D'où vient l'approche systémique : Palo Alto, Milan, Philadelphie
L'histoire commence en 1952, quand l'anthropologue britannique Gregory Bateson obtient de la fondation Rockefeller une bourse de 30 000 dollars sur deux ans pour étudier, à l'hôpital des anciens combattants de Palo Alto, les problèmes situés à la frontière de l'anthropologie, de la psychiatrie et de la cybernétique. En 1953, il réunit autour de lui Jay Haley, John Weakland, William Fry et le psychiatre Don Jackson. Ce groupe restreint invente en quelques années le vocabulaire dont se sert encore la thérapie systémique aujourd'hui.
Leur article de 1956, Toward a Theory of Schizophrenia, introduit la double contrainte : une situation où une personne reçoit deux injonctions contradictoires dont elle ne peut ni satisfaire les deux, ni commenter la contradiction, ni quitter la relation. La mère qui reproche à son enfant de ne pas être affectueux tout en se raidissant quand il l'approche en offre l'exemple canonique. L'hypothèse étiologique appliquée à la schizophrénie a depuis été abandonnée par la recherche, et il faut le dire clairement : aucune donnée contemporaine ne soutient l'idée qu'une famille rende schizophrène. Le concept a survécu dans la clinique comme description d'un mode de communication paradoxale. Son statut d'explication causale, lui, a été abandonné dès les années 1970.
En octobre 1958, Don Jackson fonde à Palo Alto le Mental Research Institute (MRI), structure qui formalise la thérapie brève. Paul Watzlawick y rejoint l'équipe et publie les travaux qui ont fait connaître l'école en Europe francophone. Le modèle du MRI tient en une méthode : identifier ce que les protagonistes ont déjà essayé pour résoudre le problème, constater que ces tentatives de solution l'entretiennent, puis prescrire un comportement qui interrompt la séquence.
Les quatre écoles historiques et ce qui les distingue
| École | Fondateurs et période | Levier thérapeutique principal | Indications de prédilection |
|---|
| Palo Alto, thérapie brève | Gregory Bateson (1952), Don Jackson, Paul Watzlawick, Mental Research Institute (1958) | Interruption des tentatives de solution qui entretiennent le problème | Symptômes installés, conflits de couple, phobies scolaires |
| Structurale | Salvador Minuchin, Philadelphia Child Guidance Clinic, années 1960 et 1970 | Redéfinition des frontières entre sous-systèmes et des alliances internes | Familles enchevêtrées, troubles psychosomatiques de l'enfant, troubles du comportement |
| Milan | Mara Selvini Palazzoli, Luigi Boscolo, Gianfranco Cecchin, Giuliana Prata (Centre d'études de la famille, 1971) | Questionnement circulaire, hypothétisation, neutralité, connotation positive | Situations bloquées de longue date, troubles alimentaires, familles très conflictuelles |
| Stratégique | Jay Haley, à partir des années 1970 | Prescription de tâches ciblées entre les séances | Troubles du comportement, symptômes à fonction relationnelle marquée |
Salvador Minuchin, psychiatre argentin installé à Philadelphie, déplace l'attention vers l'organisation interne de la famille. Sa thérapie structurale, élaborée dans les années 1960 et 1970, s'intéresse aux frontières entre les sous-systèmes : le sous-système parental, le sous-système fraternel, le sous-système conjugal. Une frontière trop poreuse produit une famille enchevêtrée où personne ne dispose d'espace propre ; une frontière trop rigide produit une famille désengagée où personne ne se soutient. La séance sert à faire bouger ces frontières en direct, en réorganisant qui parle à qui.
En 1971, la psychiatre italienne Mara Selvini Palazzoli fonde à Milan le Centre d'études de la famille avec Luigi Boscolo, Gianfranco Cecchin et Giuliana Prata. L'école de Milan apporte deux outils toujours enseignés. Le questionnement circulaire consiste à interroger un membre de la famille sur la relation qu'il observe entre deux autres, ce qui fait circuler l'information et sort chacun de son point de vue figé. La connotation positive consiste à reformuler le symptôme comme une tentative de protection du groupe, ce qui désarme la recherche du coupable.
Ces quatre courants de thérapie systémique ne se sont pas remplacés les uns les autres. La pratique française contemporaine de la thérapie systémique les combine : un praticien formé en thérapie systémique emprunte au MRI sa lecture des tentatives de solution, à Minuchin son attention aux frontières, à Milan son questionnement. Les écoles anglo-saxonnes ont ensuite produit des protocoles manualisés, dont le traitement familial de l'anorexie développé à l'hôpital Maudsley de Londres, aujourd'hui le plus étayé de tous.
Repères pour reconnaître une situation qui relève du relationnel
Une difficulté relève d'une lecture relationnelle quand elle se répète selon le même scénario, quand elle change d'intensité selon les personnes présentes, et quand chaque protagoniste décrit la même scène en désignant l'autre comme point de départ. Ces trois indices sont les plus discriminants en thérapie systémique, et ils s'observent sans formation particulière.
