2013 a calculé ses résultats principaux à partir des taux d'abandon, faute d'autres données exploitables dans les essais retenus. Si les exercices ne sont pas faits, dites-le en séance plutôt que de les rattraper la veille. Un praticien compétent traite cette information comme une donnée clinique et ajuste la demande.
La charge de travail se négocie d'ailleurs en permanence. Une ACT thérapie conduite pendant un épisode dépressif sévère, avec ralentissement psychomoteur et troubles de la concentration, ne peut pas exiger le même volume qu'un suivi pour anxiété sociale chez une personne par ailleurs fonctionnelle. L'ajustement du format fait partie intégrante du travail thérapeutique.
La place des proches sans endosser le rôle de soignant
L'entourage occupe une position utile et limitée, et confondre les deux épuise tout le monde. Vous pouvez faire trois choses avec une efficacité réelle : nommer ce que vous observez, poser la question du risque suicidaire, et accompagner concrètement une démarche de soin. Vous ne pouvez pas conduire la thérapie.
Nommer ce que vous observez signifie décrire des faits datés plutôt qu'interpréter. « Tu as annulé les trois derniers dîners et tu dors dans la journée depuis un mois » ouvre une conversation, là où « tu déprimes » la referme. Cette formulation descriptive est exactement celle qu'utilise un clinicien pour établir une ligne de base comportementale.
Poser la question du risque suicidaire ne provoque pas le passage à l'acte. La donnée qui compte ici est le taux de non-recours : selon la DREES, plus de la moitié des personnes ayant des pensées suicidaires ne consultent aucun professionnel de santé mentale. La question directe reste, dans ce contexte, le moyen le plus simple de rendre le sujet abordable.
Accompagner la démarche prend des formes matérielles : chercher les psychologues conventionnés sur l'annuaire d'ameli.fr, proposer de garder les enfants pendant la séance, conduire à un rendez-vous éloigné. Ce que vous ne devez pas faire, c'est appliquer les exercices à la place du thérapeute. Un proche qui demande chaque soir si les exercices de défusion ont été faits transforme une relation familiale en supervision clinique.
Trois attitudes se révèlent contre-productives et méritent d'être nommées. La première consiste à rassurer systématiquement : répondre « tout va bien se passer » à chaque inquiétude exprimée fonctionne comme un évitement par procuration et renforce le mécanisme que la thérapie cherche à défaire. La deuxième consiste à organiser la vie du foyer autour du symptôme, en supprimant les situations qui déclenchent l'anxiété du proche ; l'entourage devient alors partie prenante du rétrécissement. La troisième consiste à exiger des résultats visibles à date fixe, alors qu'une ACT thérapie produit d'abord des changements de comportement peu spectaculaires, comme une sortie reprise ou un appel téléphonique passé.
Le cas des mineurs appelle une règle supplémentaire. L'accompagnement psychologique d'un enfant ou d'un adolescent dans le cadre de Mon soutien psy suppose le consentement des titulaires de l'autorité parentale, vérifié par le professionnel de santé qui oriente. Le dispositif est ouvert dès l'âge de 3 ans.
Une dernière recommandation vaut pour les aidants eux-mêmes. Le dispositif Mon soutien psy est ouvert à toute personne dès 3 ans qui se sent angoissée, déprimée ou éprouve un mal-être, y compris donc à l'entourage d'un patient. Accompagner quelqu'un pendant plusieurs mois justifie de consulter pour soi.
Signaux d'urgence : quand appeler le 3114, le 15 ou le 119
Certaines situations ne relèvent d'aucune psychothérapie programmée. Elles demandent une réponse immédiate, et les numéros ci-dessous sont gratuits, confidentiels et accessibles depuis toute la France.
- 3114, numéro national de prévention du suicide, joignable 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, gratuit et confidentiel. Il est destiné aux personnes en souffrance comme à leur entourage, et permet écoute, évaluation, intervention et orientation.
