Crise, urgence et sécurité

Risque suicidaire : repérer, dialoguer, orienter sans attendre

Le risque suicidaire désigne la probabilité qu'une personne adopte une conduite suicidaire à court ou à moyen terme. Ce guide décrit comment le repérer, comment les professionnels l'évaluent et quel parcours de soin existe en France.

Le risque suicidaire désigne la probabilité qu'une personne adopte une conduite suicidaire à court ou à moyen terme. En France, 8 848 personnes sont mortes par suicide en 2023 et un peu plus de 84 000 personnes de 10 ans ou plus ont été hospitalisées en 2025 après un geste auto-infligé, selon l'Assurance Maladie. Ces chiffres recouvrent une situation très concrète : vous vous inquiétez pour vous-même ou pour quelqu'un de votre entourage, et vous cherchez à savoir quoi faire, quand, et auprès de qui. Ce guide décrit ce qu'est le risque suicidaire, comment il se repère au quotidien, comment les professionnels l'évaluent, et quel parcours de soin existe en France. Si la situation est urgente, appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et ouvert 24 heures sur 24, ou le 15 en cas de danger immédiat.

À retenir :

  • Le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond gratuitement 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 depuis 18 centres de réponse répartis en métropole et outre-mer. En cas de danger immédiat, appelez le 15 ou le 112.
  • La Haute Autorité de santé définit la crise suicidaire comme un état « réversible et temporaire ». Le risque suicidaire varie dans le temps, ce qui laisse une prise à l'intervention.
  • Poser explicitement la question des idées suicidaires n'induit pas ces idées et ne provoque pas de passage à l'acte (HAS, recommandation de septembre 2021 sur l'enfant et l'adolescent, grade C).
  • Le dispositif Mon soutien psy exclut explicitement de son périmètre les personnes présentant un risque suicidaire. La porte d'entrée adaptée reste le médecin traitant, le centre médico-psychologique, le 3114 ou les urgences.
  • Le dispositif de recontact VigilanS diminue de 38 % la réitération suicidaire dans les 12 mois suivant une tentative, sur une cohorte de 23 146 personnes (JAMA Network Open, août 2025).

Qu'est-ce que le risque suicidaire, en termes précis ?

Le risque suicidaire est la probabilité qu'une personne passe à un acte autodirigé avec intention de mourir. La Haute Autorité de santé (HAS), autorité publique indépendante qui produit les recommandations de bonne pratique en France, a stabilisé le vocabulaire de ce champ dans sa recommandation « Idées et conduites suicidaires chez l'enfant et l'adolescent : prévention, repérage, évaluation, prise en charge », validée par son Collège le 9 septembre 2021. Ce texte cible les mineurs, et ses définitions comme son cadre d'évaluation servent de référence commune aux professionnels français, tous âges confondus. Pour l'adulte, le document de référence reste la conférence de consensus de 2000, citée plus bas. Ce guide reprend ces définitions parce qu'elles structurent tout le reste : l'évaluation d'un risque suicidaire, l'orientation, les soins.

L'idée suicidaire est le fait de penser à mourir. La HAS distingue deux formes. L'idée suicidaire passive correspond au fait de vouloir être mort sans penser à se suicider, par exemple souhaiter ne pas se réveiller le matin. L'idée suicidaire active correspond au fait de penser à se suicider. Cette distinction n'est pas un détail de vocabulaire : elle change le niveau d'intervention, parce qu'une idéation active associée à un scénario précis situe ce risque suicidaire à un degré plus élevé et appelle une réponse plus rapide.

La tentative de suicide est définie par la HAS comme un comportement autodirigé, potentiellement préjudiciable, dont l'issue n'est pas fatale et pour lequel il existe des preuves explicites ou implicites de l'intention de mourir. La blessure auto-infligée non suicidaire relève d'une autre catégorie : la personne se blesse sans intention de mourir, souvent pour réguler une tension émotionnelle. Confondre les deux conduit à sous-estimer un danger réel dans un cas, et à sur-réagir dans l'autre.

La crise suicidaire est définie comme une crise psychique dont le risque majeur est le suicide. La HAS précise : « En raison d'un état d'insuffisance de ses moyens de défense et de vulnérabilité, la personne est placée en situation de souffrance et de rupture d'équilibre relationnel avec elle-même et son environnement. Cet état est réversible et temporaire. » Ces deux derniers mots portent l'essentiel du message de prévention. Le processus n'a jamais une forme fixe : la crise a un début, un pic et une décrue.

Le processus suicidaire recouvre l'ensemble du spectre, des premières idées jusqu'au décès, en passant par les comportements préparatoires. La conduite suicidaire en désigne la part agie, c'est-à-dire les tentatives et les actes préparatoires. La réitération suicidaire désigne une nouvelle tentative chez une personne qui en a déjà fait une, et constitue le principal levier des dispositifs français de prévention du risque suicidaire.

Risque suicidaire aigu et vulnérabilité durable, deux échelles de temps

Les cliniciens séparent deux grandeurs que le langage courant confond. L'urgence suicidaire correspond à la probabilité d'une conduite suicidaire potentiellement létale à court terme, dans les heures ou les jours qui viennent. La vulnérabilité suicidaire correspond à la probabilité d'une conduite suicidaire à moyen ou long terme, et décrit un terrain plutôt qu'un moment. Une personne avec une vulnérabilité élevée, par exemple après plusieurs tentatives, traverse des périodes sans urgence particulière. Une personne sans antécédent voit son risque suicidaire monter brutalement à la faveur d'un événement de rupture. La recommandation de la HAS est explicite sur ce point : « Il est recommandé de ne jamais sous-estimer l'urgence suicidaire. »

La même recommandation demande d'abandonner une série de termes encore courants dans les médias et les conversations : « suicide réussi » ou « accompli », « tentative de suicide ratée », « autolyse », « menace suicidaire », « parasuicide », « chantage au suicide », « idée noire », « récidive suicidaire », « commettre un suicide ». La HAS motive ce choix par leur imprécision, leur caractère trompeur ou leur connotation stigmatisante et pénale. Le mot « chantage » en particulier disqualifie d'avance une parole qui, dans la majorité des situations, constitue un appel réel. Le vocabulaire employé pour décrire ce risque suicidaire pèse donc sur la réponse qui lui est apportée.

Distinguer un risque suicidaire des situations voisines

Quatre situations se confondent couramment avec ce risque suicidaire, et chacune appelle une réponse différente. Les séparer évite deux erreurs symétriques : banaliser une alerte réelle, ou déclencher une intervention disproportionnée qui abîme la confiance.

La blessure auto-infligée non suicidaire. La HAS la définit comme un comportement autodirigé portant un préjudice pour l'individu, avec des preuves implicites ou explicites que la personne n'avait pas l'intention de mourir. Les scarifications en constituent la forme la plus connue chez les adolescents. Elles servent le plus souvent à faire baisser une tension émotionnelle insupportable. Elles ne signent pas une intention de mourir, et elles figurent pourtant dans la liste des facteurs de risque de la HAS : le recours aux blessures auto-infligées est associé statistiquement à un risque suicidaire ultérieur plus élevé. La conduite correcte consiste donc à ne pas assimiler le geste à une tentative, tout en le traitant comme un motif de consultation et comme un élément à évaluer.