Le premier indice est la répétition à l'identique. Une dispute conjugale sur les tâches ménagères qui se rejoue mot pour mot tous les dix jours depuis quatre ans ne porte plus sur les tâches ménagères. Le second indice est la variabilité contextuelle : un enfant décrit comme opposant à la maison et signalé comme coopératif par son enseignant ne présente pas un trouble stable de la personnalité, il occupe une position dans un contexte donné. Le troisième indice est la circularité des attributions : chacun situe l'origine du problème dans le comportement de l'autre, et les deux récits sont sincères.
Douze situations où la thérapie systémique apporte quelque chose
- Conflits conjugaux répétitifs. Les mêmes reproches reviennent sans que la discussion aboutisse, et les épisodes de réconciliation ne modifient pas la séquence.
- Refus scolaire anxieux. L'enfant reste à la maison ; le climat familial s'organise autour de la question du départ le matin.
- Troubles du comportement alimentaire de l'adolescent. Les repas deviennent le lieu central de la relation, ce qui justifie l'inclusion des parents dans le soin.
- Séparation et coparentalité conflictuelle. Les enfants circulent entre deux foyers en portant les messages que les adultes ne s'adressent plus.
- Recomposition familiale. Les places de chacun se renégocient, et les règles héritées de deux histoires différentes entrent en concurrence.
- Maladie chronique ou handicap d'un membre. L'organisation entière se réorganise autour du soin, souvent au détriment du couple parental.
- Deuil qui ne se dit pas. Un décès non parlé se transmet en consignes implicites sur ce dont on ne parle pas.
- Addiction dans la famille. L'entourage adopte des conduites de protection qui, mesurées dans le temps, entretiennent la consommation.
- Conflit intergénérationnel. Les grands-parents interviennent dans l'éducation, et la frontière du sous-système parental devient poreuse.
- Jeune adulte qui ne parvient pas à quitter le domicile. L'autonomisation touche l'équilibre du couple parental autant que le jeune lui-même.
- Enfant pris dans un conflit de loyauté. Il ajuste son discours selon le parent présent et développe des symptômes de tension.
- Souffrance au travail avec retentissement familial. L'épuisement professionnel se rejoue dans les échanges du soir et modifie l'équilibre domestique.
Cette liste ne remplace aucune évaluation clinique. Elle sert à repérer les situations où une thérapie systémique produit une information que l'entretien individuel ne dégage pas.
Quand la lecture relationnelle ne suffit pas
Un trouble psychiatrique caractérisé exige un diagnostic médical et un traitement propre. Un épisode dépressif caractérisé, un trouble bipolaire, un trouble psychotique, un trouble anxieux sévère relèvent d'abord d'une évaluation par un médecin. La thérapie systémique intervient alors en complément, pour soutenir l'entourage et réduire les tensions qui aggravent le pronostic, sans se substituer au soin principal. L'Assurance Maladie précise dans son dossier de janvier 2026 que le médecin ou la sage-femme qui oriente vers un psychologue conserve la responsabilité d'identifier « les situations d'urgence (risque suicidaire ou autres situations critiques) ».
Causes et facteurs de risque : ce que montrent les données françaises
Les modèles contemporains, y compris chez les praticiens de thérapie systémique, décrivent une interaction entre vulnérabilités individuelles, événements de vie et environnement relationnel. Le contexte familial agit comme facteur de maintien et comme ressource de rétablissement, deux rôles mesurables, plutôt que comme cause première.
Les données de prévalence donnent l'ordre de grandeur du terrain. Le Baromètre de Santé publique France, publié dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire du 22 juillet 2025, estime que 12,5 % des personnes de 18 à 85 ans présentaient un état anxieux en 2021, avec un écart marqué entre les femmes (18,2 %) et les hommes (6,4 %). L'étude, menée auprès de 4 829 personnes, relève également que la prévalence des épisodes dépressifs caractérisés a progressé de 3,5 points chez les 18-75 ans entre 2017 et 2021, et de 9 points chez les 18-24 ans. Ces chiffres décrivent une population de couples et de familles dans lesquels au moins une personne traverse une période de souffrance psychique.
Les facteurs relationnels documentés
Trois facteurs relationnels ressortent de la littérature d'évaluation : l'émotion exprimée, la rigidité des règles familiales et l'exposition aux conflits chroniques.
L'émotion exprimée mesure la manière dont un ou plusieurs membres d'une famille s'adressent en termes critiques, ou en montrant des signes de surimplication émotionnelle, à un proche souffrant d'un syndrome psychiatrique. La revue Thérapie Familiale rappelle en 2009 que « de nombreuses études ont montré une fréquence de rechutes plus élevée lorsque ces critiques étaient trop intenses ». Ce résultat, obtenu principalement sur la schizophrénie, fonde les interventions familiales psychoéducatives proposées aujourd'hui dans les services de psychiatrie française.
La rigidité des règles constitue le deuxième facteur. Une famille qui traverse une transition, arrivée d'un enfant, adolescence, départ du domicile, séparation, maladie, doit renégocier ses règles de fonctionnement. Quand cette renégociation n'a pas lieu, le symptôme d'un membre signale la transition bloquée. L'expertise collective de l'Inserm consacrée aux psychothérapies, publiée en 2004 à la demande de la Direction générale de la santé, décrit l'alliance en thérapie familiale comme reposant « sur le respect des styles d'interaction, des systèmes de valeurs et de croyances, des formes de savoir et de savoir-faire de la famille, ainsi que sur l'élaboration d'hypothèses modifiables en fonction des expériences partagées ».