- 15, Samu, pour toute urgence vitale : tentative de suicide en cours, état de conscience altéré, agitation majeure avec danger immédiat.
- 112, numéro d'urgence européen, utilisable depuis un mobile partout dans l'Union européenne.
- 119, Allô enfance en danger, si un mineur est exposé à une situation de danger.
- 3919, Violences femmes info, pour les violences conjugales et sexistes.
Trois signaux imposent d'appeler sans attendre le prochain rendez-vous : l'apparition d'un plan suicidaire précis, un changement brutal de comportement après une période de désespoir, et la perte de contact avec la réalité. Les idées suicidaires et le désespoir constituent des motifs légitimes de consultation en urgence, y compris en l'absence de tout diagnostic posé.
Deux repères complémentaires aident à décider. Un apaisement soudain et inexpliqué chez une personne jusque-là très souffrante ne constitue pas nécessairement une bonne nouvelle et mérite une vérification directe. Le don d'objets personnels, la mise en ordre inhabituelle des affaires ou des messages d'adieu déguisés en remerciements appellent la même réaction : poser la question, puis appeler le 3114 si le doute persiste.
Une précision sur le rôle du psychologue dans ces situations. Un psychologue n'est pas médecin, ne prescrit pas de traitement et ne pose pas de diagnostic médical. Quand un tableau se dégrade, il oriente vers un médecin ou un service d'urgence. Un praticien qui prétendrait gérer seul un risque suicidaire aigu sortirait de son cadre déontologique.
Un dernier chiffre mérite d'être connu : dans l'enquête menée en 2024 auprès des centres médico-psychologiques pour adultes des Hauts-de-France, le délai médian le plus court pour un premier rendez-vous hors urgence, tous professionnels confondus, s'établissait à 7,0 jours, et à 10 jours avec une infirmière. Un premier contact rapide reste donc possible même quand le rendez-vous médical est lointain.
ACT thérapie : sept idées reçues et leur mise au point factuelle
Ces sept affirmations circulent largement dans les articles grand public et sur les réseaux sociaux. Chacune contient une part de vrai, et chacune induit en erreur sur un point précis.
- « L'ACT thérapie consiste à accepter sa souffrance et à ne rien changer. » L'acceptation porte sur l'expérience intérieure, l'engagement porte sur le comportement extérieur. Le second terme du nom désigne un plan d'action gradué assorti d'objectifs mesurables, ce qui exclut toute résignation. Un protocole d'ACT thérapie comporte systématiquement une phase de clarification des valeurs suivie d'un plan comportemental daté ; l'absence de ce volet signale un suivi qui a dérivé vers la conversation de soutien.
- « La troisième vague a remplacé les TCC classiques. » Steven C. Hayes écrit en 2004 que ces interventions « ne représentent pas un rejet des premières et deuxième vagues ». La revue Cochrane de 2013 ne trouve aucune supériorité d'un groupe sur l'autre dans la dépression aiguë.
- « La pleine conscience suffit. » La MBCT est un protocole structuré de 8 séances avec pratique quotidienne, conçu pour un profil précis. Les huit séances de deux heures se doublent d'une journée de pratique intensive et d'un travail quotidien à domicile. Une application de méditation ne reproduit ni le cadre de groupe, ni le repérage clinique des signes annonciateurs de rechute.
- « La DBT est de l'ACT thérapie pour les cas graves. » Les deux approches sont distinctes par leur origine, leur structure et leur cible. La DBT de Marsha M. Linehan repose sur un programme à quatre composantes et vise la dysrégulation émotionnelle sévère ; l'ACT vise la flexibilité psychologique sur un format individuel plus court.
- « Ces thérapies sont validées scientifiquement, donc leur efficacité est démontrée partout. » Le niveau de preuve varie fortement selon l'indication : robuste sur la douleur chronique avec 21 essais randomisés en 2024, très faible sur la dépression aiguë avec 3 essais en 2013. La distinction utile n'oppose pas les approches entre elles ; elle oppose, pour une même approche, les indications bien documentées et celles qui reposent sur quelques essais isolés.