Les idées de mort du deuil. Une personne endeuillée qui dit vouloir « rejoindre » le défunt exprime une douleur, et parfois davantage. La HAS classe l'idée suicidaire passive, le fait de vouloir être mort sans penser à se suicider, comme une catégorie à part entière. Le critère qui fait bascule est le passage à l'idéation active, c'est-à-dire l'apparition d'une pensée de se donner la mort soi-même. Le 3114 répond spécifiquement aux personnes endeuillées par un suicide, population chez qui l'Assurance Maladie signale un risque de geste suicidaire multiplié par 2 à 4 en cas d'exposition.

Les ruminations anxieuses et les pensées intrusives. Certaines personnes souffrant d'un trouble anxieux décrivent des images de mort qui s'imposent à elles et qu'elles rejettent. L'absence d'adhésion à la pensée, la détresse qu'elle provoque et l'absence de scénario distinguent ce tableau d'un risque suicidaire constitué. Le repère pratique tient en une question : la personne souhaite-t-elle que cette pensée disparaisse, ou lui trouve-t-elle une valeur de solution ?

La demande d'aide exprimée maladroitement. La HAS demande d'abandonner les termes « menace suicidaire » et « chantage au suicide » en raison de leur connotation stigmatisante. Une parole que l'entourage perçoit comme une manipulation reste une parole sur la mort, et l'Assurance Maladie recommande de prendre au sérieux toute menace suicidaire et d'agir sans attendre. Traiter la demande comme sincère ne coûte rien ; la disqualifier ferme une porte qui se rouvre rarement.

Ce que disent les chiffres français et mondiaux

La mortalité par suicide en France se situe autour de 8 848 décès en 2023, chiffre relevé par l'Assurance Maladie, qui note que le nombre évolue peu d'une année sur l'autre. Le suicide reste ainsi l'une des principales causes de décès évitables dans le pays, ce qui fait du risque suicidaire un enjeu de santé publique et non une affaire strictement privée.

L'hospitalisation donne une seconde mesure, plus proche du vécu des familles. En 2025, un peu plus de 84 000 personnes âgées de 10 ans ou plus ont été hospitalisées au moins une fois pour un geste auto-infligé, dont 64 % de femmes, un ratio stable depuis 2021. Rapporté à la population, cela correspond à 170 hospitalisations pour 100 000 femmes et 101 pour 100 000 hommes, en hausse de 2 % par rapport à 2024. La progression est portée par les jeunes filles de 10 à 19 ans et les femmes de moins de 30 ans.

Les enquêtes déclaratives complètent le tableau. Le Baromètre santé 2021 de Santé publique France, mené par téléphone auprès de 24 514 personnes de 18 à 85 ans résidant en France métropolitaine, mesure que 4,2 % des adultes déclarent avoir eu des pensées suicidaires au cours des douze derniers mois. Chez les 18 à 24 ans, cette proportion atteint 7,2 %, et 9,4 % chez les jeunes femmes de cette tranche d'âge. Ces résultats sont publiés dans le sixième rapport de l'Observatoire national du suicide, diffusé par la DREES en février 2025.

Sur la vie entière, 6,8 % des personnes de 18 à 85 ans déclarent avoir tenté de se suicider, avec un écart marqué entre les femmes (8,9 %) et les hommes (4,5 %). Chez les 18 à 24 ans, la proportion monte à 9,2 %, et à 12,8 % chez les femmes de cet âge. Parmi les personnes ayant déjà fait une tentative, 39 % en déclarent plus d'une : la réitération constitue donc un phénomène majoritairement minoritaire mais loin d'être marginal.

Un dernier indicateur mérite d'être connu de toute personne qui s'inquiète pour un proche : 24 % des personnes ayant tenté de se suicider au moins une fois déclarent n'être allées ni à l'hôpital ni chez un professionnel ensuite, d'après le Baromètre santé 2021. Chez les 18 à 24 ans, ce taux atteint 41 %. Autrement dit, une part importante des situations les plus graves ne rencontre jamais le système de soin. C'est précisément dans cet espace que l'entourage joue un rôle, en transformant un risque suicidaire invisible en demande de soin.

À l'échelle mondiale, l'Organisation mondiale de la santé recense 727 000 décès par suicide en 2021 et classe le suicide au troisième rang des causes de mortalité chez les 15 à 29 ans. L'OMS relève que 73 % de ces décès surviennent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire, et que 38 pays seulement déclarent disposer d'une stratégie nationale en la matière. La France fait partie de ces pays, avec une stratégie nationale structurée autour du 3114, de VigilanS, du programme Papageno et des formations au repérage du risque suicidaire.

Reconnaître les signaux d'alerte au quotidien

L'Assurance Maladie rappelle que les personnes qui pensent au suicide donnent généralement plusieurs indices de leurs intentions, à travers des mots, des comportements et des émotions. Ces indices se répartissent en quatre familles, décrites ci-dessous dans l'ordre où l'entourage les perçoit le plus souvent. Aucune famille ne suffit isolément à établir un danger ; c'est leur accumulation qui alerte.

Les messages verbaux. Ils sont directs (« je vais en finir », « ce serait mieux si j'étais mort », « je veux juste mourir ») ou indirects (« je voudrais partir », « je n'en peux plus », « bientôt je ne serai plus là », « je ne vous embêterai plus longtemps », « j'ai tout raté dans la vie »). Les formulations indirectes passent d'autant plus inaperçues qu'elles ressemblent à des plaintes ordinaires. Un critère utile : la répétition associée à un changement de ton.

Les signes physiques. Troubles du sommeil, perte d'appétit ou au contraire prises alimentaires massives, fatigue persistante, douleurs multiples entraînant des consultations répétées chez le médecin, négligence de l'apparence. Le corps parle souvent avant la parole, en particulier chez les hommes et chez les adolescents.

Les signes psychiques. Anxiété, tristesse, découragement, irritabilité, perte du goût pour les activités habituelles, sentiment d'échec et d'inutilité, mauvaise image de soi, rumination mentale, impuissance à trouver seul des solutions à ses problèmes. La sensation d'impasse constitue le noyau de la crise et le meilleur indicateur subjectif du risque suicidaire : la personne ne perçoit plus d'issue autre que la mort.

Les signes relationnels et professionnels. Retrait par rapport aux marques d'affection, refus du contact, isolement social et familial, perte d'investissement ou au contraire surinvestissement dans le travail, arrêts de travail à répétition, incapacité à supporter sa hiérarchie.

Risque suicidaire imminent : les signaux qui imposent d'agir dans l'heure

Certains comportements signalent une intention déterminée à très court terme. L'Assurance Maladie en liste plusieurs : la personne a mis de l'ordre dans ses affaires personnelles et paraît anormalement calme ; elle rationalise sa décision de mourir ou se montre au contraire très agitée ; l'expression de son mal-être devient soit omniprésente, soit complètement absente ; elle se procure un moyen de se suicider ; elle a le sentiment d'avoir tout fait et tout essayé ; elle s'isole de façon inhabituelle.