Le troisième facteur est l'exposition prolongée des enfants aux conflits d'adultes. Les données du Service national d'accueil téléphonique de l'enfance en danger, qui gère le 119, montrent que les violences psychologiques ont été citées dans 44 % des 40 709 sollicitations traitées en 2024, devant les négligences (37 %) et les violences physiques (34 %). Le même rapport recense 49 363 enfants en danger ou en risque de l'être, en hausse de 13 % sur un an. Ces situations sortent du champ de la thérapie et relèvent de la protection de l'enfance, décrite plus loin dans ce guide.
Ce que la recherche ne soutient pas
Trois idées circulent encore et méritent d'être écartées explicitement. La famille ne cause pas la schizophrénie : l'hypothèse de la double contrainte comme mécanisme étiologique a été abandonnée par la recherche dès les années 1970. La mère n'est pas responsable de l'autisme de son enfant : les troubles du neurodéveloppement ont une base neurobiologique documentée, et les approches accusatoires ont été écartées des recommandations françaises. Enfin, une thérapie systémique ne se conclut pas par la désignation d'un coupable, puisque la méthode décrit des enchaînements observables sans en attribuer l'origine à une personne.
Comment se déroule une thérapie systémique, séance par séance
Un suivi en thérapie systémique se structure en trois temps : une phase d'évaluation de une à trois séances, une phase de travail de huit à quinze séances, une phase de consolidation de deux à trois séances espacées. La durée totale se situe entre 10 et 20 rendez-vous dans la pratique française courante, pour des séances de 60 à 90 minutes, plus longues que les 45 minutes standard d'un entretien individuel parce que plusieurs personnes prennent la parole.
Les sept étapes d'un suivi en thérapie systémique
- Le premier contact téléphonique. Le praticien demande qui souffre, qui s'inquiète, qui a pris le rendez-vous, et propose la composition de la première séance. Cette question de composition est déjà une intervention : inviter le père absent des consultations précédentes change la donne avant même la rencontre.
- L'entretien d'évaluation. Chacun expose sa version. Le thérapeute note les séquences répétées, les alliances, les sujets évités, et formule une première hypothèse de travail qu'il annonce comme provisoire.
- Le génogramme. Le génogramme est un arbre généalogique clinique sur trois générations qui reporte les naissances, décès, séparations, ruptures de lien, maladies et métiers. Sa construction en séance dure 30 à 60 minutes et fait apparaître des répétitions transgénérationnelles que les familles n'avaient pas reliées entre elles.
- Le questionnement circulaire. Le thérapeute interroge chacun sur la relation entre deux autres : « quand votre mère insiste, que fait votre frère ? ». L'information circule au lieu de s'accumuler dans un seul récit.
- Le recadrage. Le recadrage consiste à proposer une autre lecture du même comportement, sans contester les faits. Le contrôle exercé par un parent se relit comme une inquiétude qui n'a pas trouvé d'autre expression, ce qui rouvre la discussion.
- Les tâches entre les séances. Le praticien prescrit une expérience concrète et limitée : inverser deux rôles pendant une semaine, ne rien changer et observer, écrire séparément puis échanger. La prescription paradoxale, héritée de l'école de Milan, demande de maintenir volontairement le symptôme pour rendre visible ce qui le commande.
- La clôture et le suivi. Le thérapeute reprend avec la famille les changements observés, nomme les acquis, et fixe une ou deux séances de contrôle à trois et six mois.
À quoi ressemble concrètement une séance de thérapie systémique
Les places sont libres, et le praticien observe qui s'assoit près de qui. Il s'adresse successivement à chaque personne présente, y compris aux enfants dès l'âge de cinq ou six ans, avec des questions adaptées. Il évite de laisser un adulte parler à la place d'un autre. Les silences ne sont pas comblés, ils sont commentés.
Certaines équipes travaillent en co-thérapie, deux praticiens dans la pièce, ou avec un miroir sans tain derrière lequel une équipe supervise et transmet des messages. Ce dispositif, hérité de Milan, reste en usage dans les services hospitaliers universitaires et dans les instituts de formation. En cabinet libéral, la séance se déroule le plus souvent avec un seul thérapeute.
La sculpture familiale fait partie des outils non verbaux les plus utilisés : un membre place physiquement les autres dans l'espace de la pièce, selon les distances et les postures qui traduisent sa perception des liens. L'exercice dure 15 à 20 minutes et produit, chez les familles peu à l'aise avec la parole, une information que trois séances d'entretien n'auraient pas dégagée.
Combien de temps avant les premiers effets d'une thérapie systémique
Les protocoles brefs issus du Mental Research Institute fixent une limite de 10 séances et évaluent le résultat sur le comportement cible, pas sur le ressenti global. Les modèles familiaux plus intensifs, comme le traitement familial de l'anorexie formalisé à l'hôpital Maudsley de Londres, s'étalent sur plusieurs mois et débutent par une première phase d'environ dix séances centrée sur la reprise de poids, pendant laquelle les parents assument temporairement le contrôle de l'alimentation. Dans les deux cas, l'absence de tout changement observable après cinq à six séances constitue un signal d'alerte qui justifie de rediscuter l'indication avec le praticien.

