Reconnaître les violences au quotidien : les repères qui comptent
La difficulté première tient à l'installation progressive. Personne n'entre dans une relation en identifiant le premier signal. Les mécanismes décrits par les professionnels de terrain suivent un ordre assez stable : isolement, dévalorisation, contrôle, puis passage à l'acte physique. La Haute Autorité de Santé (HAS) a publié en juin 2019 une recommandation de bonne pratique destinée aux professionnels de santé, qui leur demande de poser la question du repérage systématiquement en consultation, y compris en l'absence de signe d'alerte.
L'emprise désigne la prise de pouvoir progressive d'une personne sur une autre, obtenue par alternance de pressions et de gestes affectueux, jusqu'à ce que la personne visée doute de sa propre perception. Elle explique pourquoi une situation objectivement grave met des années à être nommée, et pourquoi sortir des violences demande du temps. Elle explique aussi pourquoi les questions du type « pourquoi ne partez-vous pas ? » manquent leur cible. Le site de Todopsy consacre un dossier distinct aux mécanismes d'emprise dans les violences intrafamiliales, qui détaille ces enchaînements.
Le contrôle coercitif nomme l'ensemble des comportements qui restreignent l'autonomie quotidienne : surveillance du téléphone, contrôle des dépenses, interdiction de voir des proches, suivi de la géolocalisation, imposition d'horaires. La Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences (Miprof) indique dans sa Lettre n° 25 de novembre 2025 que la reconnaissance juridique du contrôle coercitif fait partie des évolutions législatives en cours. Ces faits précèdent presque toujours les violences physiques et constituent en eux-mêmes des violences.
Deux outils gratuits aident à situer une relation sans passer par un professionnel. Le violentomètre, échelle graduée des comportements allant du respect à la mise en danger, permet de positionner des faits précis sur une ligne plutôt que de raisonner en tout ou rien. Le cyberviolentoscope, développé par le 3919, remplit le même office pour les comportements numériques : lecture des messages, exigence de partage de position, publication de contenus intimes, création de faux comptes. Le Cn2r cite ces deux outils dans son dossier de mars 2026 comme des supports à diffuser largement.
Les cyberviolences ne constituent pas une catégorie mineure. Le Cn2r classe les violences numériques et technologiques parmi les cinq formes de violences au sein du couple, aux côtés des violences physiques, psychologiques, sexuelles et économiques, et rappelle qu'elles se combinent entre elles. Il ajoute une sixième forme, les violences administratives, qui consistent à empêcher une personne d'exercer ses droits : confiscation des papiers d'identité ou du titre de séjour, obstacle à une démarche de régularisation, empêchement de se rendre à un rendez-vous administratif. Repérer ces formes permet de sortir des violences en nommant l'ensemble de ce qui est subi, et non la seule part visible.
Les signaux concrets à repérer chez soi ou chez un proche
Sept observations reviennent dans les grilles utilisées par les associations et les professionnels de santé. Elles ne posent aucun diagnostic, elles alertent.
- Modification du cercle social. Les amitiés et les liens familiaux s'espacent, à la demande explicite ou implicite du partenaire.
- Justification permanente. La personne explique, anticipe, s'excuse de gestes ordinaires : une dépense, un retard, un message reçu.
- Contrôle des ressources. Salaire versé sur un compte auquel elle n'accède pas, carte bancaire retirée, refus d'un emploi.
- Blessures inexpliquées. Bleus, entorses, brûlures présentés comme accidentels et répétés dans le temps.
- Symptômes psychiques d'installation récente. Troubles du sommeil, hypervigilance, crises d'angoisse, sursauts au bruit d'une clé dans la serrure.
- Peur de la réaction. La personne module ses paroles en fonction de l'humeur du partenaire, et le décrit comme une évidence.
- Menaces conditionnelles. Menaces de suicide, de retirer les enfants, de révéler des éléments intimes, d'expulser du logement en cas de départ.
Quand plusieurs de ces repères coexistent, l'enjeu consiste à nommer les faits. Sortir des violences commence par cette qualification, formulée par la personne concernée ou par un proche. Une phrase suffit pour ouvrir la conversation avec un proche : « Ce que tu décris, on appelle cela des violences, et il existe des gens dont c'est le métier de t'aider. » Les manifestations d'hypervigilance liée au stress chronique sont un motif de consultation fréquent et fournissent souvent le point d'entrée.
Causes et facteurs de risque : ce que montrent les données françaises
Aucune cause unique n'explique les violences conjugales. Les données publiques permettent en revanche d'identifier des facteurs associés, qui augmentent le risque sans jamais l'expliquer entièrement ni l'excuser. L'étude nationale sur les morts violentes au sein du couple, publiée en octobre 2025 par la Délégation aux victimes du ministère de l'Intérieur, apporte sur ce point les éléments les plus précis disponibles en France. Ces facteurs éclairent aussi ce qui rend difficile de sortir des violences.
Premier constat, l'emprise domine les mobiles. Dans 51 % des féminicides commis dans le couple en 2024, les mobiles relevés par les enquêteurs traduisent une volonté d'emprise et de contrôle, qui regroupe la dispute, la séparation non acceptée et la jalousie. La séparation constitue donc un facteur de risque majeur, ce qui inverse l'intuition courante selon laquelle sortir des violences met immédiatement à l'abri.
Deuxième constat, l'alcool n'est pas le moteur principal. La même étude relève que 75 % des auteurs de féminicide n'avaient pas consommé d'alcool au moment des faits. La consommation d'alcool aggrave les passages à l'acte sans en constituer le facteur déclenchant. Le raisonnement vaut pour les autres facteurs individuels : précarité, chômage, antécédents de violences subies dans l'enfance.
Troisième constat, les violences antérieures sont un signal d'alerte documenté. 47 % des victimes de féminicide au sein du couple subissaient des violences antérieures. Parmi elles, 37 avaient signalé ces faits aux forces de sécurité intérieure, 30 avaient déposé plainte et 4 bénéficiaient d'un dispositif de protection. Ces chiffres disent deux choses simultanément : le signalement est un indicateur de risque, et la chaîne de protection comporte encore des failles.
