Chiffres clés : ce que disent la HAS, l'IRDES et la DREES
Les données françaises sur la bouffée délirante et les épisodes psychotiques aigus sont dispersées entre trois producteurs : la HAS pour l'épidémiologie clinique, l'Institut de recherche et documentation en économie de la santé pour les soins sans consentement, la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques pour le recours aux soins. Le tableau ci-dessous rassemble les repères vérifiables, avec leur source et leur millésime.
| Indicateur | Valeur | Source et année |
|---|
| Incidence d'un premier épisode psychotique | 14 à 34 pour 100 000 personnes | HAS, document de cadrage, juillet 2025 |
| Expériences psychotiques déclarées en population générale | 7,2 % à 14 % | HAS, note de cadrage, juillet 2025 |
| Personnes à haut risque de psychose, 16 à 40 ans | 2,4 % | HAS, document de cadrage, juillet 2025 |
| Transition vers un épisode psychotique en 2 ans chez les personnes à haut risque | environ 27 % | HAS, note de cadrage, juillet 2025 |
| Épisodes restant uniques | 25 % | VIDAL, 2024 |
| Transition vers la psychose en 2 ans chez les enfants et adolescents à haut risque | environ 12 % | HAS, document de cadrage, juillet 2025 |
| Personnes en soins psychiatriques sans consentement | plus de 92 000 en 2015, soit 5,4 % de la file active | IRDES, février 2017 |
| Patients suivis en psychiatrie ambulatoire | 2,2 millions en 2023, plus 407 600 à temps complet ou partiel | DREES, édition 2025 |
| Dispositifs français d'intervention précoce | 67 recensés en 2024 | HAS, document de cadrage, juillet 2025 |
Deux chiffres méritent un commentaire, parce qu'ils sont régulièrement mal lus. L'incidence de 14 à 34 cas pour 100 000 personnes recouvre l'ensemble des premiers épisodes psychotiques, dont seule une partie correspond à une bouffée délirante au sens strict, c'est-à-dire résolutive en quelques semaines. Et la fourchette large de 7,2 % à 14 % d'expériences psychotiques déclarées ne décrit pas une maladie : elle mesure la fréquence, dans la population générale, de phénomènes isolés comme entendre brièvement une voix, sans retentissement sur le fonctionnement.
Aucun dispositif statistique français ne dénombre séparément les bouffées délirantes : les cas sont agrégés avec les autres troubles psychotiques aigus et transitoires sous les codes F23 de la Classification internationale des maladies. Le contexte de recours aux soins éclaire par ailleurs pourquoi les familles se retrouvent souvent seules face à la crise. L'étude de la DREES publiée en juin 2025 à partir de l'enquête EpiCov énonce un constat net : « plus de la moitié des personnes avec des pensées suicidaires ne recourent pas à des soins de santé mentale ». Près de 3 % des adultes déclaraient avoir consulté un psychiatre entre juillet 2021 et l'automne 2022, une proportion en forte progression chez les moins de 25 ans, qui passe de 2,1 % en 2021 à 3,4 % en 2022. Le recours au psychologue progresse lui aussi nettement chez les jeunes femmes, 13,8 % des 18 à 24 ans y ayant eu recours en 2022, soit 4 points de plus qu'en 2021.
Deux autres repères de la même étude situent l'arrière-plan. La part de la population adulte déclarant des pensées suicidaires au cours des douze derniers mois est passée de 2,8 % en 2020 à 3,4 % en 2022, la hausse étant la plus marquée chez les 18 à 24 ans, dont 7,0 % en déclarent, 8,7 % chez les jeunes femmes contre 5,4 % chez les jeunes hommes. Et la part des personnes concernées par un syndrome dépressif a légèrement reculé entre l'été 2021 et l'automne 2022, de 10,6 % à 9,6 %. Le système de soins psychiques français ne capte donc qu'une fraction des situations qui le justifieraient, et l'urgence devient de fait la porte d'entrée.
Repères pour reconnaître la situation au quotidien
La difficulté, pour un proche, n'est pas de constater qu'il se passe quelque chose. C'est de savoir si ce quelque chose relève de la psychiatrie d'urgence ou d'une crise passagère. Trois familles de signes orientent vers une bouffée délirante.
Les signes de rupture avec la réalité viennent en premier. La personne affirme des faits invérifiables et incompatibles entre eux, se dit surveillée, désignée, investie d'une mission, ou persuadée qu'on lui veut du mal. Elle parle à des interlocuteurs absents, s'interrompt pour écouter, répond à ce que vous n'entendez pas. Santé.fr, le service public d'information en santé, insiste sur un point décisif : « la personne atteinte n'a pas conscience qu'elle délire, elle ne manifeste aucun recul par rapport à ses pensées et à son discours incohérent ». C'est cette absence de recul, et non l'étrangeté du propos, qui signe la gravité d'une bouffée délirante.
Les signes de désorganisation viennent ensuite. Le discours perd son fil, les phrases s'enchaînent sans lien, les gestes du quotidien deviennent impossibles à mener à leur terme. La personne s'habille de façon inadaptée, sort la nuit sans but, ou reste immobile pendant des heures. Ce dernier tableau, appelé catatonie, associe mutisme, refus alimentaire et négativisme. Il constitue une complication sérieuse, puisque l'immobilité prolongée expose à la dénutrition et à des complications thrombo-emboliques, et que la forme dite maligne, fébrile, comporte un risque vital.
Les signes physiques et comportementaux associés ferment le tableau. L'insomnie est presque constante, souvent totale sur plusieurs nuits, et précède fréquemment le reste. Wikipédia en français, reprenant la littérature clinique, mentionne également l'arrêt des règles et des troubles de l'alimentation de type anorexie. VIDAL note par ailleurs que l'épisode provoque de l'anxiété chez la personne qui le subit, ce qui contredit l'idée répandue d'un état euphorique ou détaché.
Ce qui distingue une bouffée délirante d'un épisode de stress aigu
Un événement violent, un deuil brutal, un accident peuvent produire une sidération, un discours confus, des reviviscences. Ce tableau relève du stress aigu, et il ne comporte pas de délire : la personne garde la capacité de reconnaître que ses perceptions sont liées à ce qu'elle vient de vivre. Cette distinction est celle que les proches ont le plus de mal à faire, et elle est décisive pour l'orientation. Nos repères sur les premiers gestes face à un stress aigu détaillent l'autre versant de cette situation.