Indications validées et niveaux de preuve
La question de l'efficacité de la thérapie systémique se traite avec des chiffres. La taille d'effet, notée d, mesure l'écart entre un groupe traité et un groupe témoin, exprimé en écarts-types. L'expertise collective de l'Inserm de 2004 rappelle la grille de lecture standard : « Entre 0,20 et 0,50, une taille d'effet est considérée comme petite, elle est moyenne entre 0,50 et 0,80 et grande au-delà de 0,80. »
La référence méthodologique reste la méta-analyse dirigée par William Shadish en 1995, dont le psychologue Stéphan Hendrick, docteur en psychologie et psychothérapeute familial à l'Université de Mons-Hainaut, a publié l'analyse détaillée dans la revue Thérapie Familiale en 2009. Elle porte sur 163 études contrôlées, dont 62 sur les thérapies de couple et 101 sur les thérapies familiales. Stéphan Hendrick y résume l'état des connaissances en une phrase : « Si l'on considère la thérapie familiale, tous courants confondus, l'examen de la littérature indique assez clairement que celle-ci est efficace. »
Les tailles d'effet mesurées, problème par problème
| Problème traité | Taille d'effet mesurée | Nombre d'études | Lecture |
|---|
| Toutes thérapies familiales et de couple contre groupe témoin | d = 0,51 | 71 | Effet moyen |
| Thérapies de couple | d = 0,60 | 27 | Effet moyen |
| Insatisfaction conjugale | d = 0,71 | 16 | Effet moyen élevé |
| Communication dans le couple | d = 0,52 | 7 | Effet moyen |
| Thérapies familiales | d = 0,47 | 44 | Effet petit à moyen |
| Agressivité chez l'enfant | d = 0,61 | 5 | Effet moyen |
| Problèmes familiaux globaux | d = 0,60 | 4 | Effet moyen |
| Troubles du comportement chez l'enfant | d = 0,53 | 18 | Effet moyen |
Source : Shadish et coll. (1995), repris par Stéphan Hendrick, Thérapie Familiale, 2009.
Trois enseignements se dégagent de ce tableau. D'abord, l'effet global de 0,51 dépasse celui observé dans beaucoup d'essais pharmacologiques, comme le note l'auteur. Ensuite, les thérapies de couple obtiennent des résultats plus élevés que les thérapies familiales, ce que Stéphan Hendrick attribue à l'étendue plus large et à la gravité plus forte des problèmes traités en thérapie familiale. Enfin, la comparaison directe avec les psychothérapies individuelles, menée sur 23 études, donne un écart de d = -0,05, statistiquement non significatif.
Ce dernier point mérite attention. Sur les 105 comparaisons entre modèles recensées, 81 % ne montrent aucune différence significative. La seule variable qui produit un écart mesurable est l'usage d'un manuel de traitement ou de formation, autrement dit la rigueur du protocole plutôt que l'orientation théorique du thérapeute. Choisir entre une thérapie systémique et une thérapie cognitivo-comportementale se joue donc moins sur un classement d'efficacité que sur l'adéquation entre la demande, le format et le praticien.
Les indications reconnues en thérapie systémique par les autorités françaises
La Haute Autorité de santé recommande l'approche familiale dans ses recommandations de bonne pratique sur l'anorexie mentale, publiées en juin 2010 et élaborées avec l'AFDAS-TCA, la Fédération française de psychiatrie et l'unité 669 de l'Inserm. Le texte consacre une partie entière de la prise en charge psychologique à la place de la famille et de l'entourage, et classe la recommandation d'approche familiale chez l'enfant et l'adolescent en grade B. Ce grade correspond, selon la grille de la HAS, à « une présomption scientifique fournie par des études de niveau intermédiaire de preuve ». Les modalités vont des entretiens familiaux réguliers à la thérapie familiale proprement dite ou aux groupes de parents, avec une intensité ajustée à l'âge et au fonctionnement de la famille.
L'expertise collective de l'Inserm de 2004, sollicitée par la Direction générale de la santé aux côtés de l'Unafam et de la Fnap-psy, a retenu l'approche familiale et de couple comme l'une des trois grandes orientations évaluables, aux côtés de l'approche psychodynamique et de l'approche cognitivo-comportementale. Le rapport a mobilisé environ 1 000 articles et documents.
Au-delà de ces deux textes, les indications les mieux étayées en thérapie systémique en 2026 sont les troubles du comportement alimentaire de l'adolescent, les troubles des conduites de l'enfant, les interventions familiales psychoéducatives dans la schizophrénie, la détresse conjugale et les conflits de coparentalité après séparation. Pour les troubles de l'humeur et les troubles anxieux de l'adulte, l'approche systémique se positionne en complément d'une prise en charge individuelle validée, comme la thérapie d'acceptation et d'engagement ou les protocoles trauma-spécifiques décrits dans le guide EMDR et approches trauma-spécifiques.