Quatrième constat, certaines situations cumulent les vulnérabilités. Le Cn2r souligne que les personnes exilées dont le statut administratif dépend du conjoint, par exemple par un titre de séjour lié à la vie familiale ou un regroupement familial, subissent une forme de contrôle supplémentaire : la menace de l'expulsion sert d'instrument de pression. L'âge constitue un autre facteur souvent ignoré : 26 % des victimes de féminicide conjugal en 2024 avaient 70 ans ou plus, et 39 % d'entre elles ont été tuées en raison de leur maladie, selon la Délégation aux victimes. Sortir des violences dans ces contextes suppose une aide juridique spécialisée, que les associations départementales et les permanences d'accès aux droits assurent gratuitement.
Le poids des violences subies dans l'enfance
L'exposition précoce à la violence constitue un facteur de risque reconnu, à la fois de victimation et de passage à l'acte à l'âge adulte. La Miprof rappelle dans sa Lettre annuelle de novembre 2025 que l'absence de prise en charge précoce en psychotraumatologie fait courir un risque de perpétuation de la violence. Roxana Maracineanu, secrétaire générale de la Miprof, y écrit : « Sans prise en charge efficace et la plus précoce possible en psychotraumatologie, il y a un risque réel de perpétuation de la violence. »
Cette transmission n'a rien d'automatique et ne constitue jamais une excuse. Elle justifie en revanche que la prise en charge des enfants exposés soit traitée comme une urgence sanitaire. En 2024, 12 enfants ont assisté à un féminicide ou à un homicide conjugal, et 94 enfants sont devenus orphelins de mère ou de père à la suite de ces faits, selon la Délégation aux victimes. Le trauma complexe constitué dans l'enfance relève d'une prise en charge spécifique.
Le cadre international : une violence structurelle documentée par l'OMS
À l'échelle mondiale, l'Organisation mondiale de la santé estime que 31,6 % des femmes, soit environ 840 millions de personnes, ont subi des violences physiques ou sexuelles de la part d'un partenaire intime ou des violences sexuelles hors couple au cours de leur vie. L'OMS relève par ailleurs que la baisse annuelle moyenne des violences conjugales atteint 0,2 % sur les vingt dernières années. Cette stabilité sur deux décennies situe le phénomène à une échelle collective.
Quel est le niveau de danger, et quand faut-il agir dans l'heure ?
Évaluer la gravité conditionne tout le reste. La même situation n'appelle pas la même réponse selon qu'une arme est présente au domicile ou qu'une relation se dégrade sans passage à l'acte. Les critères ci-dessous reprennent ceux utilisés par les forces de sécurité intérieure et les associations spécialisées pour prioriser les interventions. Ils servent à décider vite. La qualification juridique des faits relève ensuite des services d'enquête, et sortir des violences n'attend pas cette qualification.
| Niveau de danger | Signaux observés | Délai d'action | Interlocuteur |
|---|
| Danger immédiat | Menaces de mort, arme au domicile, strangulation, séquestration, agression en cours | Immédiat | 17 ou 112, 114 par SMS si vous ne pouvez pas parler |
| Danger élevé | Séparation annoncée ou récente, menaces de suicide de l'auteur, violences pendant la grossesse, enfants pris pour cible | Sous 24 à 72 heures | 3919, commissariat, demande d'ordonnance de protection |
| Situation installée | Contrôle des ressources, isolement, insultes répétées, violences physiques espacées | Sous quelques semaines | Médecin traitant, association locale, psychologue |
| Doute ou confusion | Sentiment de marcher sur des œufs, perte de repères, culpabilité permanente | Dès que possible | 3919, plateforme de signalement en ligne du gouvernement |
Trois signaux appellent une réaction immédiate, quelle que soit l'ancienneté de la relation. La strangulation, même brève et sans marque visible, est associée à un risque élevé de passage à l'acte létal et justifie un examen médical le jour même. La présence d'une arme au domicile figure dans les données de la Délégation aux victimes : 31 % des auteurs de féminicide conjugal ont utilisé une arme à feu en 2024. La menace de suicide de l'auteur, enfin, précède une part des passages à l'acte : 41 auteurs de féminicide ou d'infanticide se sont suicidés en 2024. Ces trois signaux imposent d'engager la mise en sécurité dans l'heure.
Pourquoi la période de séparation concentre le risque
Le moment du départ est statistiquement le plus dangereux. 90 % des féminicides et homicides conjugaux en 2024 ont été commis au domicile du couple, de la victime ou de l'auteur, et la séparation non acceptée figure parmi les mobiles dominants relevés par les enquêteurs. Cette donnée ne signifie pas qu'il faut rester. Elle signifie que sortir des violences se prépare avec des professionnels, et que la mise en sécurité matérielle doit précéder ou accompagner l'annonce de la rupture, jamais la suivre.
La HAS demande précisément aux professionnels de santé une vigilance accrue pendant la grossesse, le post-partum et la séparation, trois périodes où l'incidence des violences augmente. Une femme enceinte qui signale des violences relève de cette vigilance renforcée, quel que soit le reste du tableau clinique.
Les dix étapes pour sortir des violences en sécurité
Aucune liste ne convient à toutes les situations. Celle qui suit ordonne les démarches selon la logique utilisée par les intervenants sociaux : sécuriser, documenter, quitter, protéger juridiquement, reconstruire. Elle vaut pour une personne majeure qui cherche à sortir des violences subies dans son foyer. Lorsqu'un mineur est en danger, le 119 se saisit de la situation à tout moment.
- Appeler une ligne d'écoute avant d'agir. Le 3919 est gratuit, anonyme, ouvert 24 heures sur 24 et n'apparaît pas sur les factures détaillées. Ses écoutantes construisent avec vous un scénario adapté. En 2024, 95 % des premières demandes portaient sur l'écoute, le soutien et l'aide à la décision, selon la Fédération Nationale Solidarité Femmes.
- Faire constater les faits par un médecin. Un certificat médical établi par un médecin, un service d'urgences ou une unité médico-judiciaire (UMJ) décrit les lésions et fixe une incapacité totale de travail (ITT), notion pénale qui mesure la gêne dans les actes de la vie quotidienne et non l'arrêt de travail. Ce document reste valable des années.
- Constituer un dossier de preuves. Photographies datées des blessures, captures de messages, relevés bancaires, témoignages écrits de proches, mains courantes antérieures. Le ministère de la Justice liste ces pièces parmi celles recevables à l'appui d'une demande d'ordonnance de protection.
- Mettre les preuves hors de portée. Duplicata sur une messagerie dont l'auteur ignore l'existence, clé USB confiée à une personne de confiance, copies papier chez un tiers. Un dossier stocké sur un téléphone partagé disparaît au premier conflit.