Le calme apparent après une période de grande souffrance mérite une attention particulière. Il est fréquemment interprété par l'entourage comme un signe d'amélioration, alors qu'il accompagne parfois la levée d'ambivalence qui suit une décision prise. Devant cette configuration, la conduite recommandée par l'Assurance Maladie est d'appeler le 15 ou le 112, de ne pas laisser la personne seule et d'organiser une veille par plusieurs proches.

Chez les adolescents, les manifestations diffèrent. Les filles expriment davantage leur souffrance par des plaintes corporelles et des atteintes à leur intégrité physique, les garçons par des conduites excessives, des prises de risque et une attirance pour la marginalité, selon l'Assurance Maladie. Un changement brutal de comportement, une consommation fréquente d'alcool ou de drogue, des actes d'automutilation ou des propos suicidaires appellent une réponse, quelle que soit l'interprétation qu'en donne l'adolescent. Chez les adolescents, ce risque s'exprime rarement par une demande d'aide formulée clairement. Le sujet est développé dans notre dossier sur la crise familiale à l'adolescence.

Causes et facteurs de risque : ce que montre la recherche

Aucune cause unique n'explique un geste suicidaire. L'OMS décrit un phénomène multidimensionnel, influencé par des facteurs sociaux, culturels, biologiques, psychologiques et environnementaux présents tout au long de la vie. La recherche identifie en revanche des facteurs dont l'association statistique avec les conduites suicidaires est solide.

La HAS hiérarchise ces facteurs dans sa recommandation de 2021 sur l'enfant et l'adolescent, en privilégiant « les prédicteurs dont les éléments de preuve sont les plus robustes et les tailles d'effet les plus importantes ». Elle retient principalement les antécédents personnels de tentative de suicide, les antécédents familiaux de tentative et de suicide, l'existence d'un trouble psychiatrique ou d'un trouble lié à l'usage de substance, l'existence d'un trouble de santé physique ou d'une maladie chronique, certaines caractéristiques psycho-affectives comme l'impulsivité, la dysrégulation émotionnelle et l'insécurité d'attachement, le recours aux blessures auto-infligées, l'existence d'un harcèlement, les antécédents de maltraitance, et l'appartenance à des populations exposées à la discrimination.

Le trouble dépressif occupe une place centrale dans ce tableau. L'OMS indique que les liens entre suicide et troubles mentaux, en particulier la dépression et les troubles liés à la consommation d'alcool, sont bien établis dans les pays à revenu élevé. Notre fiche sur la dépression majeure détaille les critères diagnostiques et les signes qui distinguent un épisode caractérisé d'une tristesse réactionnelle, distinction qui commande l'évaluation d'un risque suicidaire associé. Le trouble bipolaire constitue un second terrain à surveiller, notamment dans les phases dépressives et les états mixtes. La dépression du post-partum élève ce risque suicidaire et mérite une vigilance spécifique, dans une période où la souffrance maternelle reste socialement difficile à formuler, et fait l'objet d'une section dédiée plus bas.

Les facteurs situationnels comptent tout autant. L'OMS souligne que de nombreux suicides surviennent sous le coup de l'impulsion, dans des moments de crise où la personne ne parvient plus à faire face à des difficultés financières, à un conflit relationnel, à une douleur ou à une maladie chronique. Le Baromètre santé 2021 confirme cette prédominance du vécu relationnel : parmi les personnes déclarant des pensées suicidaires, 44 % citent des raisons familiales, 30 % des raisons sentimentales, 28 % des raisons de santé, 26 % des raisons professionnelles et 21 % des raisons financières. Chez les personnes ayant fait une tentative, les raisons familiales montent à 53 % et les raisons sentimentales à 39 %.

La contagion suicidaire constitue un facteur distinct, dont la prévention fait l'objet d'un programme dédié. L'Assurance Maladie indique qu'être exposé à un suicide multiplierait de 2 à 4 le risque de geste suicidaire, ce qui justifie le programme Papageno, consacré au traitement médiatique responsable du suicide et à l'accompagnement des communautés endeuillées. Ce mécanisme de contagion explique pourquoi les facteurs de risque suicidaire s'apprécient aussi à l'échelle d'un collectif, d'un établissement scolaire ou d'une entreprise.

Les facteurs de protection reçoivent moins d'attention et pèsent pourtant autant que les facteurs aggravants dans l'évaluation d'un risque suicidaire. La HAS cite la cohésion familiale, la qualité de la relation parent-enfant, le soutien social, la spiritualité et les croyances religieuses, ainsi que les stratégies de coping, terme qui désigne les capacités à demander de l'aide, à résoudre des problèmes et à s'investir dans un projet. La recommandation précise que l'ensemble de ces facteurs « sont identifiés sur la base de relations statistiques et ne présument en rien des mécanismes impliqués ».

Facteurs de risque suicidaire selon les âges et les situations de vie

Les enquêtes publiques françaises dessinent des profils nettement différents selon l'âge et le contexte de vie. Cinq populations ressortent des données disponibles, avec pour chacune des signaux et des portes d'entrée spécifiques. Les signes ne se lisent pas de la même façon à 17 ans, à 35 ans et à 70 ans.

Adolescents et jeunes adultes : la population la plus exposée aux conduites suicidaires

Le Baromètre santé de Santé publique France place les 18 à 24 ans en tête sur les trois indicateurs mesurés : 7,2 % déclarent des pensées suicidaires dans l'année, 9,2 % une tentative au cours de la vie, 1,1 % une tentative dans les douze derniers mois. Chez les femmes de cette tranche d'âge, les chiffres montent respectivement à 9,4 %, 12,8 % et 2,0 %. La prévalence des pensées suicidaires chez les 18 à 24 ans a plus que doublé entre 2014 et 2021, passant de 3,3 % à 7,2 %, et a été multipliée par près de trois chez les jeunes femmes.

Du côté hospitalier, l'Assurance Maladie relève que le taux d'hospitalisation pour geste auto-infligé des jeunes filles de 10 à 19 ans a presque doublé par rapport à la moyenne des années 2012 à 2019. Le sixième rapport de l'Observatoire national du suicide chiffre ce même phénomène à 53 hospitalisations pour 10 000 chez les filles de 15 à 19 ans en 2022, contre moins de 26 pour 10 000 dans le reste de la population.

Deux données de cadrage complètent ce tableau. Le sixième rapport de l'Observatoire national du suicide rappelle que le suicide demeure la deuxième cause de décès parmi les 15 à 24 ans en France, d'après les données Inserm-CépiDc, derrière les accidents de la route. Il mesure par ailleurs un taux annuel d'hospitalisation pour geste auto-infligé de 53 pour 10 000 chez les filles de 15 à 19 ans en 2022, contre moins de 26 pour 10 000 dans le reste de la population. À l'échelle mondiale, l'OMS classe le suicide au troisième rang des causes de mortalité chez les 15 à 29 ans, ce qui montre que la surexposition des jeunes n'a rien d'une spécificité française.