Thérapie systémique ou suivi individuel : sur quels critères trancher
Le choix entre une thérapie systémique et un suivi individuel se joue sur quatre critères observables : la nature de la demande, la disponibilité des proches, le degré de sécurité relationnelle et le temps disponible. Ces quatre critères s'instruisent sans connaissance clinique préalable, et un premier entretien suffit à les documenter.
La nature de la demande vient en premier. Une souffrance décrite comme intérieure, un trauma personnel, une histoire ancienne qui remonte, orientent vers un travail individuel. Une plainte formulée à propos d'un lien, « on n'arrive plus à se parler », « il s'oppose à tout ce que je dis », oriente vers la thérapie systémique. La formulation spontanée de la demande, celle qui sort au téléphone avant toute reformulation, constitue le meilleur indicateur disponible.
La disponibilité des proches vient ensuite. Une thérapie de couple sans le conjoint et une thérapie familiale sans les parents ne se pratiquent pas. Quand l'entourage refuse durablement de venir, le travail se poursuit avec la personne présente, en gardant la lecture relationnelle. Cette variante, appelée intervention systémique individuelle, est enseignée dans les instituts français de formation.
Comparer les deux formats sur des critères concrets
| Critère | Thérapie systémique | Psychothérapie individuelle |
|---|
| Personnes en séance | 2 à 6 membres du même système | Une personne |
| Durée d'une séance | 60 à 90 minutes | 45 à 50 minutes |
| Fréquence | Toutes les 2 à 4 semaines | Hebdomadaire ou bimensuelle |
| Nombre de séances usuel | 10 à 20 | 15 à plus de 100 selon l'orientation |
| Objet du travail | Séquences d'interaction et règles du groupe | Vécu, cognitions, histoire personnelle |
| Coût moyen en libéral | 70 à 130 € la séance | 50 à 90 € la séance |
| Prise en charge Mon soutien psy | Non prévue pour le format familial | 12 séances par an à 50 € |
| Taille d'effet mesurée | d = 0,51 (Shadish, 1995) | Écart non significatif avec le format familial |
Les tarifs libéraux indiqués correspondent aux fourchettes constatées en France ; aucun barème public ne consolide les honoraires des psychologues, dont les tarifs sont libres hors dispositif conventionné. Le tarif conventionné de 50 € la séance, fixé par l'Assurance Maladie, sert de repère bas pour un entretien individuel.
Le troisième critère est la sécurité relationnelle, développé plus loin dans la section consacrée aux contre-indications. Le quatrième est le temps disponible : un format systémique en 12 séances sur six mois se combine mieux avec des contraintes professionnelles fortes qu'un suivi hebdomadaire de deux ans. La psychanalyse et les psychothérapies psychodynamiques répondent à une temporalité différente, adaptée à d'autres demandes.
Combiner les deux, une pratique courante
Les deux formats se combinent fréquemment dans les parcours réels. Un adolescent suivi individuellement pour un trouble anxieux bénéficie en parallèle d'entretiens familiaux ; un adulte engagé dans un travail sur ses schémas relationnels, décrit dans le guide sur la thérapie des schémas, entame une thérapie de couple quand la relation devient le terrain d'application. La règle pratique consiste à éviter que deux thérapeutes travaillent sur le même objet sans se connaître, ce qui suppose l'accord du patient pour un échange entre professionnels.
Le parcours de soin en France : médecin traitant, Mon soutien psy, CMP
Le parcours français comporte quatre portes d'entrée : le médecin traitant, le dispositif Mon soutien psy, le centre médico-psychologique, et le secteur libéral direct. Chacune répond à une situation différente, et leurs délais varient dans un rapport de un à dix.
Le médecin traitant, porte d'entrée recommandée
Le médecin généraliste évalue la situation, écarte une cause somatique, repère l'urgence et oriente. L'Assurance Maladie souligne l'avantage de ce passage : ce professionnel « peut identifier les situations d'urgence (risque suicidaire ou autres situations critiques) et orienter vers un accompagnement adapté ». Pour une demande familiale, il rédige un courrier d'orientation vers un psychologue ou vers le centre médico-psychologique du secteur.
Mon soutien psy : ce que le dispositif couvre et ce qu'il ne couvre pas
Mon soutien psy est le dispositif de l'Assurance Maladie qui rembourse des séances d'accompagnement psychologique chez un psychologue conventionné. Depuis 2025, le dispositif ouvre droit à 12 séances par année civile, contre 8 auparavant, au tarif de 50 € la séance, contre 30 € auparavant. La prise en charge s'élève à 60 % par l'Assurance Maladie, le solde étant couvert par une complémentaire santé responsable. Le dispositif s'adresse à toute personne à partir de 3 ans présentant des troubles psychiques d'intensité légère à modérée, sans prescription médicale obligatoire depuis la réforme de 2025.
Les chiffres publiés par l'Assurance Maladie en janvier 2026 donnent la mesure du déploiement : près de 760 000 personnes y ont eu recours depuis la création du dispositif en 2022, et plus de 6 200 psychologues le proposent. Le profil des bénéficiaires est marqué : 70 % de femmes, et 49 % de personnes de moins de 35 ans alors que cette tranche représente 38 % de la population française.