- Préparer un sac et des documents. Pièce d'identité, livret de famille, carte Vitale, ordonnances, moyens de paiement, doubles de clés, jouets et vêtements des enfants, chargeur. Le sac se dépose chez un proche, sur le lieu de travail ou dans une association.
- Sécuriser les traces numériques. Vérifier la géolocalisation activée sur le téléphone, les comptes partagés, les objets connectés du domicile, les mots de passe enregistrés. Le partage de position d'un forfait familial suffit à localiser un hébergement.
- Choisir la destination avant de partir. Un proche, un hébergement d'urgence via le 115, ou une place dédiée aux femmes victimes de violences. Le parc dédié est passé de 5 100 à plus de 11 000 places depuis 2017, selon la Délégation interministérielle à l'hébergement et à l'accès au logement.
- Déposer plainte, y compris à l'hôpital. Le dépôt de plainte est possible dans certains établissements de santé, dispositif mis en avant par la Miprof parmi les mesures déployées. La plainte déclenche une enquête ; la main courante date les faits sans saisir le procureur de la République.
- Demander une ordonnance de protection. La demande se dépose au greffe du juge aux affaires familiales, avec ou sans avocat, avant, après, en parallèle ou en dehors de tout dépôt de plainte. L'audience est fixée dans les six jours.
- Engager un suivi psychologique. La consultation ne se remet pas à plus tard : les conséquences psychotraumatiques s'installent d'autant plus durablement qu'elles restent sans traitement. Les dispositifs de prise en charge sont détaillés plus bas.
Ces étapes ne se déroulent pas toujours dans cet ordre. Une personne qui part en urgence, sans sac ni dossier, reste prioritaire pour l'hébergement et la protection, et les dispositifs décrits ici lui restent ouverts. La préparation réduit simplement le nombre de retours au domicile, moments où le risque remonte. Sortir des violences en une seule fois reste l'exception.

Quelles protections judiciaires pouvez-vous demander ?
Le droit français a bâti depuis 2010 un arsenal spécifique, complété par la loi du 28 décembre 2019. Ces outils fonctionnent indépendamment les uns des autres, ce qui permet de sortir des violences par la voie civile même lorsque la voie pénale progresse lentement.
L'ordonnance de protection, le dispositif civil central
L'ordonnance de protection est une décision du juge aux affaires familiales qui protège en urgence une personne victime de violences conjugales et organise sa séparation d'avec l'auteur. Pour la prononcer, le juge doit caractériser deux éléments : la vraisemblance des violences exercées et celle d'un danger actuel pour la personne ou ses enfants. La preuve pénale n'est pas exigée, ce qui abaisse fortement le seuil d'accès par rapport à une condamnation. Sortir des violences par cette voie reste donc possible même sans enquête pénale aboutie.
La demande se fait par requête, sur papier libre ou avec le formulaire Cerfa n° 15458, adressée au greffe du juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire du lieu de résidence de la famille. Le greffe transmet sans délai, le juge fixe une audience qui doit avoir lieu dans les six jours, et les frais de signification par commissaire de justice sont pris en charge par l'État. L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par le juge dans la même décision.
Les mesures que le juge aux affaires familiales prononce sur le fondement des articles 515-11 et 515-11-1 du code civil couvrent quatre domaines. Sur la protection directe : interdiction d'entrer en relation avec des personnes désignées, interdiction de se rendre dans certains lieux, interdiction de détenir ou de porter une arme avec remise de celle-ci, port d'un bracelet anti-rapprochement. Sur l'anonymat : autorisation de dissimuler son adresse en élisant domicile chez un avocat, auprès du procureur de la République ou auprès d'une association. Sur le logement : attribution de la jouissance du domicile à la personne qui n'est pas l'auteur des violences, même si elle a déjà bénéficié d'un hébergement d'urgence, ainsi que la jouissance de l'animal de compagnie du foyer. Sur la famille : autorité parentale, droit de visite en espace de rencontre ou en présence d'un tiers de confiance, contribution aux charges du mariage et à l'entretien des enfants.
La durée maximale est de 12 mois. Les mesures se prolongent si une requête en divorce, en séparation de corps ou relative à l'autorité parentale est déposée pendant ce délai. Une exception mérite d'être connue : le port du bracelet anti-rapprochement ne peut être ordonné par le juge aux affaires familiales que si le défendeur est présent à l'audience et y consent, et son renouvellement suppose la réitération du consentement des deux parties.
Téléphone grave danger et bracelet anti-rapprochement
Le téléphone grave danger (TGD) est un terminal attribué par le procureur de la République à une personne exposée à un danger grave, avec une touche d'appel dédiée reliée à une plateforme d'assistance qui déclenche l'intervention des forces de l'ordre. Le bracelet anti-rapprochement (BAR), créé par la loi du 28 décembre 2019, géolocalise en permanence l'auteur et la personne protégée, et déclenche une alarme dès que l'auteur franchit une zone d'éloignement.
Le ministère de la Justice recensait 4 911 téléphones grave danger actifs au 1er février 2025, contre 4 529 un an plus tôt, et 770 bracelets anti-rapprochement actifs à la même date. Le TGD, expérimenté en 2009 en Seine-Saint-Denis avant d'être généralisé cinq ans plus tard, reste le dispositif le plus diffusé des deux. Ces deux outils visent les situations où sortir des violences ne suffit pas à faire cesser le danger.
Plainte, main courante, procès-verbal de renseignement judiciaire
| Démarche | Ce qu'elle déclenche | Ce qu'elle prouve | Quand y recourir |
|---|
| Plainte | Une enquête, puis une décision du procureur de la République sur les suites | Les faits dénoncés, versés au dossier pénal | Dès qu'une infraction est constituée, y compris des années après |
| Main courante | Aucune poursuite ; la déclaration est enregistrée et datée | L'antériorité des faits, recevable devant le juge aux affaires familiales | Pour dater une situation quand la plainte n'est pas encore envisagée |
| Procès-verbal de renseignement judiciaire | Une transmission au procureur de la République sans plainte formelle | Le signalement d'une situation aux autorités judiciaires | Quand les forces de l'ordre le proposent à la place d'une main courante |
Le ministère de la Justice liste les trois documents parmi les pièces recevables à l'appui d'une requête en ordonnance de protection, aux côtés des témoignages, des certificats médicaux, des messages électroniques ou vocaux et des photographies de blessures. Une main courante déposée deux ans plus tôt garde donc une valeur probatoire. Les délais de prescription de l'action publique s'élèvent à six ans pour les délits, dont les coups et blessures, et à vingt ans pour les crimes, selon Service-Public.gouv.fr ; pour les victimes mineures au moment des faits, le délai court à compter de leur majorité. Une personne qui décide de sortir des violences plusieurs années après les faits conserve donc, dans de nombreux cas, la possibilité de porter plainte.