- « Un psychologue qui affiche ACT thérapie a nécessairement été formé. » Aucune mention de spécialité n'est protégée en France. Seul le titre de psychologue l'est, par l'article 44 de la loi du 25 juillet 1985. La question de la formation et de la supervision se pose donc directement au praticien. Un professionnel réellement formé à l'ACT thérapie cite sans hésiter son organisme de formation, la durée du cursus suivi et le nom de son superviseur.
- « Douze séances remboursées suffisent pour tout. » Le dispositif Mon soutien psy cible explicitement les troubles d'intensité légère à modérée. Un renouvellement au-delà des 12 séances est possible, avec la recommandation d'une concertation préalable entre le psychologue et le psychiatre ou le médecin traitant. L'Assurance Maladie précise que des contrôles sur le nombre de séances sont réalisés systématiquement et que le renouvellement n'ouvre pas un droit automatique.
Ressources françaises à connaître
Quatre catégories de ressources publiques ou associatives couvrent l'essentiel des besoins d'information et d'orientation en France, sans coût pour vous.
Pour l'information de référence, Psycom est un organisme public d'information sur la santé mentale qui publie des fiches sur les troubles, les traitements et les droits des usagers. L'Inserm met en ligne des dossiers thématiques rédigés par des chercheurs, et Santé publique France publie les données épidémiologiques dont sont tirés plusieurs chiffres de cette page.
Pour l'orientation et le financement, l'annuaire des psychologues partenaires de Mon soutien psy est accessible depuis la page dédiée d'ameli.fr, qui détaille aussi les conditions de prise en charge à 100 % sans avance de frais pour les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire, les personnes en affection de longue durée, les femmes enceintes à partir du sixième mois et les victimes d'accident du travail.
Pour les étudiants, le dispositif Santé Psy Étudiant ouvre 12 séances sans avance de frais chez un psychologue conventionné par une université. La circulaire du 13 juin 2024 du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche a porté le nombre de séances de 8 à 12 au 1er juillet 2024, supprimé la consultation d'adressage et revalorisé la séance à 50 euros. Le même texte indique que 64 000 étudiants ont été accompagnés depuis 2021, avec un passage de moins de 8 500 consultations mensuelles en septembre 2023 à plus de 10 000 en mars 2024. La mise en relation se fait sur le site officiel du dispositif.
Le besoin est documenté chez cette population. La circulaire cite des données de Santé publique France selon lesquelles 36,6 % des étudiants déclarent des symptômes dépressifs, contre 20 % des non-étudiants. Une convergence des deux dispositifs, Santé Psy Étudiant et Mon soutien psy, est annoncée à l'horizon 2026, dans un calendrier qui reste à confirmer.
Pour les proches et les aidants, les associations d'usagers et de familles constituent un relais souvent sous-utilisé. Le Groupement national des centres ressources autisme coordonne pour sa part le réseau des centres ressources autisme, dont la mission couvre l'information des familles et l'appui au diagnostic pour les troubles du neurodéveloppement. Si vous cherchez enfin à situer l'ACT thérapie parmi l'ensemble des méthodes disponibles avant de vous décider, une lecture comparative des grandes familles d'approches vous fera gagner plusieurs semaines de tâtonnement.
Pour l'urgence et l'écoute, le 3114 reste la porte d'entrée principale, complété par les services de santé universitaires pour les étudiants et par les centres médico-psychologiques de secteur pour un suivi gratuit au long cours. Les personnes en situation de handicap psychique peuvent par ailleurs déposer un dossier auprès de la Maison départementale des personnes handicapées de leur département pour l'accès aux droits et aux prestations de compensation.
Comment Todopsy vous accompagne dans le choix d'une approche
Todopsy est une plateforme française dédiée à la psychologie, entièrement gratuite à tous les niveaux, sans publicité ni mur payant. Le choix d'une approche thérapeutique se prend rarement seul, et trois services répondent à trois moments différents de cette réflexion.