Le point à connaître avant de compter dessus pour une démarche familiale : le dispositif finance des séances individuelles d'accompagnement psychologique. Le format conjoint d'une thérapie systémique familiale ou conjugale ne relève pas de son périmètre. Le parcours réaliste consiste à utiliser l'entretien d'évaluation et les séances de suivi pour la personne la plus en difficulté, puis à engager le travail familial en libéral ou en structure publique.
Le centre médico-psychologique, gratuit mais long
Le centre médico-psychologique (CMP) est une unité de consultation publique rattachée à un hôpital, entièrement gratuite, organisée par secteur géographique. Les CMP de psychiatrie infanto-juvénile accueillent les moins de 16 ans, les CMP adultes prennent le relais ensuite. Beaucoup d'équipes disposent de praticiens formés en thérapie systémique et proposent des entretiens familiaux.
Le délai reste l'obstacle principal. L'enquête ES-Handicap de la DREES, publiée en mars 2025, mesure pour les centres médico-psycho-pédagogiques (CMPP) un délai moyen de 6,1 mois avant la première consultation en 2022, contre 2,6 mois en 2010, suivi de cinq mois supplémentaires avant le début effectif de la prise en charge. Fin 2022, 21 % des enfants reçus en CMPP restaient en attente de suivi. La France comptait alors 475 CMPP et 347 CAMSP en activité, qui ont accompagné 232 000 enfants dans l'année.
Le secteur libéral, rapide et à votre charge
En cabinet libéral, le délai se compte en jours ou en semaines. Le coût d'une séance de thérapie systémique se situe entre 70 et 130 € selon la région et la durée, sans remboursement par l'Assurance Maladie hors dispositif conventionné. Certaines complémentaires santé prévoient un forfait annuel de 100 à 400 € pour des séances de psychologue ; la vérification se fait sur le tableau de garanties du contrat.
La DREES dénombrait 77 000 psychologues actifs occupés au 1er janvier 2024, à partir du répertoire ADELI et sur le périmètre des professionnels de moins de 62 ans. Ces professionnels relèvent désormais du RPPS (Répertoire partagé des professionnels de santé) : les dernières professions enregistrées dans ADELI y ont basculé en octobre 2024, et ADELI est décommissionné. Le titre de psychologue est protégé : il suppose une licence de psychologie et un master mention psychologie comportant un mémoire de recherche et un stage professionnel, ainsi qu'une inscription auprès de l'agence régionale de santé.
Vérifier la formation en thérapie systémique du praticien
Le titre de psychologue ne garantit pas la formation en thérapie systémique, qui relève d'un cursus complémentaire. Les instituts français de référence délivrent des cursus longs. L'IFATC, organisme certifié Qualiopi installé à Lyon, structure sa formation à la thérapie familiale systémique sur quatre années et 104 jours, pour un coût total de 13 880 € en 2027. D'autres organismes, dont le COPES et les CEMÉA, proposent des cursus comparables étalés sur plusieurs années. Trois questions suffisent à instruire le sujet lors du premier contact : quel institut a délivré la formation, sur combien d'années, et la pratique est-elle supervisée aujourd'hui.
La place des proches, sans endosser le rôle de soignant
Participer à une thérapie systémique place les proches dans une position inhabituelle : ils sont partie prenante du travail sans devenir thérapeutes. Cette distinction structure tout le dispositif, et elle protège autant la famille que la personne qui souffre.
Ce qui est attendu d'un proche en thérapie systémique tient en quatre gestes. Venir, d'abord, y compris quand la demande émane d'un autre. Décrire ce qu'il observe, en faits datés plutôt qu'en interprétations sur les intentions. Accepter d'entendre une version différente de la sienne sans la corriger immédiatement. Essayer entre deux séances la tâche proposée, même quand elle semble contre-intuitive.
Ce qui n'est pas attendu compte tout autant. Surveiller les symptômes d'un proche, administrer un protocole à domicile, se substituer au professionnel, ou porter seul la responsabilité du rétablissement : ces quatre positions produisent un épuisement documenté chez les aidants et aggravent la tension relationnelle que la thérapie systémique cherche précisément à réduire.
Le cas particulier des enfants en séance
Les enfants participent aux entretiens familiaux dès cinq ou six ans, avec des supports adaptés : dessin, jeu, sculpture familiale. Trois règles encadrent leur présence. Un enfant n'arbitre pas un conflit d'adultes. Aucune information sur la vie conjugale de ses parents ne lui est transmise. Le praticien annonce en début de séance qu'il garde la possibilité de quitter la pièce.
Quand la séparation parentale est conflictuelle, la médiation familiale constitue un dispositif distinct de la thérapie systémique, centré sur l'organisation concrète de la coparentalité. Les caisses d'allocations familiales financent les services conventionnés, et la participation demandée aux personnes suit un barème national progressif indexé sur les revenus. La CAF définit le public concerné comme « les couples mariés ou non, séparés, divorcés ou en instance de divorce, aux familles recomposées et pacsées ». Ce dispositif traite les accords pratiques ; la thérapie systémique traite les règles relationnelles qui les rendent impossibles.