Un chiffre commande la conduite à tenir avec cette population : 41 % des 18 à 24 ans ayant fait une tentative déclarent n'être allés ni à l'hôpital ni chez un professionnel ensuite, contre 24 % tous âges confondus. La HAS ajoute des facteurs propres à cet âge, au premier rang desquels le harcèlement, les contextes de maltraitance et l'appartenance à des populations à risque augmenté comme les jeunes confiés à l'Aide sociale à l'enfance et les mineurs isolés.

Périnatalité et parentalité

La période qui suit une naissance concentre une vulnérabilité particulière, dans un contexte social qui rend la souffrance maternelle difficile à formuler. La HAS classe l'existence d'un trouble psychiatrique parmi les prédicteurs les plus robustes du risque suicidaire, et la dépression du post-partum en fait partie. L'enquête de Santé publique France mesure par ailleurs que les femmes associent leurs pensées suicidaires à des raisons familiales dans 50 % des cas, contre 35 % chez les hommes. Notre fiche sur la dépression du post-partum et périnatale détaille le repérage et les dispositifs de suivi.

Vie professionnelle et études

Les motifs professionnels pèsent différemment selon le genre. La même enquête mesure que 32 % des hommes associent leurs pensées suicidaires à des raisons professionnelles, contre 22 % des femmes, et que 35 % des personnes de 25 à 34 ans citent ce motif. Parmi les étudiants de 18 à 34 ans, 38 % évoquent la scolarité. L'Assurance Maladie cite de son côté le harcèlement au travail et le chômage parmi les situations favorisant les idées suicidaires, en précisant que ce dernier facteur concerne davantage les hommes. Les signes d'appel au travail comprennent la perte d'investissement ou le surinvestissement, l'épuisement professionnel et les arrêts de travail répétés. Un service de santé au travail constitue une porte d'entrée légitime quand un risque suicidaire se manifeste dans ce cadre.

Âges avancés

L'édition 2021 du Baromètre signale une évolution défavorable chez les hommes de 65 à 74 ans, seule tranche d'âge masculine où la prévalence des tentatives de suicide au cours de la vie a augmenté entre 2010 et 2021, de 1,1 % à 3,9 %. Trois facteurs élèvent fréquemment ce risque à cet âge : l'isolement social, la maladie chronique ou le handicap, que la HAS retient parmi ses prédicteurs, et le deuil du conjoint. Une lassitude de vivre exprimée par une personne âgée malade appelle la même évaluation que chez un adulte jeune, ce que la banalisation liée à l'âge empêche souvent.

Populations exposées aux discriminations

L'OMS indique que les taux de suicide sont élevés chez les groupes confrontés à la discrimination, et cite les réfugiés et les migrants, les populations autochtones, les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et intersexes, ainsi que les personnes détenues. La HAS retient les mêmes populations dans sa liste de facteurs de vulnérabilité. Pour ces publics, la barrière n'est pas l'absence de dispositif mais la crainte du jugement, ce que l'OMS résume en notant que la stigmatisation conduit beaucoup de personnes concernées à ne pas chercher d'aide.

Niveaux de gravité et seuils d'alerte

Le texte de référence français sur l'adulte reste la conférence de consensus « La crise suicidaire : reconnaître et prendre en charge », tenue les 19 et 20 octobre 2000 sous l'égide de l'ANAES et de la Fédération française de psychiatrie. L'évaluation clinique s'y articule autour de trois dimensions, résumées par l'acronyme RUD : le Risque, c'est-à-dire les facteurs de vulnérabilité de la personne ; l'Urgence, c'est-à-dire l'imminence d'un passage à l'acte ; la Dangerosité, c'est-à-dire la létalité et l'accessibilité du moyen envisagé. Trois dimensions, trois questions distinctes, et une réponse graduée à chaque fois. Aucune de ces trois dimensions ne résume à elle seule la situation.

La HAS détaille ce que recouvre concrètement l'évaluation de l'urgence : l'appréciation du niveau de souffrance psychique, la caractérisation des idées suicidaires selon leur caractère actif ou passif, leur intensité, leur fréquence, leur durée et leur contrôlabilité, la recherche d'un scénario avec son degré d'élaboration, l'estimation du niveau d'intentionnalité, et la recherche de facteurs dissuasifs. L'existence d'un scénario précis, daté et appuyé sur un moyen accessible déplace d'emblée ce risque vers le haut de l'échelle.

Le tableau ci-dessous croise trois informations utiles à toute personne qui s'inquiète : ce que la personne exprime, le délai d'action recommandé et l'interlocuteur adapté. Il ne remplace aucune évaluation professionnelle du risque suicidaire et sert uniquement de repère d'orientation.

NiveauCe que la personne exprimeDélai d'actionInterlocuteur adapté
Idéation passiveLassitude de vivre, souhait de ne pas se réveiller, sans projet de se donner la mortQuelques joursMédecin traitant, psychologue, 3114
Idéation active sans scénarioPensées de se suicider, sans moyen ni date envisagés24 à 72 heuresMédecin traitant, centre médico-psychologique, 3114
Idéation active avec scénarioMoyen identifié, date ou circonstances anticipéesLe jour même3114, urgences psychiatriques, médecin traitant en urgence
Passage à l'acte imminent ou en coursAccès au moyen, mise en ordre des affaires, calme soudain, agitation majeureImmédiat15 ou 112, sans quitter la personne

Deux précisions accompagnent ce tableau. Premièrement, le niveau change vite : la HAS rappelle que la crise suicidaire est un état réversible et temporaire, ce qui signifie aussi qu'une situation calme le matin se dégrade l'après-midi. Deuxièmement, un niveau bas ne dispense pas d'agir, et le risque reste largement présent hors des services spécialisés. En médecine générale française, une étude transversale portant sur 757 dossiers exploitables, publiée dans le Canadian Journal of Psychiatry en 2021, mesure que 24,3 % des consultants présentent un risque positif dans les quinze jours précédant leur consultation, et 6,3 % un risque sévère associant idées et envie de passer à l'acte. Quand le motif de consultation est psychiatrique, la proportion monte à 64,6 %, et une fois sur deux il s'agit d'un risque sévère.

Qui évalue le risque suicidaire, et avec quels outils ?

L'évaluation relève de professionnels cliniciens formés. La HAS est explicite : « l'évaluation de la crise suicidaire relève du champ de compétence et de responsabilité des professionnels cliniciens intervenant dans le champ de la santé mentale », et la formation systématique de ces professionnels est recommandée. Un proche, un enseignant ou un collègue repère et oriente. Il n'évalue pas ce risque suicidaire, et cette distinction le protège autant qu'elle protège la personne concernée.