Une bouffée délirante peut d'ailleurs suivre un facteur de stress marqué sans pour autant se réduire à une réaction au stress. C'est l'intensité du délire, la perte du contact avec la réalité et l'absence de conscience du trouble qui font la différence, non l'existence ou l'absence d'un déclencheur.
Causes connues et facteurs de risque
Aucune cause unique n'explique la bouffée délirante. Les travaux disponibles décrivent une vulnérabilité préexistante sur laquelle viennent s'ajouter des facteurs précipitants, et l'épisode survient lorsque les deux se rencontrent. Wikipédia en français résume cette incertitude en notant qu'un tel état survient « sans cause évidente », tout en listant les contextes qui l'accompagnent le plus souvent.
Le contexte le plus fréquemment cité dans la survenue d'une bouffée délirante est la consommation de substances psychodysleptiques. Wikipédia en français, reprenant la littérature clinique, mentionne le cannabis, l'alcool et le LSD parmi les circonstances au décours desquelles un épisode psychotique aigu peut apparaître. La Haute Autorité de Santé va dans le même sens de façon indirecte, en signalant la fréquence des addictions parmi les comorbidités et en plaçant les structures d'addictologie, dont les consultations jeunes consommateurs, parmi les acteurs à mobiliser dans le repérage.
Ce point a une conséquence pratique aux urgences : le bilan comporte systématiquement une recherche de toxiques, parce que le tableau clinique d'une intoxication peut être indiscernable de celui d'une bouffée délirante primaire pendant les premières heures. Une précision s'impose toutefois, parce que le raccourci est courant : la très grande majorité des consommateurs de cannabis ne développent pas de trouble psychotique, et aucune de ces substances ne constitue à elle seule une cause suffisante.
Le stress psychosocial ou environnemental marqué constitue le troisième contexte documenté de bouffée délirante. Rupture, deuil, échec scolaire ou universitaire, migration, isolement, privation de sommeil prolongée : aucun de ces facteurs ne suffit à lui seul, mais leur accumulation précède souvent l'épisode.
L'âge d'apparition et la période de vulnérabilité
La période à risque d'une première bouffée délirante est étroite et bien documentée. La HAS indique qu'un premier épisode psychotique ou un haut risque d'évolution vers une psychose « concernent essentiellement l'adolescent et le jeune adulte mais peuvent survenir à tout âge ». Wikipédia en français précise que le trouble psychotique bref touche généralement un individu de moins de trente ans. Cette concentration sur les quinze à trente ans explique pourquoi l'entourage confronté à la situation est le plus souvent constitué de parents, de frères et sœurs, de colocataires ou de conjoints jeunes, rarement préparés et rarement informés.
Un point mérite d'être dit clairement, parce qu'il pèse sur la culpabilité des familles. Ni l'éducation reçue, ni un conflit familial, ni une décision parentale ne causent à elles seules toute bouffée délirante. La Haute Autorité de Santé situe l'enjeu ailleurs, du côté du repérage et de la réduction du délai d'accès aux soins.
Niveaux de sévérité et seuils d'alerte
Il n'existe pas d'échelle de gravité de toute bouffée délirante destinée aux proches. En pratique, les équipes d'urgence évaluent trois dimensions : la mise en danger, la capacité de la personne à consentir aux soins, et la présence de complications somatiques. Les sept repères ci-dessous reprennent cette logique, sans se substituer à un avis médical.
- Situation préoccupante sans mise en danger. La personne tient des propos délirants, dort mal, s'isole, mais mange, se déplace, accepte de parler. Le délai utile se compte en jours. Un contact avec le médecin traitant ou le centre médico-psychologique de secteur est la bonne première étape.
- Situation avec retentissement fonctionnel net. La personne ne se nourrit plus correctement, ne dort plus depuis plusieurs nuits, ne peut plus travailler ni étudier, et le contact devient difficile à maintenir. Le délai utile se compte en heures. Une consultation médicale non programmée, le jour même, s'impose.
- Situation d'urgence immédiate. La personne menace de se faire du mal ou de faire du mal à autrui, cherche à fuir, se met en danger dans la rue ou la circulation, présente un refus alimentaire complet, une immobilité prolongée ou une fièvre. Appelez le 15 ou le 112 sans attendre.
- Refus de soin dans un contexte de danger. La personne refuse toute évaluation alors que les critères ci-dessus sont réunis. C'est la situation que le droit français encadre par les soins sans consentement, décrits plus bas.
- Signes somatiques associés. Fièvre, rigidité musculaire, confusion avec désorientation temporelle et spatiale, céphalées inhabituelles, déficit neurologique. Ces signes orientent vers une cause organique et imposent un passage aux urgences générales, pas en psychiatrie d'emblée.
- Idées suicidaires exprimées ou soupçonnées. Elles ne s'excluent pas d'un tableau délirant, au contraire. Le 3114 est joignable 24 heures sur 24, gratuitement, depuis sa mise en place en octobre 2021. Notre page sur le risque suicidaire et les gestes d'orientation détaille la conduite à tenir.
- Épisode chez une personne déjà suivie. Si un traitement ou un suivi psychiatrique existe, l'équipe référente ou le psychiatre traitant doit être contacté en priorité, avant les urgences générales.
Un seuil mérite d'être retenu parce qu'il est contre-intuitif. L'absence d'agitation ne rassure pas. Un état catatonique, silencieux et immobile, appartient aux formes graves de bouffée délirante, et son caractère paisible en apparence retarde régulièrement l'appel aux secours.

Diagnostic : qui le pose et sur quels éléments
Le diagnostic de bouffée délirante est médical, et il est clinique. Aucun examen d'imagerie ou de biologie ne le confirme. Les examens complémentaires servent à éliminer autre chose, ce que la médecine appelle un diagnostic différentiel.
Le premier contact est le plus souvent un médecin généraliste ou un service d'urgence. La HAS, dans sa note de cadrage de juillet 2025, liste parmi les acteurs du repérage les proches, les médecins généralistes, les professionnels des maisons des adolescents, les services d'urgence adultes et pédiatriques, les acteurs de santé du système éducatif et les structures d'addictologie. L'évaluation spécialisée est ensuite conduite par un psychiatre, et elle comporte selon la HAS des entretiens avec la personne portant sur ses projets et ses aspirations, des entretiens avec les proches, une évaluation psychopathologique et cognitive, un bilan somatique et une évaluation fonctionnelle et socio-éducative.