Soigner les conséquences psychiques : les approches validées
Les violences commises par un partenaire intime figurent parmi les situations les plus à risque de développer un trouble de stress post-traumatique, et ce risque dépasse celui associé à de nombreux autres événements traumatiques, selon le dossier publié en mars 2026 par le Centre national de ressources et de résilience (Cn2r), relu par le professeur Thierry Baubet, co-responsable scientifique de ce centre. Sortir des violences sans traiter ces conséquences laisse en place la partie la plus invalidante du problème.
Le trouble de stress post-traumatique (TSPT) se manifeste par quatre familles de symptômes qui persistent au moins un mois et gênent la vie quotidienne. Les symptômes d'intrusion recouvrent les reviviscences, les flashbacks et les cauchemars. Les symptômes d'évitement conduisent à contourner les lieux, les activités, les conversations et même les pensées liées à l'événement. L'hypervigilance produit sursauts, troubles du sommeil, irritabilité et difficultés de concentration. Les émotions et idées négatives de soi installent colère, peur, culpabilité, honte et sentiment de déconnexion. Le Cn2r rappelle que ce diagnostic ne peut être posé que par un professionnel de santé formé au psychotraumatisme.
Quand les violences se répètent pendant des années et que le départ est difficile ou impossible, elles sont fréquemment associées à un TSPT complexe, décrit par le Cn2r comme la conséquence d'événements prolongés ou répétitifs auxquels il est difficile d'échapper. Il ajoute à la symptomatologie classique une dysrégulation émotionnelle, une altération de la conscience de soi et des autres, des relations perturbées et des plaintes somatiques. Les personnes exposées dans l'enfance y sont particulièrement vulnérables. Notre fiche sur le trouble de stress post-traumatique et ses formes détaille ces distinctions.
Quelles psychothérapies fonctionnent
Deux approches structurées dominent les recommandations internationales pour le TSPT de l'adulte : la thérapie cognitivo-comportementale centrée sur le traumatisme et l'EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing, désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires). L'Organisation mondiale de la santé les retient toutes deux comme psychothérapies de première intention depuis ses recommandations de 2013. La nuance importe, car seule la thérapie cognitivo-comportementale qui travaille spécifiquement le souvenir de l'événement est concernée.
La temporalité compte autant que la méthode, car sortir des violences et traiter le souvenir traumatique ne se jouent pas au même moment. Une prise en charge engagée alors que la personne vit encore au domicile de l'auteur poursuit un objectif différent : stabiliser, réduire la dissociation, restaurer le sommeil, sécuriser. Le travail sur le souvenir traumatique intervient une fois la sécurité matérielle acquise. Un professionnel formé au psychotraumatisme fait cette distinction d'emblée. Les phénomènes de dissociation et de dépersonnalisation, fréquents pendant les violences, se travaillent dans cette phase de stabilisation.
Les 17 centres régionaux du psychotraumatisme (CRP), déployés depuis 2018 et animés par le Cn2r, constituent le maillage spécialisé de référence. Au moins un centre existe dans chaque région. Ils évaluent, orientent et prennent en charge les psychotraumatismes complexes, forment les professionnels de premier recours et servent de recours quand un suivi de ville ne suffit pas. L'accès se fait sur adressage médical ou par contact direct selon les centres.
Les conséquences qui se voient ailleurs que dans la tête
Le psychotraumatisme se manifeste aussi par des symptômes corporels et sociaux qui conduisent souvent à consulter pour autre chose. Le Cn2r mentionne parmi les signes du trouble de stress post-traumatique complexe des plaintes somatiques sans cause organique retrouvée, des douleurs diffuses, des céphalées, ainsi qu'une altération durable des relations. S'y ajoutent les troubles du sommeil, les conduites d'évitement qui restreignent progressivement les déplacements et l'activité, et les difficultés de concentration qui pèsent sur le travail ou les études.
Ces manifestations expliquent pourquoi le repérage recommandé par la Haute Autorité de Santé porte sur toutes les consultations, et pas seulement sur celles motivées par une blessure. Une insomnie chronique, une lombalgie rebelle, des crises d'angoisse récentes ou un amaigrissement inexpliqué constituent des motifs légitimes pour poser la question des violences. Pour la personne concernée, formuler le lien entre un symptôme physique et ce qu'elle vit chez elle est souvent la première étape pour sortir des violences, car elle transforme un problème médical isolé en situation nommée.
Le parcours de soin en France, du médecin traitant au CMP
Le premier interlocuteur pour sortir des violences reste, dans la majorité des parcours, le médecin traitant. La Haute Autorité de Santé lui demande, dans sa recommandation de juin 2019, d'aborder systématiquement la question des violences en consultation, y compris en l'absence de signe d'alerte, et de repérer au moins une fois toute patiente enceinte ou en post-partum. Cette même recommandation lui impose d'informer la personne de son droit de porter plainte, de lui rappeler que les violences sont interdites et punies par la loi, et de l'orienter vers les structures associatives, judiciaires et de santé.
Le centre médico-psychologique (CMP) est la porte d'entrée publique et gratuite de la psychiatrie de secteur. Rattaché à un établissement hospitalier, il couvre une zone géographique donnée, accueille sans avance de frais et emploie psychiatres, psychologues et infirmiers. Les délais d'attente varient fortement d'un secteur à l'autre, ce qui justifie d'engager en parallèle une démarche libérale quand la situation le permet. Sortir des violences suppose de ne pas suspendre le reste du parcours à un rendez-vous unique.
Le dispositif Mon soutien psy de l'Assurance Maladie finance jusqu'à 12 séances par an chez un psychologue partenaire, au tarif de 50 € la séance, dont 30 € pris en charge par l'Assurance Maladie et le solde par la complémentaire santé. L'adressage par le médecin traitant n'est plus obligatoire : la prise de rendez-vous se fait directement avec un psychologue inscrit à l'annuaire officiel. Pour une personne qui veut sortir des violences avec des ressources financières contrôlées par l'auteur, ce point d'accès direct change la donne.