En France, trois professions interviennent dans ce champ avec des cadres distincts. Le psychiatre est un médecin, spécialisé en psychiatrie, habilité à poser un diagnostic, à prescrire et à décider d'une hospitalisation. Le psychologue est un diplômé universitaire qui n'est pas médecin et ne prescrit donc pas de médicaments, comme le rappelle Service-Public.fr. Son titre est protégé : l'usage professionnel du titre est réservé par l'article 44 de la loi n° 85-772 du 25 juillet 1985 aux titulaires des diplômes fixés par le décret n° 90-255 du 22 mars 1990, dont l'arrêté du 19 mai 2006 précise les modalités d'organisation et de validation du stage professionnel. Le psychothérapeute relève d'un troisième cadre réglementaire, avec une inscription obligatoire au registre national. Notre page sur les différentes professions de la psychologie détaille ces cadres et leurs recoupements.

Vérifier qu'un praticien est bien enregistré prend moins d'une minute. L'annuaire santé de l'Assurance Maladie, accessible sur annuairesante.ameli.fr, recense les professionnels avec leur identifiant RPPS (Répertoire partagé des professionnels intervenant dans le système de santé), attribué individuellement et unique pour toute la carrière. La fiche Service-Public.fr consacrée à la prise en charge des consultations chez un psychologue ou un psychiatre récapitule les conditions de remboursement applicables.

Les outils d'évaluation utilisés en pratique

Plusieurs instruments standardisés circulent dans les services français. La Columbia Suicide Severity Rating Scale (C-SSRS), échelle d'évaluation de la sévérité de l'idéation développée à l'université Columbia, existe en version française validée. L'ASQ (Ask Suicide-Screening Questions) est un outil de repérage bref en quatre questions, complété d'une cinquième en cas de réponse positive, recommandé par la HAS lors des consultations motivées par une difficulté de santé mentale. Le BITS (Bullying Insomnia Tobacco Stress) est un outil de sensibilisation en quatre thèmes, coté sur 8 points, dont la HAS fixe le seuil d'alerte à 3 points pour les adolescents de plus de 12 ans. Les échelles de Beck, notamment l'échelle de désespoir, restent utilisées en situation de crise.

La HAS pose une limite claire à l'usage de ces instruments. Sa recommandation R25 indique que des outils validés « peuvent en guider la conduite, mais ne sauraient s'y substituer », et précise que leur utilisation « n'est ni indispensable, ni suffisante » à l'évaluation. Aucun score ne remplace un entretien. Une personne déterminée à masquer son intention obtient un score rassurant alors que son risque suicidaire est majeur ; à l'inverse, un score élevé chez une personne bien entourée ne conduit pas mécaniquement à une hospitalisation.

Les approches dont l'efficacité est documentée

Quatre familles d'intervention sur le risque suicidaire disposent aujourd'hui de données françaises ou internationales solides. Elles se cumulent plutôt qu'elles ne se remplacent.

Le maintien du contact après une tentative. VigilanS est le dispositif français de recontact des personnes ayant fait une tentative de suicide, après leur passage aux urgences ou leur hospitalisation. Le principe tient en peu de choses : une carte ressource remise à la sortie, des appels téléphoniques programmés, des cartes postales personnalisées, et une équipe joignable. L'évaluation conduite par Santé publique France et publiée dans JAMA Network Open le 6 août 2025 porte sur une cohorte de 23 146 personnes, dont 62,6 % de femmes, d'un âge moyen de 39 ans. Elle mesure une réduction de 38 % du risque de réitération suicidaire dans les douze mois suivant la sortie. L'analyse médico-économique associée chiffre le retour sur investissement à 2,06 euros par euro dépensé.

Le plan de sécurité. Cet outil, connu en anglais sous le nom de safety planning intervention, consiste à construire avec la personne, par écrit et à froid, la liste ordonnée de ce qu'elle fera quand les idées reviendront : reconnaître ses propres signaux d'alerte, activer des stratégies d'apaisement autonomes, contacter des personnes ressources nommément identifiées, appeler des professionnels et des lignes d'écoute, puis sécuriser son environnement. Le protocole a été validé par l'équipe de Barbara Stanley. Une étude observationnelle française conduite auprès de 80 patients sortis des urgences, publiée dans Scientific Reports le 22 avril 2025 par l'équipe de psychiatrie de l'hôpital Bichat-Claude-Bernard, conclut à la faisabilité de cette prise en charge par les soignants et à son acceptabilité par les patients en crise suicidaire. La HAS consacre un chapitre entier au plan de sécurité dans sa recommandation de 2021.

La réduction de l'accès aux moyens. L'OMS classe la limitation de l'accès aux moyens de se suicider parmi les quatre interventions de son initiative LIVE LIFE dont l'efficacité est établie. Concrètement, cela recouvre la sécurisation du domicile pendant la période de crise, en lien avec la personne et son entourage. Cette mesure agit sur l'impulsivité, qui caractérise une part importante des passages à l'acte selon l'OMS.

Le traitement du trouble sous-jacent. La prise en charge de l'épisode dépressif, du trouble bipolaire, du trouble lié à l'usage de substance ou du trouble de stress post-traumatique abaisse durablement un risque suicidaire installé, en agissant sur la vulnérabilité qui le porte. Cette prise en charge relève d'un médecin et combine, selon les situations, psychothérapie et traitement médicamenteux. Ce guide n'entre pas dans le détail des traitements : leur indication se décide en consultation, jamais à la lecture d'un article.

Une cinquième piste mérite d'être citée pour ce qu'elle enseigne. La HAS a examiné les campagnes de dépistage systématique en milieu scolaire et ne les recommande pas (grade C), au motif que « la modestie des bénéfices attendus » ne justifie pas l'importance des moyens à mobiliser. Elle recommande en revanche des actions de sensibilisation au risque suicidaire dans toutes les institutions accueillant des enfants et des adolescents. Repérer sans pouvoir orienter ne produit aucun bénéfice : la HAS formule cette logique sous la forme d'une chaîne de prévention où « la pertinence du maillon d'amont dépend de l'efficience du maillon d'aval ».

Illustration aquarelle de portes ouvertes successives menant vers la lumière, image du parcours de soin face au risque suicidaire

Le parcours de soin en France, étape par étape

Le système français s'organise en deux lignes, selon la terminologie de la HAS. La première ligne regroupe les professionnels capables d'évaluer une crise, de mener une intervention circonscrite et d'orienter : médecin généraliste, pédiatre, médecin scolaire, infirmière scolaire. La deuxième ligne regroupe les dispositifs spécialisés capables de soigner et d'accompagner une personne en risque suicidaire, au premier rang desquels les services hospitaliers de psychiatrie. Les centres médico-psychologiques, les centres médico-psycho-pédagogiques, les maisons des adolescents et les psychiatres et psychologues libéraux spécialisés relèvent des deux lignes selon les territoires.

Voici les sept étapes du parcours, dans l'ordre où elles se présentent.