Ce point est important pour les familles : les entretiens avec les proches font partie de l'évaluation recommandée. Vous n'êtes pas un intrus dans la consultation, vous êtes une source d'information sur la chronologie des signes, que la personne elle-même ne peut pas fournir pendant l'épisode.
| Hypothèse à écarter | Ce qui l'évoque | Démarche |
|---|
| Intoxication ou sevrage | Chronologie liée à une prise, pupilles anormales, tremblements | Recherche de toxiques, interrogatoire de l'entourage |
| Cause neurologique ou infectieuse | Fièvre, céphalées, déficit focal, désorientation temporelle et spatiale | Examen clinique, biologie, imagerie cérébrale |
| Épisode maniaque ou dépressif avec caractéristiques psychotiques | Humeur élevée ou effondrée dominant le tableau, antécédents thymiques | Évaluation psychiatrique de l'humeur, histoire familiale |
| Entrée dans un trouble schizophrénique | Installation progressive, symptômes négatifs, absence de déclencheur | Suivi dans le temps, le diagnostic ne se pose pas en aigu |
| Trouble de stress aigu ou post-traumatique | Événement traumatique identifié, reviviscences, pas de délire | Évaluation psychotraumatologique |
Les outils que les équipes utilisent, et les critères de bon pronostic
Devant un tableau franc, l'examen clinique suffit. C'est en amont, devant des symptômes atténués, que les équipes s'appuient sur des instruments standardisés. La document de cadrage de la HAS de juillet 2025 cite le CAARMS, Comprehensive assessment of at-risk mental states, traduit en français, et la SIPS, Structured interview for prodromal syndromes. Une autre voie consiste à rechercher des « symptômes basiques », perturbations subtiles et auto-expérimentées touchant l'émotion, la perception et la cognition, évaluées par le SPI-A ou le SPI-CY. Des auto-questionnaires existent également, comme le PQ-16 en seize items et l'échelle d'auto-évaluation des symptômes négatifs, qui ont permis de détecter des symptômes au sein de populations qui n'étaient pas en recherche de soins.
Sur le pronostic, la littérature clinique française retient quelques critères d'orientation favorable, rapportés notamment par Wikipédia en français : un début brutal du délire, un facteur déclenchant précis et identifiable, une thématique souvent mystique. À l'inverse, un début progressif, une symptomatologie pauvre et l'absence de facteur déclenchant précis orientent vers une pathologie installée. Ces critères ne valent qu'en appui d'une évaluation médicale, et ils n'autorisent aucun pronostic posé à domicile.
Pourquoi le diagnostic d'une bouffée délirante ne se confirme qu'après coup
La définition impose une durée, et une durée ne s'observe qu'en regardant en arrière. Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux exige que les symptômes durent au moins un jour et au plus un mois pour retenir un trouble psychotique bref. Au-delà d'un mois, le diagnostic change. En pratique, l'équipe qui accueille la personne travaille donc sur une hypothèse, et non sur une certitude, pendant toute la phase aiguë.
Cette incertitude explique une prudence souvent mal comprise : les équipes évitent d'annoncer un pronostic dans les premiers jours. La Haute Autorité de Santé souligne d'ailleurs un risque inverse, celui du sur-diagnostic, en rappelant que les rémissions ont été identifiées comme fréquentes à trente mois chez les personnes présentant un haut risque de psychose, et qu'un repérage précoce mal calibré peut conduire à une médicalisation excessive.
Approches efficaces validées par la HAS et la littérature récente
La HAS a lancé le 9 juillet 2025, par auto-saisine du 20 novembre 2024, l'élaboration de recommandations de bonnes pratiques sur le repérage et l'accompagnement de l'épisode psychotique inaugural, dans le cadre de son programme santé mentale et psychiatrie 2025-2030. La note de cadrage publiée à cette occasion dresse un état des lieux des approches documentées, et c'est la source française la plus à jour sur l'accompagnement d'une bouffée délirante.
Quatre familles d'intervention y sont décrites. Les thérapies cognitivo-comportementales, qui travaillent sur les pensées et les comportements de façon structurée et limitée dans le temps, ont été associées par les travaux cités à une réduction des symptômes dépressifs et des expériences psychotiques lors d'un premier épisode. La remédiation cognitive, entraînement ciblé de l'attention, de la mémoire et des fonctions exécutives, vise les déficits cognitifs présents dès les stades précoces de psychose. Les programmes psychoéducatifs et les interventions familiales informent la personne et son entourage et favorisent, selon la HAS, un environnement soutenant. La pair-aidance propose enfin l'accompagnement d'un tiers ayant traversé la même situation et ayant acquis un savoir expérientiel.
Sur les médicaments, la document de cadrage est mesurée et mérite d'être citée précisément. Les antipsychotiques, classe de médicaments agissant sur les symptômes délirants et hallucinatoires, « sont prescrits avec prudence dans le cadre des psychoses émergentes ». Leur usage chez les jeunes à haut risque est décrit comme controversé, à éviter selon le National Institute for Health and Care Excellence britannique, envisageable chez l'adulte selon d'autres recommandations, la place de cette classe restant débattue. Les essais évoquant des traitements alternatifs comme les oméga-3 sont présentés comme controversés. Cette page ne donne aucune indication de posologie ni de comparaison entre molécules, cette décision appartenant au médecin prescripteur en concertation avec la personne concernée.
Les comorbidités appellent un traitement propre. La HAS signale la fréquence des troubles anxiodépressifs et des addictions associés, et souligne que leur traitement compte autant que celui des symptômes psychotiques. En pratique, toute bouffée délirante survenue dans un contexte de consommation régulière ne se règle pas sans que la question de l'usage soit posée, et une consultation jeunes consommateurs peut être proposée en parallèle du suivi psychiatrique.
L'accompagnement social occupe une place que les familles sous-estiment. La HAS cite le soutien scolaire et professionnel, destiné à limiter le désinvestissement académique et professionnel des jeunes, comme composante des programmes. L'enjeu est concret : un épisode survenant à vingt ans interrompt une formation, et la reprise de ce fil pèse autant sur l'avenir que la réduction des symptômes.