Les dispositifs spécifiques selon le profil
Les étudiants disposent d'une voie dédiée. Santé Psy Étudiant ouvre droit à douze séances par an chez un psychologue partenaire, sans condition de ressources ni d'âge et sans consultation médicale préalable. Les BAPU (bureaux d'aide psychologique universitaire) reçoivent les étudiants avec une accompagnement à 100 % sur présentation de la carte Vitale, sans avance de frais. Ces deux circuits s'ajoutent aux dispositifs de droit commun et ne s'excluent pas. Un étudiant qui cherche à sortir des violences dispose donc de trois portes d'entrée.
Les salariés relèvent d'un troisième circuit. L'employeur est tenu par l'article L. 4121-1 du code du travail d'une obligation de préserver la santé et la sécurité de ses salariés, qui englobe les risques psychosociaux. Le médecin du travail peut proposer par écrit des mesures individuelles d'aménagement du poste ou du temps de travail. En pratique, cela recouvre le décalage d'horaires, le télétravail, des absences autorisées ou la modification d'une adresse professionnelle diffusée. Une personne qui cherche à sortir des violences sans perdre son emploi a intérêt à solliciter une visite auprès du service de prévention et de santé au travail, dont les échanges relèvent du secret médical.
Les demandeurs d'emploi peuvent signaler leur situation à leur conseiller France Travail, notamment pour justifier un déménagement, une indisponibilité temporaire ou une demande de mobilité géographique sans radiation. L'aide universelle d'urgence, versée par les caisses d'allocations familiales aux victimes de violences conjugales, complète ce volet financier et figure parmi les mesures que la Miprof recense dans sa Lettre de novembre 2025.
Violences agies : que faire quand vous êtes l'auteur des coups
Cette section s'adresse aux personnes qui frappent, menacent, contrôlent ou contraignent, et qui veulent que cela cesse. Elle ne relativise rien. Sortir des violences que l'on commet relève d'une démarche distincte de celle des victimes : la responsabilité pénale des faits reste entière et la sécurité de la personne victime prime sur toute démarche de soin.
Les centres de suivi des auteurs de violences conjugales (CPCA) constituent le dispositif français dédié. Créés à la suite de deux appels à projets lancés en 2020 et 2021, trente centres couvrent le territoire. Selon les chiffres publiés par l'ARSL, l'organisation qui coordonne ces centres, et relayés par l'Agence France-Presse, ils ont reçu 66 694 personnes entre 2021 et fin 2024. En 2024, 21 856 personnes y ont été accueillies, soit une progression de 57 % depuis 2022. Les publics reçus sont très majoritairement masculins. Claire Haury, directrice générale de l'ARSL, souligne la persistance des listes d'attente, le budget annuel du dispositif se situant autour de 5 millions d'euros.
Le contenu de la accueil combine plusieurs volets : entretiens individuels, groupes de parole, stages de responsabilisation pour la prévention et la lutte contre les violences dans le couple et sexistes, orientation vers des soins. En 2023, 11 022 personnes ont participé à un stage de responsabilisation et 6 399 étaient engagées dans une démarche de soins. L'orientation émane souvent des autorités judiciaires, mais une démarche volontaire reste possible et se fait en contactant directement le centre de son département.
Le cadre pénal mérite d'être exposé sans ambiguïté. Le Cn2r rappelle qu'il n'existe pas en droit français d'infraction unique appelée violences conjugales : la loi réprime des infractions distinctes, violences, menaces, agressions sexuelles, harcèlement, et le fait qu'elles soient commises par un conjoint, un ex-conjoint, un concubin ou un partenaire constitue une circonstance aggravante. Les violences physiques relèvent des articles 222-7 à 222-16-3 du code pénal, le harcèlement moral au sein du couple de l'article 222-33-2-1, les violences sexuelles des articles 222-22 à 222-31, et l'abus de faiblesse de l'article 223-15-2. La loi sanctionne ces faits qu'ils entraînent ou non des blessures visibles.
Une personne qui veut sortir des violences qu'elle exerce gagne à engager la démarche avant l'intervention judiciaire, pour une raison simple : le stage de responsabilisation et le suivi individuel travaillent sur les situations déclenchantes, ce qu'aucune sanction ne fait à elle seule.
Un point mérite d'être connu des personnes concernées. Le juge civil peut, dans le cadre d'une ordonnance de protection, proposer à l'auteur des violences vraisemblables une accompagnement sanitaire, sociale ou psychologique, ou un stage de responsabilisation. Cette proposition figure explicitement dans la notice officielle du ministère de la Justice. Ce cadre s'ajoute aux suites judiciaires sans s'y substituer. Pour l'entourage comme pour la personne concernée, sortir des violences par ce versant réduit le risque de récidive.
La place des proches, sans devenir le soignant
Les proches jouent un rôle décisif et occupent une position difficile. Le manque de soutien social figure parmi les facteurs qui augmentent le risque de développer un trouble de stress post-traumatique, aux côtés de la gravité de l'événement et des antécédents traumatiques, selon le Cn2r. Être présent a donc un effet mesurable sur le risque. La substitution à un professionnel reste en revanche sans effet démontré.
Cinq principes résument ce qui aide réellement, d'après les guides destinés à l'entourage publiés par le Cn2r et les associations spécialisées.
- Croire sans enquêter. La personne n'a pas à prouver ce qu'elle raconte pour recevoir du soutien. Les demandes de détails reproduisent la mise en doute déjà subie.
- Nommer les faits sans juger la personne. Une phrase comme « ce qu'il ou elle te fait est interdit par la loi » désigne les faits. Les formulations qui interrogent la décision de rester renvoient la personne à sa propre responsabilité et l'isolent davantage.
- Rester disponible dans la durée. Les allers-retours font partie du processus. Une porte qui reste ouverte après un retour au domicile vaut plus qu'un ultimatum, car sortir des violences se fait rarement au premier essai.
- Proposer du concret. Garder un double de clés, un sac préparé, un dossier de preuves, héberger une nuit, accompagner à un rendez-vous, garder les enfants pendant une audience.
- Signaler quand un mineur est en danger. Le 119 reçoit les signalements concernant l'enfance en danger 24 heures sur 24, et l'appel peut être anonyme.