  1. Nommer la situation. La première démarche consiste à dire qu'il y a des idées suicidaires, à soi-même ou à quelqu'un. L'enquête de 2021 mesure que 64 % des personnes concernées en ont parlé à quelqu'un dans l'année, contre 47 % en 2017 chez les 18 à 74 ans. L'interlocuteur est un professionnel de santé dans 69 % des cas et un membre de la famille dans 52 %.
  2. Consulter le médecin traitant. Il évalue la gravité de l'état psychologique et le niveau de risque suicidaire, traite un éventuel épisode dépressif et oriente. C'est aussi lui qui rédige, quand la situation le permet, le courrier d'adressage vers un spécialiste.
  3. Contacter le centre médico-psychologique (CMP) du secteur. Ces structures publiques assurent des consultations avec psychiatre, psychologue et infirmier, prises en charge par l'Assurance Maladie, et l'accès à un psychologue ne requiert pas l'accord du médecin traitant. Le délai d'attente reste le point faible du dispositif selon les territoires, ce qui rend utile un appel dès les premiers signes plutôt qu'au moment de la crise.
  4. Appeler le 3114 à tout moment du parcours. Le numéro n'est pas réservé à l'urgence extrême. La HAS le désigne comme « une ressource structurante pour guider l'orientation ». Un infirmier ou un psychologue formé répond, évalue la situation et propose des ressources de proximité.
  5. Engager un suivi psychologique régulier. Une fois la phase aiguë passée, le travail de fond commence. Notre guide pour trouver et choisir un psychologue détaille les critères de choix, et notre page sur la première séance et l'alliance thérapeutique décrit ce qui s'y joue.
  6. Entrer dans VigilanS après une tentative. L'inclusion se fait à la sortie des urgences ou de l'hospitalisation, avec l'accord de la personne. Déployé dans six régions entre 2015 et 2017, le dispositif est opérationnel dans les treize régions françaises depuis 2023, selon les auteurs de l'évaluation publiée dans JAMA Network Open.
  7. Construire un plan de sécurité avec un professionnel. Le document reste chez la personne, se relit en période calme et se met à jour à chaque changement de situation. Il transforme une situation subie en séquence d'actions préparées à l'avance.

Une précision compte ici, parce qu'elle est la source d'erreurs d'orientation fréquentes. Le dispositif Mon soutien psy finance jusqu'à douze séances par année civile chez un psychologue partenaire, au tarif de 50 euros la séance remboursée à 60 % par l'Assurance Maladie, dès l'âge de 3 ans et sans adressage médical obligatoire. Le dispositif vise les troubles anxieux ou dépressifs d'intensité légère à modérée. Service-Public.fr écrit que vous ne pouvez pas en bénéficier « si votre situation nécessite d'emblée ou en cours de prise en charge un avis spécialisé par un psychiatre », et cite en premier exemple les « risques suicidaires », devant les formes sévères de troubles dépressifs ou anxieux, les troubles du comportement alimentaire avec signes de gravité et les situations de dépendance à des substances psychoactives. Une évolution est à connaître : la loi du 30 décembre 2025 de financement de la Sécurité sociale pour 2026 généralise le tiers payant pour ces consultations à compter du 1er octobre 2026, selon Service-Public.fr. Notre fiche sur Mon soutien psy et les remboursements détaille ce que le dispositif couvre et ce qu'il laisse de côté.

Trois situations concrètes, décryptées

Les trois scénarios ci-dessous sont des situations composites construites à des fins pédagogiques, sans lien avec des personnes identifiables. Chacun applique au risque suicidaire la grille d'évaluation décrite plus haut.

Situation 1. Une salariée de 41 ans, arrêt de travail depuis sept semaines pour épuisement professionnel. Elle dit à sa sœur, au téléphone, qu'elle « voudrait juste que ça s'arrête » et qu'elle dort quatre heures par nuit depuis un mois. Interrogée directement, elle décrit une lassitude de vivre sans projet de se donner la mort et sans moyen envisagé. Lecture de la grille : idéation passive, souffrance élevée, pas de scénario, entourage mobilisable. Conduite : consultation chez le médecin traitant dans les jours qui suivent, appel au 3114 par la sœur pour être conseillée sur la façon de poursuivre le dialogue, et prise de rendez-vous en CMP. Le délai raisonnable ici se compte en jours.

Situation 2. Un étudiant de 22 ans, deuxième année après une réorientation. Il a arrêté d'aller en cours depuis trois semaines, ne répond plus à ses amis et a écrit sur un forum qu'il « ne verrait pas la rentrée de janvier ». Interrogé par un camarade, il reconnaît penser à se suicider, sans date arrêtée. Lecture de la grille : idéation active, isolement croissant, absence de scénario daté, facteur de protection représenté par le camarade qui a posé la question. Conduite : accompagnement physique au service de santé étudiante ou aux urgences le jour même si l'état se dégrade, appel au 3114 ou à Nightline, et information d'un tiers adulte. Notre dossier sur la santé mentale des étudiants décrit les dispositifs spécifiques à ce public.

Situation 3. Un homme de 58 ans, veuf depuis huit mois, antécédent d'une tentative à 30 ans. Sa fille le trouve étonnamment serein après plusieurs semaines de repli, remarque qu'il a récemment mis à jour ses papiers et donné des objets auxquels il tenait. Lecture de la grille : vulnérabilité élevée (antécédent personnel, deuil récent, isolement), calme soudain après une période de souffrance, comportements préparatoires. Ce faisceau relève du niveau le plus haut du tableau. Conduite : appel au 15 sans attendre, présence continue auprès de lui, et retrait des moyens accessibles au domicile en le lui disant.

La place des proches face à un risque suicidaire

L'entourage occupe, face à ces risques suicidaires, une position décisive et limitée. Décisive, parce que 24 % des personnes ayant fait une tentative n'ont rencontré aucun professionnel ensuite, d'après le Baromètre santé 2021. Limitée, parce qu'un proche n'est pas un soignant et que vouloir le devenir met en danger les deux personnes. Repérer le danger et l'orienter suffit largement.

Six conduites sont recommandées par l'Assurance Maladie. Prendre au sérieux toute parole suicidaire et agir sans attendre. Écouter en restant soi-même, sans se montrer intrusif et sans discuter de l'immoralité du suicide. Inviter la personne à préciser ses propos vagues et parler ouvertement du suicide, sans équivoque. Chercher à savoir comment, où et quand la personne envisage de s'y prendre, un plan précis appelant une action plus rapide. Ne jamais laisser seule une personne en risque imminent, en organisant une veille à plusieurs. Encourager la personne à chercher de l'aide et l'accompagner physiquement vers une structure compétente, sans agir à sa place.

L'Assurance Maladie liste également des conduites à éviter. Ne pas mettre en doute l'intention de la personne, ne pas se moquer, ne pas la mettre au défi. Ne pas promettre le silence : ce qui vous est confié ne constitue pas un secret, et le promettre limiterait les interventions possibles tout en vous faisant porter seul la responsabilité de la situation. Ne pas invoquer une obligation de vivre pour les proches, ni énumérer les bonnes raisons de ne pas se suicider. Ne pas comparer la situation à celle d'un autre pour dédramatiser. Ne pas laisser entendre que la personne devrait être reconnaissante de votre aide.