Ce que l'intervention précoce change, chiffres à l'appui
L'argument en faveur d'une prise en charge rapide n'est pas seulement clinique. La note de cadrage de la Haute Autorité de Santé rapporte qu'une étude britannique a conclu que la mise en œuvre d'interventions précoces dès l'épisode inaugural permettrait d'économiser au moins quinze livres pour chaque livre investie sur une période de dix ans, en tenant compte des gains pour le système de santé, des effets sur l'accès à l'emploi et de la réduction des taux de suicide. Une étude espagnole plus récente, également citée, montre qu'un programme d'intervention précoce était associé à des coûts directs et indirects plus faibles qu'une prise en charge standard au terme de sept ans de suivi, après avoir été légèrement plus élevés la première année.
Sur le versant clinique, la HAS rapporte une association statistiquement significative entre une plus longue durée de psychose non traitée, définie comme le délai entre le début de l'épisode et la mise en place d'un traitement, et une plus grande sévérité des symptômes positifs et négatifs, un moindre niveau de fonctionnement social et une moindre amélioration des symptômes, sur une durée de suivi moyenne de huit ans. C'est la raison technique pour laquelle appeler tôt change quelque chose.
Intervention précoce : les dispositifs qui changent le pronostic d'une bouffée délirante
L'intervention précoce désigne une organisation de soins dédiée aux premiers accès psychotiques, distincte de la psychiatrie générale par sa réactivité et par la durée de son accompagnement. Le modèle est né à l'étranger, et la document de cadrage de la HAS de juillet 2025 en recense cinq références : l'Early psychosis prevention and intervention centre en Australie, les Early intervention in psychosis services en Italie, la Lambeth early onset crisis assessment team au Royaume-Uni, la North american prodrome longitudinal study aux États-Unis et au Canada, et le programme OPUS au Danemark.
La France a rattrapé une partie de ce retard. La HAS a identifié 67 dispositifs de ce type sur le territoire en 2024. Sur les 40 qui ont répondu à l'enquête consacrée à l'accès aux soins des psychoses émergentes, 27 s'articulaient autour d'une équipe mobile et 35 fonctionnaient de façon intersectorielle, c'est-à-dire au-delà du découpage habituel des secteurs de psychiatrie. Les acteurs à l'origine de l'orientation étaient principalement les secteurs de psychiatrie adulte et infanto-juvénile, les services d'urgence, les familles et les psychiatres libéraux. La HAS identifie à l'inverse les établissements scolaires et universitaires, la médecine générale, les maisons des adolescents et les missions locales comme des acteurs à impliquer davantage.
Ces équipes mobiles interviennent sur des durées courtes, en relais ou en évitement d'un séjour hospitalier, et leur couverture reste inégale selon les territoires. La HAS relève d'ailleurs que les freins à l'accès aux soins conduisent fréquemment à une entrée dans le parcours par les urgences ou par des hospitalisations perçues comme évitables, ce que ces équipes cherchent précisément à corriger.
Deux leviers complètent ce paysage. Les outils numériques d'abord, puisque la HAS décrit une littérature restreinte mais en forte croissance sur les applications mobiles de suivi des symptômes, de contenus thérapeutiques interactifs et de plans de crise, associées à des résultats positifs en termes de faisabilité et d'acceptabilité, avec des données d'efficacité clinique encore limitées. La coordination territoriale ensuite, puisque l'article 69 de la loi de modernisation de notre système de santé du 26 janvier 2016 prévoit l'élaboration de projets territoriaux de santé mentale, dont l'organisation du repérage précoce et de l'accès aux soins figure parmi les priorités. L'Organisation mondiale de la santé classe par ailleurs les troubles psychotiques parmi les priorités de son programme Mental health gap action programme pour la période 2013-2030.
Pour une famille confrontée à cette situation, la question utile est donc territoriale plutôt que théorique : existe-t-il, sur mon secteur, une équipe dédiée aux premiers épisodes ? Le CMP de secteur ou le standard de l'établissement psychiatrique de référence répond en un appel, et toute bouffée délirante prise en charge par une équipe spécialisée bénéficie, selon la HAS, d'un meilleur engagement dans les soins et d'une meilleure satisfaction vis-à-vis de ceux-ci.
Le parcours de soin en France, étape par étape
Face à une première bouffée délirante, le système français propose quatre portes d'entrée, et le choix dépend du degré d'urgence, non de la gravité ressentie. Les confondre fait perdre des jours.
Le médecin traitant reste la porte la plus accessible pour une situation préoccupante sans danger immédiat. Il peut examiner la personne, écarter une cause somatique, prescrire un arrêt de travail, et surtout adresser à la psychiatrie avec un courrier qui accélère la prise de rendez-vous. La HAS identifie d'ailleurs le manque de formation des professionnels de premier recours à la détection de ces troubles comme un frein, ce qui plaide pour nommer précisément ce que vous observez plutôt que de résumer par « il va mal ».
Le centre médico-psychologique, ou CMP, est la structure publique de psychiatrie de secteur, rattachée à un hôpital, où les consultations de psychiatre, de psychologue et d'infirmier sont prises en charge à 100 % sans avance de frais. C'est le pivot du dispositif français, et c'est aussi son point de tension. Le rapport de l'Inspection générale des affaires sociales consacré aux centres médico-psychologiques de psychiatrie générale, référencé IGAS n° 2019-090R, constate que le délai d'obtention d'un rendez-vous médical varie de quelques jours à trois mois, et que les délais les plus importants sont souvent associés à une faible présence médicale, sans que la corrélation soit parfaite. Le CMP dont vous dépendez se détermine par le secteur géographique du domicile, et l'appel doit signaler explicitement le caractère aigu de la situation, car la plupart des CMP disposent d'un créneau d'accueil non programmé que le standard ne propose pas spontanément.
Les services d'urgence sont la voie obligée dès qu'il y a mise en danger. Les données de l'IRDES montrent que cette voie est déjà majoritaire dans les situations contraintes : 63 % des patients admis en soins pour péril imminent en 2015 étaient passés par un service d'urgence avant leur admission, et seuls 31 % venaient directement de leur domicile.
Les équipes mobiles constituent la quatrième voie, la plus récente et la moins connue. La Haute Autorité de Santé a recensé 67 dispositifs d'intervention précoce en France en 2024. Parmi les 40 ayant répondu à une enquête sur l'accès aux soins des psychoses émergentes, 27 s'articulaient autour d'une équipe mobile et 35 étaient intersectoriels. Les suivis y sont majoritairement conduits sur deux ou trois ans, avec une orientation de fin de suivi vers les CMP, les psychiatres libéraux ou les centres de réhabilitation psychosociale. Un appel au CMP de secteur ou à l'établissement psychiatrique de référence permet de savoir si une telle équipe couvre votre territoire.