Aider quelqu'un à sortir des violences use. Les proches développent fatigue, anxiété et sentiment d'impuissance, et ils ont eux aussi accès aux dispositifs décrits plus haut, dont Mon soutien psy. Prendre un rendez-vous pour soi n'enlève rien à la personne aidée.
Les collègues et les voisins occupent une position particulière, car ils observent des signes que la famille ne voit pas : appels répétés pendant les horaires de travail, contrôle des déplacements, blessures, cris. Un employeur informé d'une situation de violences engage son obligation de préserver la santé et la sécurité de ses salariés, prévue par l'article L. 4121-1 du code du travail. Les leviers concrets existent et relèvent de l'organisation courante : décalage d'horaires, télétravail, absences autorisées, retrait d'une adresse professionnelle des annuaires, orientation vers le service de prévention et de santé au travail. Un voisin témoin de violences en cours compose le 17 sans attendre ; l'intervention des forces de l'ordre ne dépend pas de l'accord de la personne victime lorsqu'une infraction se déroule. Ces gestes ordinaires aident davantage à sortir des violences qu'un conseil de départ formulé de l'extérieur. Les proches qui soutiennent un adulte en danger vital immédiat, notamment en cas d'idées suicidaires, trouveront la conduite à tenir dans notre guide sur le risque suicidaire et sa détection.
Trois situations concrètes, étape par étape
Les scénarios ci-dessous sont des situations représentatives, construites à partir des dispositifs décrits plus haut et des données publiques citées dans ce guide. Ils illustrent des enchaînements de démarches, sans constituer un conseil individualisé ni décrire des personnes réelles.
Situation 1. Salariée, 34 ans, deux enfants de 4 et 9 ans, violences physiques depuis trois ans et contrôle du salaire. Jour 1 : appel au 3919 depuis le lieu de travail, construction d'un plan de départ. Jour 3 : consultation aux urgences, certificat médical avec une incapacité totale de travail de 8 jours, photographies des lésions. Jour 4 : dépôt de plainte au commissariat. Jour 6 : requête en ordonnance de protection déposée au greffe du magistrat avec le formulaire Cerfa n° 15458. Jour 12 : audience, attribution de la jouissance du logement à la requérante, interdiction de contact, droit de visite du père en espace de rencontre. Durée de l'ordonnance : 12 mois. Coût des significations par commissaire de justice : pris en charge par l'État.
Situation 2. Homme de 58 ans, marié depuis 27 ans, violences psychologiques et économiques, aucune violence physique. Les hommes représentent 16 % des victimes de violences commises par un partenaire enregistrées en 2024, et 31 hommes ont été tués par leur conjoint ou conjointe cette année-là, selon la Délégation aux victimes du ministère de l'Intérieur. Le parcours diffère par son entrée : consultation chez le médecin traitant pour insomnie et amaigrissement, repérage des violences en consultation conformément à la recommandation de la Haute Autorité de Santé, orientation vers un psychologue via Mon soutien psy, puis dépôt de main courante pour dater les faits. Sortir des violences passe ici d'abord par le soin, la démarche judiciaire venant après.
Situation 3. Homme de 41 ans, auteur de violences, deux mains courantes déposées contre lui en 18 mois. Contact volontaire avec le centre de suivi des auteurs de violences conjugales du département, entretien d'évaluation, inscription à un stage de responsabilisation, puis suivi individuel. Sur les 21 856 personnes accueillies par ces centres en 2024, une part est orientée par la justice et une autre vient spontanément. Le délai d'attente constitue le principal obstacle, le dispositif étant doté d'environ 5 millions d'euros par an pour trente sites.
Ces trois trajectoires ont un point commun : aucune ne se joue en une seule démarche, et toutes combinent un volet sécurité, un volet preuve et un volet soin. Sortir des violences exige de tenir les trois en même temps, ce qu'aucune personne isolée ne fait sans appui extérieur.
Huit idées fausses qui retardent la mise en sécurité
« Si elle restait, c'est que ce n'était pas si grave. » Les données contredisent cette lecture. 47 % des femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en 2024 subissaient des violences antérieures ; 37 avaient signalé ces faits aux forces de sécurité intérieure et 30 d'entre elles avaient déposé plainte. La gravité et le départ ne varient pas ensemble ; l'emprise, les ressources financières, les enfants et le logement expliquent l'écart.
« Les violences psychologiques ne sont pas punies par la loi. » Le Cn2r rappelle que le code pénal sanctionne toutes les formes de violence, y compris psychologiques, et que le harcèlement moral entre partenaires est défini à l'article 222-33-2-1 comme des agissements répétés entraînant une altération de la santé psychique ou physique.
« L'alcool est la cause des passages à l'acte. » 75 % des auteurs de féminicide conjugal n'avaient pas consommé d'alcool au moment des faits en 2024, selon la Délégation aux victimes du ministère de l'Intérieur du ministère de l'Intérieur. La consommation d'alcool intervient comme facteur aggravant dans une minorité de situations.
« Il faut porter plainte avant de demander une protection. » L'ordonnance de protection peut être demandée avant, après, en parallèle ou en dehors de tout dépôt de plainte, précise le chancellerie dans la notice du formulaire Cerfa n° 15458. Le juge statue sur la vraisemblance des violences et du danger ; la culpabilité pénale relève d'une procédure distincte.
« Le devoir conjugal impose des rapports sexuels dans le mariage. » Le devoir conjugal n'existe pas en droit français, rappelle le Cn2r. Tout acte sexuel imposé sans consentement constitue une violence sexuelle, y compris commis par un conjoint ou un partenaire.
« Les enfants n'ont rien vu, donc ils vont bien. » L'exposition aux violences conjugales impacte durablement la santé physique et psychologique des enfants et leur développement, écrit la Miprof dans sa Lettre de novembre 2025. En 2024, le 3919 a identifié 21 880 enfants concernés par les situations rapportées à la ligne.
« Une main courante ne sert à rien. » Le ministère de la Justice liste les mains courantes parmi les pièces recevables à l'appui d'une requête en ordonnance de protection, au même titre que les plaintes, les procès-verbaux de renseignements judiciaires, les certificats médicaux et les témoignages. Elle ne déclenche pas de poursuites, mais elle date les faits et construit l'antériorité que le juge examine.