Le contenu éducatif. Articles, dossiers, revues de cas et revues de littérature couvrent l'ensemble du champ de la psychologie en accès libre. Vous pouvez commencer par le panorama des approches thérapeutiques validées, qui replace l'ACT thérapie, la DBT et la MBCT parmi la psychanalyse et l'EMDR, sans hiérarchie idéologique entre les approches.
La mise en relation avec un psychologue. Le matching combine un algorithme, une couche d'intelligence artificielle et un conseil humain, de manière à tenir compte du trouble, du profil et de la contrainte pratique (secteur géographique, format à distance, disponibilité). Todopsy ne vend aucune séance et ne prend aucune commission : la relation thérapeutique se noue directement avec le praticien.
La visioconférence offerte aux praticiens. Les psychologues qui le souhaitent disposent gratuitement d'un outil de consultation à distance, sans abonnement ni commission, ce qui élargit l'accès aux suivis pour les personnes éloignées d'un cabinet.
Todopsy est en phase de démarrage et ne revendique ni comité éditorial constitué, ni partenariat institutionnel formalisé. La crédibilité des contenus repose sur les sources citées et sur la prudence des affirmations, pas sur un argument d'autorité.
FAQ : ACT thérapie, DBT et thérapies de troisième vague
L'ACT thérapie est-elle remboursée par la Sécurité sociale ?
Les séances chez un psychologue conventionné sont remboursées dans le cadre de Mon soutien psy, quelle que soit l'approche employée : 12 séances par année civile, à 50 euros la séance, prise en charge à 60 % par l'Assurance Maladie et le solde par votre complémentaire santé. Le remboursement porte sur le professionnel et le dispositif, pas sur la méthode. En centre médico-psychologique, la prise en charge est intégralement gratuite.
Combien de séances faut-il prévoir pour une ACT thérapie ?
Le format usuel en libéral se situe entre 10 et 20 séances hebdomadaires ou bimensuelles, ce qui correspond à trois à six mois de suivi. Les 12 séances de Mon soutien psy couvrent un protocole court sur un trouble d'intensité légère à modérée. Un bilan explicite au terme de la dixième séance permet de comparer la situation aux objectifs comportementaux fixés au départ et de décider d'une poursuite.
Quelle différence entre la DBT et la thérapie comportementale dialectique ?
Aucune, ce sont deux noms du même modèle. DBT est le sigle anglais de dialectical behavior therapy, traduit en français par thérapie comportementale dialectique, parfois abrégé TCD. Développé par Marsha M. Linehan, ce modèle associe suivi individuel, groupe d'entraînement aux compétences, disponibilité téléphonique en cas de crise et supervision d'équipe. Un programme réduit aux seuls entretiens individuels n'en constitue pas une version complète.
La MBCT peut-elle remplacer un traitement antidépresseur ?
Cette question relève de votre médecin, qui seul décide d'un traitement médicamenteux. Ce que la littérature établit est plus étroit : selon la méta-analyse de Jacob Piet et Esben Hougaard publiée en 2011 sur 6 essais et 593 participants, la MBCT réduit le risque relatif de rechute de 34 % tous patients confondus, et de 43 % chez les personnes ayant vécu au moins trois épisodes dépressifs. Elle a été conçue comme un outil de prévention en période de rémission, pas comme un traitement de l'épisode aigu.
Comment vérifier qu'un praticien est réellement formé à ces approches ?
Vérifiez d'abord le titre de psychologue, protégé par l'article 44 de la loi du 25 juillet 1985 et enregistré au RPPS depuis 2024. Aucune mention de spécialité en ACT, DBT ou MBCT n'étant protégée, posez ensuite trois questions directes : quel cursus, auprès de quel organisme, sur quelle durée, et bénéficiez-vous d'une supervision régulière. Un praticien formé répond sans difficulté.
Que faire pendant les semaines d'attente d'un rendez-vous en CMP ?