Une dernière recommandation concerne le proche lui-même. L'Assurance Maladie invite à respecter ses propres limites, à ne pas assumer seul la situation et, si nécessaire, à demander un accompagnement psychologique pour soi. Vivre au contact d'un risque suicidaire épuise, réveille parfois une histoire personnelle et laisse une culpabilité durable quand l'issue est défavorable. Le 3114 répond aussi aux proches, et aux personnes endeuillées par un suicide.

Le mot juste compte autant que le geste. Notre page sur les idées suicidaires et le désespoir rassemble des formulations éprouvées pour ouvrir la conversation sans la fermer d'une phrase maladroite.

Quand appeler le 3114, le 15 ou les urgences

Trois portes d'entrée existent face au risque suicidaire, avec trois usages distincts.

Le 3114 est le numéro national de prévention du suicide, accessible gratuitement 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, en métropole et en outre-mer, depuis 18 centres de réponse. Un professionnel du soin, infirmier ou psychologue, spécifiquement formé à la prévention du suicide, répond, évalue la situation et propose des ressources adaptées. Le service est confidentiel et couvre toutes les formes de risque suicidaire, de l'idée passive à la crise aiguë. Il s'adresse aux personnes en souffrance, aux proches inquiets, aux personnes endeuillées par un suicide et aux professionnels. Le 3114 est piloté par le ministère chargé de la santé.

Le 15 (Samu) ou le 112 s'appelle quand le danger est immédiat. L'Assurance Maladie précise les trois configurations qui justifient cet appel : des idées suicidaires envahissantes, un geste planifié, ou un accès à des moyens. Une hospitalisation se révèle parfois nécessaire dans ces cas. Quand vous appelez, parlez calmement, donnez votre numéro de téléphone, votre nom et celui de la personne à secourir, indiquez l'adresse exacte avec l'étage et le code d'accès, décrivez précisément les signes qui vous ont alerté, et ne raccrochez pas avant que votre interlocuteur ne vous le demande.

Les urgences hospitalières accueillent la personne quand le passage à l'acte a eu lieu ou quand l'entretien conclut à une imminence. La HAS recommande d'orienter vers un service d'urgence « en cas d'inquiétude quant à un passage à l'acte imminent ou après une tentative de suicide », et vers un professionnel de première ligne dans toutes les autres situations. Notre rubrique choisir et consulter un professionnel décrit le fonctionnement de chacune de ces portes et les démarches associées.

Un repère simple pour trancher : si vous hésitez entre le 3114 et le 15, appelez le 3114, qui bascule vers le Samu quand la situation l'exige. Un appel inutile ne coûte rien ; un appel qui n'a pas été passé se paie parfois très cher.

Neuf idées reçues sur les conduites suicidaires, corrigées

« En parler donnerait des idées »

La HAS énonce l'inverse dans sa recommandation R14, avec un grade C : « poser la question à un enfant ou un adolescent sur la présence d'idées suicidaires n'induira pas chez lui de telles idées ou ne provoquera pas de passage à l'acte ». La recommandation demande d'être explicite lorsque la question est abordée. Les formulations vagues, du type « tu ne fais pas de bêtise, hein », ferment la conversation.

« Une personne qui en parle ne passera pas à l'acte »

La verbalisation constitue un indice d'intention et un signe de risque suicidaire à part entière. L'Assurance Maladie classe les messages directs et indirects parmi les premiers signes d'alerte, ce qui en fait un motif d'action et non de réassurance.

« Seuls les hommes sont concernés »

La mortalité est effectivement plus masculine, mais les tentatives et les idéations sont plus féminines. Santé publique France mesure 8,9 % de tentatives au cours de la vie chez les femmes contre 4,5 % chez les hommes, et 64 % des hospitalisations pour geste auto-infligé en 2025 concernent des femmes selon l'Assurance Maladie.

« C'est une question de volonté »

L'OMS décrit le suicide comme un phénomène multidimensionnel, influencé par des facteurs sociaux, culturels, biologiques, psychologiques et environnementaux. La notion de volonté n'apparaît dans aucune des grilles d'évaluation validées.

« Une amélioration soudaine signifie que le danger est passé »

Le calme inhabituel après une période de grande souffrance figure parmi les signes de passage à l'acte imminent listés par l'Assurance Maladie, aux côtés de la mise en ordre des affaires personnelles et de l'accès à un moyen.

« Il n'y a rien à faire, la décision est prise »

Le dispositif VigilanS diminue de 38 % la réitération suicidaire à douze mois sur une cohorte de 23 146 personnes (JAMA Network Open, août 2025). La crise suicidaire est définie par la HAS comme un état réversible et temporaire.

« Mon soutien psy suffira »

Ameli exclut explicitement le risque suicidaire du périmètre du dispositif et renvoie au 15 ou au 3114. Douze séances chez un psychologue partenaire répondent à un autre niveau de besoin que celui d'un risque suicidaire constitué.

« Un score d'échelle donne la réponse »

La HAS écrit que l'utilisation d'outils validés standardisés « n'est ni indispensable, ni suffisante » à l'évaluation d'une crise suicidaire, et qu'ils ne sauraient se substituer à la démarche clinique.

« Les jeunes dramatisent »

Santé publique France mesure 12,8 % de tentatives de suicide au cours de la vie chez les femmes de 18 à 24 ans, et 9,2 % dans l'ensemble de cette classe d'âge. L'Observatoire national du suicide rappelle par ailleurs que le suicide demeure la deuxième cause de décès chez les 15 à 24 ans en France, d'après les données Inserm-CépiDc.

Les ressources françaises à connaître

Les lignes ci-dessous sont anonymes et gratuites, et figurent parmi les partenaires de la Stratégie nationale recensés par l'Assurance Maladie. Toutes accueillent une parole sur ces sujets, la vôtre ou celle d'un proche.

  • 3114, numéro national de prévention du suicide, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, France entière.
  • 15 (Samu) et 112, en cas de danger immédiat.
  • Suicide Écoute, 01 45 39 40 00, permanence 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.
  • SOS Suicide Phénix, 01 40 44 46 45, tous les jours de 13 heures à 23 heures.
  • SOS Amitié, 09 72 39 40 50, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.
  • Fil Santé Jeunes, 0 800 235 236, pour les 12 à 25 ans, tous les jours de 9 heures à 23 heures.
  • Nightline, ligne d'écoute par et pour les étudiants, tous les soirs de 21 heures à 2 h 30.
  • Phare Enfants-Parents, 01 43 46 00 62, du lundi au vendredi de 10 heures à 17 heures.
  • La Porte ouverte, entretiens en face-à-face anonymes et gratuits à Besançon, Bordeaux, Lyon, Paris, Rouen et Toulouse.

Trois ressources institutionnelles complètent cette liste. Le site 3114.fr publie des contenus distincts selon la situation du visiteur, qu'il soit en souffrance, inquiet pour quelqu'un, endeuillé ou professionnel. L'annuaire santé de l'Assurance Maladie permet de vérifier l'enregistrement RPPS d'un praticien et de repérer les psychologues conventionnés. Le programme Papageno diffuse des recommandations sur le traitement médiatique du suicide, utiles à toute personne qui envisage de publier ou de partager un contenu sur ce sujet.