« Sortir des violences signifie forcément quitter le domicile. » Le juge civil attribue la jouissance du logement à la personne qui n'est pas l'auteur des violences, sauf circonstances particulières, et cette attribution vaut même lorsque la personne a déjà bénéficié d'un hébergement d'urgence. L'éloignement de l'auteur constitue la mesure de principe.
Les ressources françaises à contacter
Aucun numéro ne convient à toutes les situations. Le tableau ci-dessous répartit les points d'entrée selon ce que vous cherchez pour sortir des violences. Tous sont gratuits depuis la France.
| Numéro ou service | Pour qui | Disponibilité | Ce qu'il apporte |
|---|
| 17 ou 112 | Toute personne en danger immédiat | 24 h/24 | Intervention des forces de l'ordre |
| 114 par SMS | Personne sourde, malentendante, ou qui ne peut pas parler | 24 h/24 | Accès aux secours par écrit |
| 3919 | Victimes de violences faites aux femmes et leur entourage | 24 h/24 | Écoute, information, orientation, anonymat |
| 119 | Enfance en danger, témoins compris | 24 h/24 | Signalement et évaluation de la situation d'un mineur |
| 115 | Personne sans hébergement | 24 h/24 | Mise à l'abri d'urgence |
| 3114 | Personne avec des idées suicidaires, ou son entourage | 24 h/24 | Évaluation du risque par un professionnel de santé |
| arretonslesviolences.gouv.fr | Victimes et témoins | 24 h/24 | Signalement en ligne avec un policier ou un gendarme |
| Centre médico-psychologique | Toute personne, sans avance de frais | Horaires d'ouverture | Consultation psychiatrique et psychologique publique |
Trois remarques pratiques complètent ce tableau. Le 3919 n'apparaît pas sur les factures détaillées de téléphone, ce qui compte quand l'auteur consulte les relevés. Le 114 fonctionne par SMS et par conversation écrite, et il sert aussi bien aux personnes sourdes et malentendantes qu'à toute personne dans l'incapacité de parler. Les associations locales, réparties dans chaque département, complètent ces lignes nationales par un accompagnement de proximité, notamment pour l'accès au logement et aux droits.
Deux circuits complètent ces points d'entrée. Les unités médico-judiciaires (UMJ), implantées dans les centres hospitaliers, réalisent les examens médico-légaux et fixent l'incapacité totale de travail sur réquisition judiciaire, mais reçoivent aussi des victimes adressées par les forces de l'ordre. Le dépôt de plainte à l'hôpital, déployé dans une partie des établissements, permet de recueillir la plainte sur le lieu de soin, dispositif que la Miprof recense parmi les mesures en place. Les associations départementales spécialisées, enfin, assurent l'accompagnement dans la durée : accès aux droits, recherche de logement, aide aux démarches, groupes de parole. Elles sont le maillon qui permet de sortir des violences une fois l'urgence passée.
Pour une vue d'ensemble des réactions psychiques aux événements traumatiques, consultez notre dossier trauma et stress post-traumatique. Les personnes qui traversent un état de choc dans les heures qui suivent un épisode violent trouveront les conduites à tenir dans notre fiche sur le stress aigu et les premiers gestes.
Comment Todopsy vous aide à sortir des violences
Todopsy est une plateforme française de psychologie, gratuite à tous les niveaux et sans publicité. Trois services répondent aux besoins décrits dans ce guide.
Des contenus éducatifs en accès libre. Articles, dossiers, revues de cas et revues de littérature couvrent le champ de la psychologie, sans mur payant ni abonnement. Ce guide en fait partie, au même titre que les fiches consacrées aux violences sexuelles, conjugales et au harcèlement.
Une mise en relation avec un psychologue. Le système combine un algorithme de correspondance, une couche d'intelligence artificielle et un conseil humain, pour orienter vers un praticien dont la formation correspond à la demande, notamment en psychotraumatologie. Le service ne facture ni commission ni abonnement, et la relation thérapeutique se noue directement avec le praticien. Notre fiche sur les critères pour trouver et choisir un psychologue détaille ce que vérifier avant un premier rendez-vous.
Un outil de visioconférence offert aux praticiens. Les psychologues qui souhaitent consulter à distance disposent gratuitement de la plateforme, sans abonnement ni commission. Pour une personne éloignée de son domicile après une mise en sécurité, la consultation à distance évite de renoncer au suivi.
Si votre situation relève de l'urgence, commencez par les numéros listés plus haut, puis revenez vers les ressources de la rubrique crise, urgence et sécurité pour préparer la suite. Sortir des violences suppose un accompagnement dans la durée, et une orientation vers le bon professionnel en fait partie.
Todopsy est une initiative d'intérêt général en phase de démarrage, sans modèle commercial à ce stade : aucun abonnement, aucune commission, aucune publicité, aucun contenu réservé. Les contenus tirent leur fiabilité des sources citées et de la prudence des affirmations, non d'arguments d'autorité.
FAQ : sortir des violences, les questions les plus fréquentes
Combien de temps faut-il pour sortir des violences ?
Aucune durée type n'existe. Les intervenants sociaux décrivent un processus de plusieurs mois à plusieurs années, ponctué de retours au domicile. Sortir des violences se mesure en étapes franchies plutôt qu'en semaines écoulées. Le chancellerie qualifie lui-même l'ordonnance de protection d'outil qui accompagne « vers une sortie du parcours de violence », terme qui reconnaît la durée. Ce qui se joue vite, en revanche, est la mise en sécurité matérielle : une audience en ordonnance de protection est fixée dans les six jours suivant la requête.
Peut-on obtenir une protection sans porter plainte ?
Oui. La notice officielle du formulaire Cerfa n° 15458 précise que l'ordonnance de protection peut être demandée avant, après, en parallèle ou en dehors de tout dépôt de plainte. Le magistrat caractérise la vraisemblance des violences et d'un danger actuel, seuil différent de la preuve pénale. Mains courantes, certificats médicaux, témoignages, messages et photographies figurent parmi les pièces recevables.
Que faire si je ne peux pas parler au téléphone ?
Le 114 reçoit les demandes de secours par SMS et par conversation écrite, 24 heures sur 24. Il s'adresse aux personnes sourdes et malentendantes ainsi qu'à toute personne dans l'incapacité de parler, y compris quand l'auteur se trouve dans la même pièce. La plateforme arretonslesviolences.gouv.fr permet également un échange écrit avec un policier ou un gendarme formé, à toute heure.