Mon Soutien Psy : ce que le dispositif couvre, et ce qu'il exclut
Au barème publié par l'Assurance Maladie et vérifié à la date de publication de cette page, le dispositif Mon Soutien Psy finance jusqu'à 12 séances par année civile chez un psychologue partenaire, réparties en un entretien d'évaluation et onze séances de suivi au maximum. La séance est facturée 50 euros et remboursée à 60 % par l'Assurance Maladie, les 40 % restants pouvant être couverts par une complémentaire santé ou par la Complémentaire santé solidaire. Le dispositif est ouvert dès 3 ans et l'accès se fait désormais directement, sans adressage obligatoire par le médecin traitant.
Ce dispositif ne convient pas à la situation décrite dans cette page, et il faut le dire nettement pour éviter une perte de temps. Les conditions publiées par l'Assurance Maladie excluent explicitement du périmètre les risques suicidaires, les formes sévères de troubles anxieux ou dépressifs, les troubles graves du comportement alimentaire, la dépendance à des substances psychoactives, ainsi que les personnes actuellement suivies en psychiatrie ou en affection longue durée psychiatrique. Une bouffée délirante relève de la psychiatrie, pas de l'accompagnement psychologique de premier niveau.
Le dispositif garde en revanche toute sa place pour l'entourage, et c'est un usage largement méconnu. Un parent, un conjoint, un frère ou une sœur épuisés par la gestion d'une crise entrent dans le cadre du dispositif au titre de leur propre détresse psychique. Les conditions détaillées figurent sur notre page dédiée aux remboursements de Mon Soutien Psy.
Combien de temps dure un épisode, et ce qui suit
VIDAL indique qu'une bouffée délirante « peut durer quelques heures, quelques jours ou quelques semaines » et que l'amélioration est généralement obtenue au bout de quelques semaines ou quelques mois de traitement. Santé.fr retient la même fourchette. Cette variabilité explique l'écart entre des hospitalisations de quelques jours et des séjours de plusieurs semaines.
Sur le devenir à moyen terme d'une bouffée délirante, le repère classique de la psychiatrie française se formule en tiers : un tiers d'épisodes psychotiques brefs sans récidive, un tiers évoluant vers un trouble schizophrénique, un tiers vers un trouble bipolaire. VIDAL propose une répartition voisine mais distincte, avec 25 % des patients chez qui l'épisode reste unique, un autre quart connaissant des récurrences, et les 50 % restants évoluant vers une autre maladie psychique. Ces deux répartitions décrivent des cohortes et des époques différentes, et aucune ne prédit une trajectoire individuelle. La HAS formule la même prudence en notant qu'un premier épisode psychotique « peut évoluer vers une rémission complète ou être annonciateur d'une affection psychiatrique ».
La place des proches, sans endosser le rôle de soignant
Santé.fr formule la conduite à tenir devant un accès délirant aigu en une phrase que les familles gagneraient à connaître avant la crise : « il faut essayer, dans la mesure du possible, de ne pas s'affoler et de rassurer la personne atteinte sans chercher à la convaincre qu'elle délire ». La suite de la même phrase compte autant : « mais il faut aussi réagir rapidement et faire hospitaliser le malade ».
Ce qui fonctionne pendant cette bouffée délirante tient à quelques gestes précis. Parlez lentement, avec des phrases courtes, une seule information à la fois. Réduisez les sources de stimulation, en baissant le son, en éteignant la télévision, en limitant le nombre de personnes présentes dans la pièce. Reconnaissez l'émotion sans valider le contenu du délire, ce qui se dit simplement : « je vois que cela te fait très peur, je reste avec toi ». Gardez une distance physique suffisante et un accès à la sortie. Proposez de l'eau et un cadre calme plutôt qu'une discussion.
Ce qui ne fonctionne pas mérite d'être nommé avec la même précision, parce que ce sont des réflexes naturels. Argumenter contre le délire est sans effet et accroît la méfiance, et la littérature clinique est unanime sur ce point. Faire semblant d'y croire est également contre-productif, parce que la personne perçoit la fausseté et perd confiance. Immobiliser, enfermer ou menacer d'un internement transforme le proche en adversaire au moment précis où le lien est l'outil le plus utile. Filmer ou photographier pour garder une preuve abîme durablement la relation et n'apporte rien sur le plan médical.
Tenir dans la durée, et où trouver de l'aide pour vous
L'entourage d'une personne ayant traversé cette bouffée délirante subit une usure spécifique, faite d'imprévisibilité, de peur et de sentiment d'impuissance, et elle se prolonge bien après la phase aiguë. L'UNAFAM, Union nationale de familles et amis de personnes malades et handicapées psychiques, propose une écoute téléphonique, des groupes de parole entre proches et des permanences départementales, sans condition de diagnostic posé. C'est l'interlocuteur de référence pour les familles en France.
Trois limites sont utiles à poser pour vous, dès la sortie d'hospitalisation. Vous n'êtes pas responsable de l'observance du traitement, qui relève de l'équipe soignante et de la personne elle-même, et la porter seul crée un rapport de surveillance qui abîme la relation. Vous n'avez pas à assurer une présence permanente, car un plan de crise écrit avec l'équipe, précisant qui appeler et à quel signe, remplace utilement la vigilance continue. Et vous avez droit à un suivi pour vous-même, au titre de votre propre santé psychique. Le panorama des situations d'urgence psychologique et des ressources disponibles recense les dispositifs mobilisables selon le profil.
Signaux d'urgence et cadre légal de l'orientation
Quatre numéros couvrent les situations décrites dans cette page, et ils ne sont pas interchangeables. Devant cette bouffée délirante, composer le bon numéro fait gagner des heures. Le 15, Samu, traite l'urgence médicale et régule l'orientation vers un service d'urgence ou un établissement psychiatrique, et c'est le numéro à composer en cas de mise en danger, de refus alimentaire complet, de signes somatiques ou d'agitation. Le 112 remplit la même fonction depuis un mobile et dans toute l'Union européenne. Le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond 24 heures sur 24 et gratuitement depuis octobre 2021, et accueille aussi bien la personne concernée que son entourage. Le 17 ne se compose qu'en cas de danger physique immédiat pour autrui, et l'appel gagne à préciser d'emblée qu'il s'agit d'une crise psychiatrique et non d'un trouble à l'ordre public.