Quand un proche refuse de venir
Le refus d'un membre est fréquent et se travaille. Trois options existent. La première consiste à commencer sans lui et à laisser la place vide se commenter en séance. La deuxième consiste à lui adresser une invitation écrite du thérapeute, formulée comme une demande d'information plutôt que comme une convocation. La troisième consiste à engager une intervention systémique individuelle, où la personne présente modifie sa propre part de la séquence. Le modèle du Mental Research Institute établit qu'un changement introduit par un seul membre suffit à déplacer l'équilibre, puisque la boucle relie tous les participants.
Signaux d'urgence et situations où la thérapie de couple est contre-indiquée
Certaines situations excluent le format conjoint d'une thérapie systémique. Réunir les protagonistes en séance expose la personne la plus vulnérable, et le risque encouru dépasse le bénéfice thérapeutique attendu. Cette section liste les repères et les numéros à composer.
Les violences au sein du couple
Le site gouvernemental arretonslesviolences.gouv.fr pose la distinction déterminante : « Dans les disputes ou conflits conjugaux, deux points de vue s'opposent dans un rapport d'égalité. La négociation est possible. Dans les violences, l'agresseur installe un rapport de domination et prend le pouvoir sur la victime. » Une thérapie de couple suppose deux positions négociables. Un rapport de domination rend cette condition caduque, et la séance conjointe devient un lieu de mise en danger.
Le législateur a tiré cette conséquence pour un dispositif voisin. La loi du 30 juillet 2020 visant à protéger les victimes de violences conjugales interdit au juge de proposer une médiation familiale ou d'enjoindre aux parties de rencontrer un médiateur, en matière de divorce contentieux comme d'exercice de l'autorité parentale, dès lors que des violences sont alléguées par l'un des époux contre l'autre ou contre l'enfant, ou en cas d'emprise manifeste constatée par le juge. Le rapport du Sénat sur ce texte, déposé le 3 juin 2020, cite la sénatrice Brigitte Gonthier-Maurin, alors présidente de la délégation aux droits des femmes, pour qui la médiation est « particulièrement inappropriée dans les situations de violences conjugales, car elle revient à mettre face à face, dans une situation faussement égalitaire, l'auteur des violences et la victime, au risque de contribuer au renforcement des phénomènes d'emprise ». Le même texte exclut la médiation pénale pour les violences au sein du couple. Le rapport précise en revanche que cette interdiction ne prive pas un couple en conflit d'une médiation conjugale engagée hors du cadre judiciaire.
Les formes de violence que le site gouvernemental recense dépassent le registre physique : violences verbales, psychologiques, sexuelles, médicales, matérielles, économiques, administratives, numériques, et violences portant sur la parentalité. Le contrôle des moyens de paiement, la géolocalisation du téléphone, la confiscation des papiers d'identité relèvent de cette liste.
En cas de violences, l'orientation relève des dispositifs de protection. Le 3919 Violences Femmes Info est anonyme et gratuit, accessible depuis un poste fixe ou mobile en métropole et dans les départements et régions d'outre-mer ; il n'a pas le statut de numéro d'urgence. Le juge aux affaires familiales délivre une ordonnance de protection dans un délai de six jours à compter de la date de fixation de l'audience, sans dépôt de plainte préalable, pour une durée initiale de 12 mois. Une ordonnance provisoire de protection immédiate est rendue sans audience dans un délai de 24 heures en cas de danger grave et immédiat vraisemblable.
Les numéros à composer selon la situation
| Situation | Numéro ou service | Disponibilité |
|---|
| Idées suicidaires, détresse psychique aiguë | 3114, numéro national de prévention du suicide | 24h/24, 7j/7, gratuit et confidentiel |
| Urgence vitale, état médical critique | 15 (SAMU) ou 112 (urgences européennes) | 24h/24, 7j/7 |
| Danger pour un enfant | 119, Allo enfance en danger | 24h/24, 7j/7, gratuit |
| Violences au sein du couple | 3919, Violences Femmes Info | Écoute et orientation, gratuit et anonyme |
| Urgence face à des violences | 17 (police et gendarmerie), 114 pour les personnes sourdes ou malentendantes | 24h/24, 7j/7 |
| Harcèlement et cyberharcèlement d'un mineur | 3018, association e-Enfance | 7j/7, gratuit |
Le 3114, numéro national de prévention du suicide, met en relation avec des professionnels de santé formés à la crise suicidaire. Le 119, géré par le Service national d'accueil téléphonique de l'enfance en danger, a traité 40 709 sollicitations en 2024, dont 34 154 appels, 3 326 formulaires en ligne et 3 229 échanges par tchat. Le 3018, géré par l'association e-Enfance, est devenu au 1er janvier 2024 le numéro national unique pour le harcèlement et le cyberharcèlement entre élèves ; son équipe d'écoutants réunit psychologues, juristes, travailleurs sociaux et éducateurs spécialisés.
Les autres contre-indications au format conjoint
Quatre situations supplémentaires écartent la séance commune, au moins temporairement. Un trouble psychiatrique en phase aiguë chez un participant impose de stabiliser l'état avant tout travail relationnel. Une addiction active non prise en charge rend les séances imprévisibles et justifie une orientation préalable vers un dispositif spécialisé. Une procédure judiciaire en cours entre les participants transforme la séance en lieu de constitution de preuves. Enfin, un abus sexuel intrafamilial relève du signalement et de la protection de l'enfance.