Comment Todopsy accompagne face au risque suicidaire

Todopsy est une plateforme française de psychologie, entièrement gratuite, dont la mission est de rendre lisible un champ qui ne l'est pas. Trois services répondent à ce que ce guide laisse ouvert.

Le contenu éducatif. Les articles, dossiers et revues de littérature couvrent l'ensemble du champ de la psychologie, en accès libre, sans publicité ni mur payant. Chaque contenu cite ses sources et applique les mêmes règles de prudence que cette page : aucun diagnostic posé au lecteur, aucune recommandation médicamenteuse, orientation systématique vers les numéros d'urgence quand le sujet le justifie.

La mise en relation avec un psychologue. Le service combine un algorithme de correspondance, une couche d'intelligence artificielle et un conseil humain, pour orienter vers un praticien dont la pratique correspond à la demande. Le service est gratuit et la relation thérapeutique se noue ensuite hors plateforme, directement entre vous et le professionnel.

La visioconférence offerte aux praticiens. Les psychologues qui souhaitent consulter à distance disposent d'un outil de visioconférence mis à disposition sans abonnement ni commission, ce qui élargit l'accès aux soins dans les territoires où les délais sont longs.

Pour une situation en cours, commencez par le panorama de la crise et de l'urgence psychologique, qui rassemble les conduites à tenir selon le type de crise. Todopsy n'assure ni consultation ni prise en charge d'urgence : le 3114 et le 15 restent les interlocuteurs de la crise.

FAQ : risque suicidaire

Comment savoir si un proche présente des signes de risque suicidaire ?

Trois éléments se recherchent ensemble : des propos évoquant la mort, directs ou indirects ; un changement net de comportement, en particulier sur le sommeil, l'appétit et le lien aux autres ; et l'existence d'un scénario, c'est-à-dire un moyen, une date ou des circonstances envisagés. L'Assurance Maladie recommande de poser la question directement, en demandant comment, où et quand la personne envisage de s'y prendre. Plus le plan est précis, plus l'urgence est élevée et plus vous devez agir vite.

Poser la question du suicide augmente-t-il le danger ?

Non. La HAS énonce dans sa recommandation de septembre 2021 consacrée à l'enfant et à l'adolescent, avec un grade C, que poser la question sur la présence d'idées suicidaires n'induit pas de telles idées et ne provoque pas de passage à l'acte. Elle recommande d'être explicite quand le sujet est abordé. Une question claire ouvre un espace de parole à une personne qui, dans de nombreux cas, attend qu'on la lui pose.

Mon soutien psy couvre-t-il les situations de risque suicidaire ?

Non. Ameli réserve Mon soutien psy aux souffrances psychiques d'intensité légère à modérée et exclut explicitement de son périmètre les situations de risque suicidaire, les troubles anxieux ou dépressifs sévères, les troubles du comportement alimentaire sévères et les conduites de dépendance. La page officielle du dispositif indique d'appeler le 15 ou le 3114 en cas d'inquiétude suicidaire. Le parcours adapté passe par le médecin traitant, le centre médico-psychologique ou les urgences.

Que se passe-t-il quand on appelle le 3114 ?

Un professionnel du soin, infirmier ou psychologue, spécifiquement formé à la prévention du suicide, prend l'appel. L'échange est gratuit et confidentiel, accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 depuis 18 centres de réponse en France. Le professionnel écoute, évalue la situation, propose des ressources de proximité et déclenche une intervention d'urgence quand elle est nécessaire. Le service répond aussi aux proches et aux personnes endeuillées par un suicide.

Combien de temps dure une crise suicidaire ?

La HAS définit la crise suicidaire comme un état « réversible et temporaire », sans en fixer la durée, qui varie selon les personnes et les situations déclenchantes. La phase de plus grand danger se compte en heures ou en jours. La vulnérabilité de fond, elle, s'inscrit dans une temporalité plus longue et se travaille en suivi. Cette distinction entre urgence et vulnérabilité structure toute l'évaluation clinique française.

Faut-il hospitaliser systématiquement après une tentative de suicide ?

Non. La décision relève d'une évaluation clinique intégrée, qui pèse l'urgence, la vulnérabilité, la dangerosité du moyen et les ressources de l'entourage. L'enquête de Santé publique France montre que 58 % des personnes concernées se sont rendues à l'hôpital, dont 89 % ont été hospitalisées au moins une nuit. Le suivi après la sortie compte autant que l'hospitalisation elle-même : le dispositif VigilanS a été construit pour cette période.

Que faire quand la personne refuse toute aide ?

Vous pouvez appeler le 3114 pour être conseillé sur la conduite à tenir, y compris sans la personne concernée. L'Assurance Maladie rappelle de ne pas promettre le silence et de ne pas porter seul la situation. Devant un danger immédiat, l'appel au 15 s'impose quel que soit l'avis de la personne. En dehors de l'urgence, maintenir le lien et proposer régulièrement un accompagnement produit plus d'effet qu'une confrontation unique.

Où trouver un psychologue formé à la crise suicidaire ?

Le centre médico-psychologique du secteur constitue la voie la plus directe : consultations prises en charge par l'Assurance Maladie, avec des équipes formées à la crise. L'annuaire santé de l'Assurance Maladie permet de vérifier l'enregistrement RPPS d'un praticien libéral. Le 3114 oriente également vers des ressources de proximité identifiées. Le critère à vérifier reste la formation au repérage du risque suicidaire et à l'intervention de crise, que la HAS recommande de généraliser.

Conclusion

Ce guide a décrit une chaîne : repérer, évaluer, orienter, protéger et soigner. La HAS en résume la logique en une phrase, « la pertinence du maillon d'amont dépend de l'efficience du maillon d'aval », ce qui signifie que repérer sans savoir vers qui orienter ne sert à rien. C'est la raison pour laquelle ce texte insiste autant sur les numéros et les structures que sur les signes d'un risque suicidaire.

Trois informations méritent d'être retenues au-delà de la lecture. La crise suicidaire est un état réversible et temporaire, selon la définition de la HAS, ce qui justifie d'agir même quand la situation paraît figée. Poser explicitement la question des idées suicidaires ne crée pas le danger et ouvre au contraire la possibilité d'une aide. Les dispositifs français existent et sont évalués : VigilanS diminue de 38 % la réitération à douze mois, le 3114 répond gratuitement en continu depuis 18 centres, et les centres médico-psychologiques reçoivent sans avance de frais.

Reste la part qui n'appartient ni aux statistiques ni aux protocoles. Face à un risque suicidaire, la question qui change le cours des choses est souvent la plus simple : « est-ce que tu penses à te suicider ? ». Elle se pose calmement, sans détour, et elle se pose maintenant, quel que soit le niveau de risque suicidaire que vous croyez percevoir. Si vous hésitez sur la suite, le 3114 vous répondra.

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Sources :