Un mot sur l'usage du 3114. La ligne accueille aussi les proches, et pas uniquement les personnes en souffrance, ce que résume la formule mise en avant par Santé.fr : si vous vous posez la question d'appeler, c'est qu'il faut appeler.
Les soins sans consentement : ce que la loi prévoit
Quand une personne refuse les soins alors que son état les rend nécessaires, le droit français prévoit un cadre précis, issu de la loi n° 2011-803 du 5 juillet 2011 relative aux droits et à la protection des personnes faisant l'objet de soins psychiatriques. Trois critères sont communs à toutes les mesures : la présence de troubles mentaux, l'impossibilité de consentir aux soins, et la nécessité de soins avec une surveillance médicale constante ou régulière.
Trois modalités existent. Les soins psychiatriques à la demande d'un tiers, ou SDT, reposent sur une demande manuscrite d'une personne susceptible d'agir dans l'intérêt du patient et justifiant de relations antérieures à l'admission, hors personnel soignant, complétée par deux certificats médicaux circonstanciés et concordants dont le premier émane d'un médecin extérieur à l'établissement. Les soins en cas de péril imminent, ou SPI, ont été créés par la loi de 2011 pour les situations où aucun tiers n'est mobilisable, l'admission étant décidée par le directeur de l'établissement sur un certificat d'un médecin n'exerçant pas dans la structure d'accueil, avec 24 heures pour informer la famille. Les soins sur décision du représentant de l'État, ou SDRE, ajoutent un quatrième critère, l'atteinte à la sûreté des personnes ou à l'ordre public, et sont prononcés par arrêté préfectoral.
Le dispositif est encadré dans le temps. La loi de 2011 a instauré une période initiale de soins et d'observation de 72 heures, puis le contrôle systématique de la mesure par le juge des libertés et de la détention au douzième jour. L'IRDES relève que 27 % des séjours en soins pour péril imminent achevés en 2015 duraient 72 heures ou moins, 16 % donnant lieu à une sortie d'hospitalisation après cette période initiale et 10 % étant transformés en hospitalisation libre.
Les ordres de grandeur aident à replacer ces mesures. L'IRDES a dénombré plus de 92 000 personnes de 16 ans ou plus prises en charge sans leur consentement en 2015, soit 5,4 % de la file active suivie en psychiatrie contre 4,8 % en 2012. La répartition par mode légal s'établissait à 64 % pour les soins à la demande d'un tiers, 21 % pour le péril imminent et 18 % pour la décision du représentant de l'État. Les personnes ayant reçu un diagnostic de troubles schizophréniques ou psychotiques représentaient près de la moitié de cet effectif, contre 11 % des personnes suivies en psychiatrie. Le recours au péril imminent a plus que doublé, passant de 8 542 personnes en 2012 à 19 518 en 2015, une hausse de 128 % que l'IRDES relie à la simplification de l'admission en contexte d'urgence et à la volonté de décharger le tiers d'une démarche difficile.
Deux précisions complètent ce tableau. La hausse ne concerne pas tous les modes légaux de la même façon, puisque entre 2012 et 2015 les soins à la demande d'un tiers n'ont progressé que de 1 %, à 59 000 personnes, tandis que les soins sur décision du représentant de l'État augmentaient de 8 %, pour atteindre un peu plus de 16 000 personnes. Et le recours au péril imminent varie fortement d'un territoire à l'autre : l'IRDES relève qu'il concernait moins d'un patient sur dix dans 22 départements, mais plus de quatre sur dix en Ariège, en Ardèche, dans la Creuse, le Lot, l'Eure, la Savoie, la Drôme et le Bas-Rhin. Sur les 260 établissements publics autorisés en psychiatrie en 2015, 40 n'avaient déclaré aucun patient admis en péril imminent. Ces écarts reflètent des pratiques d'organisation, pas des différences de morbidité.
Pour un proche confronté à une telle situation, deux conséquences pratiques découlent de ce cadre. Signer une demande de tiers n'est jamais obligatoire, et la mesure de péril imminent existe précisément pour que le refus de signer ne bloque pas l'accès aux soins. Une mesure sans consentement n'est par ailleurs ni définitive ni sans recours, puisque la personne hospitalisée peut saisir le juge des libertés et de la détention et doit être informée de ses droits et de ses voies de recours.
Trois situations concrètes, de l'alerte à la sortie de crise
Les trois récits ci-dessous sont des situations éducatives reconstituées, anonymisées et non identifiables, construites à partir de tableaux cliniques décrits dans les sources citées sur cette page. Ils illustrent des trajectoires d'orientation devant toute bouffée délirante, pas des parcours réels de personnes identifiables.
Un étudiant de 21 ans, deuxième année de licence, grande ville universitaire, mois de mai. Trois nuits sans sommeil pendant la période d'examens, puis la conviction que ses enseignants coordonnent une surveillance de son travail. Il appelle sa sœur à 2 heures du matin pour la prévenir. Consommation de cannabis quotidienne depuis dix-huit mois, débutée à seize ans, un contexte que l'équipe d'urgence explore systématiquement. Orientation retenue : sa sœur appelle le 15, qui régule vers les urgences du centre hospitalier, avec passage le jour même, bilan somatique et recherche de toxiques, hospitalisation libre de neuf jours, puis relais par le CMP de secteur et une proposition d'accompagnement scolaire. Durée totale de la phase aiguë : onze jours.
Une femme de 34 ans, cadre, aucun antécédent psychiatrique, six semaines après un accouchement. Discours désorganisé sur deux jours, conviction que l'enfant a été échangé, insomnie totale, refus de s'alimenter. Le conjoint contacte d'abord la sage-femme, qui oriente immédiatement vers les urgences. Cette bouffée délirante du post-partum constitue une urgence spécifique, et l'appel au 15 est justifié dès le premier jour. Orientation retenue : hospitalisation en unité mère-enfant, suivi conjoint de la mère et du nourrisson, sortie à trois semaines avec suivi conjoint par le CMP et la protection maternelle et infantile. Point de vigilance : l'entourage avait attribué les signes à la fatigue de la naissance pendant 48 heures, délai qui illustre concrètement la notion de durée de psychose non traitée.