Le délai médian d'un premier rendez-vous avec un psychologue en centre médico-psychologique atteignait 61 jours dans l'enquête menée en 2024 auprès des CMP pour adultes des Hauts-de-France. Pendant cette période, gardez un contact avec votre médecin traitant, utilisez le 3114 en cas d'idées suicidaires, et vérifiez votre éligibilité à Mon soutien psy pour engager un suivi en parallèle. Un trouble anxieux généralisé ne s'aggrave pas nécessairement pendant l'attente, mais il ne s'améliore pas seul.
Conclusion
Choisir entre ces approches revient à répondre à deux questions concrètes plutôt qu'à trancher un débat théorique. La première porte sur ce que vous voulez retrouver : une vie moins rétrécie oriente vers l'ACT, la prévention d'une rechute vers la MBCT, la maîtrise d'une émotion qui déborde vers la DBT. La seconde porte sur l'intensité du tableau, qui détermine le cadre : Mon soutien psy et ses 12 séances pour une intensité légère à modérée, un centre médico-psychologique ou un psychiatre au-delà.
Le niveau de preuve invite à la même modestie que celle affichée par les chercheurs eux-mêmes. Vingt et un essais randomisés soutiennent l'ACT thérapie sur la douleur chronique en 2024, trois essais seulement documentaient la dépression aiguë en 2013, et aucune donnée n'établit la supériorité d'une famille sur l'autre. La qualité de l'alliance avec le praticien, la clarté des objectifs comportementaux et la réalité de sa formation pèsent au moins autant que l'étiquette affichée sur sa plaque. Si vous hésitez encore, une ACT thérapie bien menée commencera de toute façon par clarifier ce qui compte pour vous, ce qui reste le meilleur point de départ possible.
À lire également :
Sources :
- Comparaison des thérapies cognitives et comportementales de troisième vague à d'autres thérapies psychologiques pour la dépression : Cochrane Database of Systematic Reviews, Hunot V. et coll., 2013
- Acceptance and commitment therapy for patients with chronic pain: a systematic review and meta-analysis : PLOS ONE, Ye L., Li Y. et coll., 2024
- Santé mentale : un état des lieux au regard de la situation financière, de l'orientation sexuelle et des discriminations subies : DREES, Études et Résultats n° 1340, 2025
- Prévalence des états anxieux chez les 18-85 ans, résultats du Baromètre Santé publique France : Bulletin épidémiologique hebdomadaire n° 14, Léon C. et coll., 2025
- Le dispositif Mon soutien psy pour un accompagnement psychologique accessible à tous : L'Assurance Maladie, dossier de presse, 2026
- Remboursement de séances chez le psychologue, dispositif Mon soutien psy : ameli.fr, Assurance Maladie, 2026
- Les thérapies de la troisième vague : Association for Contextual Behavioral Science, texte de Hayes S. C., 2004
- Organisation des centres médico-psychologiques et délai d'obtention d'un rendez-vous : F2RSM Psy Hauts-de-France, 2024
- Article 44 de la loi n° 85-772 du 25 juillet 1985 portant diverses dispositions d'ordre social : Légifrance, 1985
- Numéro national de prévention du suicide 3114 : ministère chargé de la Santé, 2024
- The effect of mindfulness-based cognitive therapy for prevention of relapse in recurrent major depressive disorder : Clinical Psychology Review, Piet J. et Hougaard E., 2011
- Évolution du dispositif Santé Psy Étudiant, circulaire du 13 juin 2024 : ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Bulletin officiel n° 26, 2024
- Dispositif Santé Psy Étudiant, site officiel : ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, 2024
- Données et publications sur la santé mentale : Santé publique France, 2025
- Mon soutien psy en chiffres et en mots, état des lieux du dispositif : ameli.fr, Assurance Maladie, 2025
- Recommandations de bonne pratique en santé mentale : Haute Autorité de santé, 2017
- Dossier d'information santé mentale : Psycom, organisme public d'information sur la santé mentale, 2025