Les hommes victimes ont-ils accès aux mêmes dispositifs ?
Oui. Les hommes représentent 16 % des personnes exposées à des violences entre partenaires intimes enregistrées en 2024 et 31 hommes ont été tués par leur conjoint ou conjointe cette année-là, selon la délégation du ministère de l'Intérieur. Cette ordonnance, le téléphone grave danger, le dépôt de plainte, l'hébergement d'urgence via le 115 et les dispositifs de soin sont accessibles sans condition de sexe. Le 3919 oriente également les hommes vers les structures compétentes, et les associations départementales accompagnent les démarches pour sortir des violences quel que soit le profil.
Comment sortir des violences quand on n'a aucune ressource financière ?
Plusieurs leviers existent simultanément. L'aide universelle d'urgence, versée par les caisses d'allocations familiales, apporte un soutien financier immédiat aux victimes conjugales. L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par le juge civil dans la protection civile d'urgence elle-même. L'hébergement d'urgence via le 115 et le parc dédié, passé de 5 100 à plus de 11 000 places depuis 2017, ne suppose aucune avance de frais.
Que se passe-t-il pour les enfants pendant la procédure ?
Le juge civil statue sur l'autorité parentale dans cette ordonnance. Lorsqu'il prononce une interdiction de contact avec le parent victime, le droit de visite s'exerce dans un espace de rencontre désigné ou en présence d'un tiers de confiance, sauf décision contraire. Le 119 reçoit les signalements concernant un mineur en danger à toute heure, y compris de façon anonyme.
Un auteur de violences peut-il être suivi sans décision de justice ?
Oui. Les trente centres de accompagnement des auteurs de violences conjugales accueillent des personnes orientées par une autorité judiciaire et des personnes venues spontanément. Ils ont reçu 66 694 personnes entre 2021 et fin 2024, selon l'ARSL. La démarche volontaire n'efface aucune responsabilité pénale et ne suspend aucune procédure ; elle vise à interrompre les faits et à réduire le risque de récidive.
Faut-il attendre d'être en sécurité pour commencer une psychothérapie ?
Non, mais l'objectif change. Tant que la personne vit au domicile de l'auteur, le travail porte sur la stabilisation : sommeil, gestion de l'hypervigilance, réduction de la dissociation, sécurité. Le travail sur le souvenir traumatique par thérapie cognitivo-comportementale centrée sur le traumatisme ou par EMDR intervient une fois la sécurité matérielle acquise. Un professionnel formé au psychotraumatisme pose cette distinction dès le premier entretien, car sortir des violences et traiter leurs séquelles répondent à deux temporalités.
Conclusion
Sortir des violences repose sur trois piliers qui avancent ensemble : la sécurité matérielle, la construction de la preuve et le soin des conséquences psychiques. Les chiffres français cadrent l'enjeu. 272 400 personnes personnes concernées par des violences dans le couple enregistrées en 2024, 107 femmes et 31 hommes tués par leur partenaire ou ex-partenaire, une victime sur six seulement qui dépose plainte, 100 448 appels traités par le 3919. Ces données décrivent un phénomène massif et documenté à l'échelle nationale.
Les outils existent et sont gratuits. Ce dispositif civil s'obtient sans plainte préalable, avec une audience fixée dans les six jours. Le 3919, le 115, le 119, le 114 et le 3114 fonctionnent 24 heures sur 24. Mon soutien psy finance 12 séances par an sans passage obligatoire par le médecin traitant. Les 17 centres régionaux du psychotraumatisme prennent en charge les formes complexes. Les trente centres dédiés aux auteurs accueillent aussi les démarches volontaires.
Ces démarches se mènent avec un appui extérieur. Sortir des violences commence par un appel, une consultation ou un message écrit, et se poursuit avec des professionnels dont c'est le métier. Si vous êtes en danger maintenant, composez le 17, ou le 114 par SMS. Si vous vous reconnaissez dans une partie de ce guide sans être en danger immédiat, le 3919 reste le point d'entrée le plus rapide.
À lire également :
Sources :
- Violences conjugales enregistrées par les services de sécurité, quasi-stabilisation en 2024 : ministère de l'Intérieur, SSMSI, 2025
- Les violences sexistes et sexuelles en France en 2024, Lettre n° 25 de l'Observatoire national : Miprof, novembre 2025
- Chiffres clefs 2024, les féminicides conjugaux : délégation du ministère de l'Intérieur, octobre 2025
- Notice de la requête en vue de la délivrance d'une ordonnance de protection, formulaire Cerfa n° 15458 : ministère de la Justice, 2025
- Repérage des femmes personnes exposées à des violences conjugales : Haute Autorité de Santé, 2019
- Dossier violences conjugales et psychotraumatisme : Centre national de ressources et de résilience, mars 2026
- Remboursement des séances chez le psychologue, dispositif Mon soutien psy : Assurance Maladie, 2026
- Porter plainte, procédure et délais de prescription : Service-Public.gouv.fr, 2026
- Le 3919 a pris en charge plus de 100 000 appels en 2024 : Franceinfo, données Fédération Nationale Solidarité Femmes, novembre 2025
- Près de 5 000 téléphones grave danger et 700 bracelets anti-rapprochement actifs : Franceinfo, données chancellerie, mars 2025
- Violence against women, principaux repères : Organisation mondiale de la santé, 2024
- L'action pour les victimes, hébergement et logement : Délégation interministérielle à l'hébergement et à l'accès au logement, 2025
- Santé Psy Étudiant, les rendez-vous psy gratuits : ministère de l'Enseignement supérieur, 2026
- Étude nationale sur les morts violentes au sein du couple en 2024 : Délégation aux victimes, ministère de l'Intérieur, 2025
- Arrêtons les violences, plateforme d'information et de signalement : Gouvernement français, 2026
- Violences conjugales et psychotraumatisme : Centre national de ressources et de résilience, 2026
- Repérage des femmes victimes de violences au sein du couple, recommandations : Haute Autorité de Santé, 2019
- Les méthodes thérapeutiques du psychotraumatisme : Centre régional du psychotraumatisme Grand Est, 2025
- Repérage des femmes victimes de violences au sein du couple, fiche ressource : Centre Hubertine Auclert, 2020
- En France, les centres de suivi des auteurs de violences conjugales font le plein : La Gazette France, données ARSL relayées par l'Agence France-Presse, 2025