Un homme de 19 ans, apprenti, vivant chez ses parents, mois de janvier. Immobilité prolongée, mutisme presque complet, refus de boire pendant plus de 24 heures, regard fixe. Aucun propos délirant audible, ce qui a fait hésiter la famille pendant une journée entière. Ce tableau correspond à une forme catatonique de bouffée délirante, et son apparente tranquillité est le principal facteur de retard. Orientation retenue : appel au 15 devant le refus de boire, passage aux urgences générales pour éliminer une cause organique, puis transfert en psychiatrie, hospitalisation de trois semaines, traitement spécifique de la catatonie, sortie avec suivi rapproché. Enseignement transposable : le refus de boire au-delà de 24 heures est à lui seul un motif d'appel, indépendamment du contenu du discours.
Six idées fausses sur la bouffée délirante, corrigées
« C'est le début d'une schizophrénie. » Faux dans la majorité des cas. Le repère classique en tiers place un tiers des situations vers un trouble schizophrénique, ce qui laisse deux tiers d'autres trajectoires. Wikipédia en français souligne que l'évolution schizophrénique ne forme qu'une partie des évolutions possibles et qu'il est nécessaire de dissocier le trouble psychotique aigu et transitoire des troubles schizophréniques.
« La personne est dangereuse pour les autres. » Pendant cette bouffée délirante, le risque principal est celui que la personne court elle-même, avec la dénutrition, l'accident, la mise en danger dans la rue ou le geste suicidaire. Santé.fr mentionne un danger possible pour la personne comme pour autrui, ce qui justifie l'urgence, mais les troubles psychiques restent statistiquement associés à un sur-risque de victimation bien plus élevé que le sur-risque d'agression.
« Il faut la raisonner, lui montrer qu'elle se trompe. » Sans effet pendant la phase aiguë, et contre-productif. L'absence de conscience du trouble, décrite par Santé.fr, n'est pas de l'entêtement. C'est un symptôme de la bouffée délirante elle-même.
« Une hospitalisation sous contrainte, c'est un internement à vie. » Le cadre issu de la loi du 5 juillet 2011 prévoit une période initiale de 72 heures, un contrôle par le juge des libertés et de la détention au douzième jour, et une information obligatoire sur les droits et les voies de recours. L'IRDES relève que 27 % des séjours en péril imminent achevés en 2015 duraient 72 heures ou moins.
« Ça se soigne uniquement avec des médicaments. » La note de cadrage de la HAS de juillet 2025 décrit un ensemble comprenant thérapies cognitivo-comportementales, remédiation cognitive, programmes psychoéducatifs, interventions familiales, pair-aidance et accompagnement scolaire ou professionnel, et qualifie de débattue la place des antipsychotiques chez les personnes à haut risque.
« Rien ne sert d'appeler tôt, ça passera tout seul. » L'association entre une durée de psychose non traitée plus longue et un moins bon devenir clinique et fonctionnel est documentée par la HAS sur un suivi moyen de huit ans. Appeler tôt modifie la trajectoire, et c'est l'argument le plus solide de cette page.
Ressources françaises à contacter
Les ressources ci-dessous sont toutes françaises, gratuites pour la plupart, et accessibles sans diagnostic préalable de bouffée délirante.
- Le 15 et le 112. Urgence médicale, régulation vers les urgences ou la psychiatrie, vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
- Le 3114. Numéro national de prévention du suicide, gratuit, ouvert aux personnes concernées et à leur entourage, depuis octobre 2021.
- Le centre médico-psychologique de secteur. Consultations de psychiatrie publique prises en charge à 100 %, sans avance de frais. Le secteur se détermine par l'adresse du domicile.
- L'UNAFAM. Écoute, groupes de parole et permanences départementales pour les familles et les proches de personnes vivant avec des troubles psychiques.
- Ameli. Conditions, tarifs et annuaire des psychologues partenaires du dispositif Mon Soutien Psy.
- Santé.fr. Service public d'information en santé, fiches grand public et annuaire des structures de soins par territoire.
- La Haute Autorité de Santé. Recommandations de bonnes pratiques et documents d'information destinés aux usagers et à leurs familles.
- Les maisons des adolescents. Accueil gratuit et sans rendez-vous pour les 11 à 25 ans et leurs parents, citées par la HAS parmi les acteurs du repérage.
- Le 119. Enfance en danger, lorsqu'un mineur se trouve exposé dans le contexte de la crise.
- Le 3919. Violences faites aux femmes, si la situation de crise s'accompagne de violences au domicile.
Comment Todopsy vous accompagne
Todopsy est une plateforme française dédiée à la psychologie, entièrement gratuite à tous ses niveaux, sans publicité ni mur payant. Elle n'intervient pas dans l'urgence : face à cette bouffée délirante en cours, les numéros ci-dessus passent avant tout le reste.
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FAQ : bouffée délirante et état psychotique aigu
Combien de temps dure une bouffée délirante ?
VIDAL indique que l'épisode peut durer quelques heures, quelques jours ou quelques semaines, et que l'amélioration est généralement obtenue après quelques semaines ou quelques mois de traitement. Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux fixe une borne diagnostique, d'au moins un jour et d'au plus un mois. Au-delà d'un mois de symptômes continus, le diagnostic est révisé, sans que cela signifie une aggravation.
Faut-il appeler le 15 ou emmener la personne aux urgences soi-même ?
Appelez le 15 dès qu'il existe une mise en danger, un refus de boire, des signes somatiques comme une fièvre, une agitation ou un refus de soin. Le Samu régule l'orientation et peut envoyer une équipe, ce qu'un transport personnel ne permet pas. Sans danger immédiat et avec l'accord de la personne, un passage aux urgences accompagné reste possible. Santé.fr rappelle qu'il s'agit d'une urgence psychiatrique.
Une bouffée délirante évolue-t-elle toujours vers la schizophrénie ?
Non. Le repère classique de la psychiatrie française répartit l'évolution en trois tiers : un tiers d'épisodes isolés, un tiers vers un trouble schizophrénique, un tiers vers un trouble bipolaire. VIDAL retient pour sa part 25 % d'épisodes uniques. La HAS rappelle qu'un premier épisode psychotique peut évoluer vers une rémission complète. Aucun de ces chiffres ne prédit une trajectoire individuelle.
Le cannabis peut-il déclencher un épisode psychotique aigu ?
Les substances psychodysleptiques figurent parmi les contextes d'apparition les plus souvent cités. Wikipédia en français mentionne le cannabis, l'alcool et le LSD parmi les circonstances au décours desquelles un épisode psychotique aigu peut survenir, et la HAS signale la fréquence des addictions parmi les comorbidités qu'il faut traiter pour elles-mêmes. La très grande majorité des consommateurs ne développent toutefois aucun trouble psychotique : le cannabis compte comme facteur de risque d'une bouffée délirante, jamais comme cause suffisante.
Mon Soutien Psy rembourse-t-il la prise en charge d'un état psychotique aigu ?
Non. Ameli exclut du dispositif les formes sévères, les risques suicidaires, les troubles graves du comportement alimentaire, la dépendance aux substances psychoactives et les personnes suivies en psychiatrie ou en affection longue durée psychiatrique. Mon Soutien Psy finance 12 séances par année civile à 50 euros, remboursées à 60 %, pour une détresse d'intensité légère à modérée. La bouffée délirante relève de la psychiatrie de secteur ou de l'hôpital. Le dispositif reste en revanche accessible aux proches, au titre de leur propre santé psychique.
Comment parler à une personne en plein délire ?
Santé.fr conseille de ne pas s'affoler et de rassurer la personne sans chercher à la convaincre qu'elle délire. En pratique, cela veut dire des phrases courtes, une information à la fois, un environnement calme, une reconnaissance de l'émotion sans validation du contenu délirant. Argumenter contre le délire accroît la méfiance. Gardez une distance physique confortable et un accès à la sortie, et appelez le 15 si la situation se dégrade. Ces repères valent pendant l'accès comme dans les jours qui suivent.
Peut-on hospitaliser un proche contre son gré ?
Oui, dans le cadre de la loi n° 2011-803 du 5 juillet 2011, et sous trois conditions cumulatives : des troubles mentaux, l'impossibilité de consentir, la nécessité de soins sous surveillance médicale. Trois modalités existent, la demande d'un tiers, le péril imminent lorsque aucun tiers n'est mobilisable, et la décision du représentant de l'État. Une période initiale de 72 heures précède le contrôle par le juge des libertés et de la détention au douzième jour. Ce cadre s'applique à toute bouffée délirante comme aux autres troubles mentaux réunissant ces critères.
Que faire après la sortie d'hospitalisation ?
Le relais se fait le plus souvent vers le centre médico-psychologique de secteur, un psychiatre libéral ou un centre de réhabilitation psychosociale, selon l'orientation retenue par l'équipe. La HAS décrit des suivis conduits majoritairement sur deux ou trois ans dans les dispositifs d'intervention précoce. Demandez un plan de crise écrit, précisant les signes d'alerte et les numéros à composer, et un suivi pour vous-même. Après un épisode de ce type, l'absence de relais organisé est le premier facteur de rupture de soins.
Conclusion
Trois éléments résument ce que cette page a cherché à transmettre sur la bouffée délirante. La situation est identifiable sans compétence clinique, par l'apparition brutale d'idées invérifiables, l'absence de recul de la personne sur son discours, l'insomnie et la désorganisation du quotidien. L'orientation dépend du degré de danger, pas de l'intensité de votre inquiétude, avec le médecin traitant et le centre médico-psychologique pour une situation préoccupante, le 15 ou le 112 dès qu'il y a mise en danger, le 3114 pour des idées suicidaires. Et le délai compte, puisque la Haute Autorité de Santé documente l'association entre une durée de psychose non traitée plus longue et un moins bon devenir clinique et fonctionnel sur huit ans de suivi.
Votre rôle de proche s'arrête là où commence celui des soignants, et cette frontière vous protège autant qu'elle protège la personne concernée. Décrire précisément ce que vous observez, appeler tôt, refuser d'argumenter contre le délire, accepter un soutien pour vous-même : ces quatre gestes suffisent à couvrir votre part. Face à une bouffée délirante, l'entourage n'a pas à devenir expert, il a à faire entrer la situation dans le système de soins, et il n'en porte jamais seul la responsabilité.
À lire également :
Sources :
- Repérage et prise en charge des personnes présentant un premier épisode psychotique ou un risque d'évolution vers une psychose, document de cadrage : HAS, 2025
- Remboursement de séances chez le psychologue, dispositif Mon soutien psy : Assurance Maladie, 2026
- Les soins sans consentement en psychiatrie, bilan après quatre années de mise en œuvre de la loi du 5 juillet 2011 : IRDES, Questions d'économie de la santé n° 222, 2017
- Bouffée délirante, symptômes, causes, traitements et prévention : VIDAL, 2024
- Bouffée délirante : Santé.fr, service public d'information en santé, 2024
- Trouble psychotique bref : Wikipédia en français, 2025
- Les bouffées délirantes : Cairn.info, Presses Universitaires de France, 2014
- Santé mentale, un état des lieux au regard de la situation financière, de l'orientation sexuelle et des discriminations subies : DREES, Études et Résultats, 2025
- Loi n° 2011-803 du 5 juillet 2011 relative aux droits et à la protection des personnes faisant l'objet de soins psychiatriques : Légifrance, 2011
- Les patients suivis en psychiatrie, Les établissements de santé édition 2025 : DREES, 2025
- 3114, numéro national de prévention du suicide : dispositif national de prévention du suicide, 2025
- Les centres médico-psychologiques de psychiatrie générale et leur place dans le parcours du patient, rapport n° 2019-090R : Inspection générale des affaires sociales
- L'offre de soins de psychiatrie dans les établissements de santé, Les établissements de santé édition 2025 : DREES, 2025
- Mental health gap action programme, mhGAP : Organisation mondiale de la santé
- Annuaire des centres médico-psychologiques : Fédération régionale de recherche en psychiatrie et santé mentale
- Psychiatrie et santé mentale, recommandations de bonnes pratiques : Haute Autorité de Santé
- Santé mentale, Mon soutien psy pour un accompagnement psychologique accessible à tous : Assurance Maladie
- Le 3114, numéro de prévention du suicide, si vous vous posez la question d'appeler, c'est qu'il faut appeler : Santé.fr, service public d'information en santé
- Écoute et accompagnement des familles et proches de personnes vivant avec des troubles psychiques : UNAFAM, Union nationale de familles et amis de personnes malades et handicapées psychiques