Ces contre-indications sont temporaires dans la plupart des cas. Elles définissent un ordre des priorités plutôt qu'une exclusion définitive de la thérapie systémique.
Trois situations types traitées en thérapie systémique
Les trois scénarios ci-dessous sont des reconstitutions éducatives, construites à partir des indications documentées et des tarifs publics constatés en France. Ils ne décrivent aucune personne réelle et servent à rendre lisible ce que produit concrètement un suivi.
Situation 1. Adolescente de 15 ans, anorexie mentale débutante, diagnostic posé depuis quatre mois, Indice de masse corporelle à 15,8. L'indication suit les recommandations de la Haute Autorité de santé de juin 2010, qui placent l'approche familiale en grade B chez l'adolescent. Le protocole engage les deux parents dans la reprise des repas pendant une première phase d'environ dix séances, suivie d'une restitution progressive de l'autonomie alimentaire. Durée du suivi : 18 séances sur 11 mois, en articulation avec un suivi somatique mensuel. Coût en centre médico-psychologique infanto-juvénile : nul. Coût du même suivi en libéral, à 100 € la séance : 1 800 €.
Situation 2. Couple de 42 et 45 ans, deux enfants, disputes répétitives sur la répartition des tâches depuis trois ans, sans violence. L'évaluation identifie une séquence stable : reproche, retrait, escalade du reproche. Le travail porte sur l'interruption de cette boucle, avec des tâches d'observation entre les séances. Durée : 12 séances de 75 minutes sur sept mois. Coût en libéral, à 90 € la séance : 1 080 €. La taille d'effet attendue sur l'insatisfaction conjugale, d'après les données Shadish reprises en 2009, s'établit à 0,71, la plus élevée de toutes les indications mesurées.
Situation 3. Famille recomposée, garçon de 11 ans en refus scolaire anxieux depuis la rentrée, deux fratries réunies depuis 14 mois. Le génogramme fait apparaître une règle implicite héritée du foyer d'origine sur l'expression des désaccords. Le travail associe l'enfant, sa mère, le beau-père et, sur deux séances, le père. Durée : 14 séances sur neuf mois. Le retour en classe intervient à la septième séance. Coût : suivi en centre médico-psychologique après un délai d'attente de cinq mois, gratuit ; les cinq premières séances ont été prises en charge en libéral pendant l'attente, à 80 € la séance, soit 400 €.
Ces trois exemples partagent une caractéristique mesurable : le nombre de séances reste compris entre 12 et 18, conforme aux fourchettes des protocoles brefs, et le coût total en libéral se situe entre 400 et 1 800 € selon la durée et le recours ou non au secteur public.
Sept idées reçues sur la thérapie systémique, et ce que disent les données
« Une thérapie familiale cherche le coupable. » La méthode décrit des séquences d'interaction observables. La connotation positive, outil issu de l'école de Milan, reformule même le symptôme comme une tentative de protection du groupe, ce qui va à l'encontre d'une logique accusatoire.
« C'est réservé aux familles en crise grave. » Les indications les mieux documentées incluent la détresse conjugale ordinaire, avec une taille d'effet de 0,71 sur l'insatisfaction conjugale mesurée sur 16 études, ainsi que les transitions de vie sans pathologie constituée.
« Il faut que tout le monde vienne, sinon ça ne marche pas. » L'intervention systémique individuelle est enseignée dans les instituts français et repose sur le principe du Mental Research Institute : un changement introduit par un seul membre déplace l'équilibre du système.
« La thérapie systémique n'a pas de preuves scientifiques. » La méta-analyse Shadish de 1995 rassemble 163 études contrôlées et mesure une taille d'effet globale de 0,51 face aux groupes témoins. La Haute Autorité de santé recommande l'approche familiale en grade B pour l'anorexie mentale de l'enfant et de l'adolescent.
« La thérapie systémique remplace un traitement psychiatrique. » Elle s'articule avec lui. Dans la schizophrénie, les interventions familiales sont proposées en complément du traitement, sur la base des travaux montrant une fréquence de rechutes plus élevée lorsque les critiques adressées au proche malade sont trop intenses.
« Une thérapie de couple sauve toujours le couple. » L'objectif du travail est la clarification de la relation. Une séparation décidée en connaissance de cause, avec une coparentalité organisée, constitue un résultat thérapeutique légitime.
« La double contrainte prouve que les familles rendent malade. » L'hypothèse formulée en 1956 par le groupe de Gregory Bateson a été abandonnée comme explication causale de la schizophrénie. Le concept survit comme description d'un mode de communication, sans portée étiologique.
Ressources françaises à contacter
Quatre catégories de ressources publiques et associatives complètent le recours à un praticien de thérapie systémique.
Pour trouver un professionnel. L'annuaire des psychologues partenaires du dispositif Mon soutien psy est publié sur ameli.fr ; les psychologues y sont sélectionnés par un comité d'experts sur des critères de formation et d'expérience. Le centre médico-psychologique du secteur se trouve auprès de la mairie ou de l'hôpital de rattachement, et l'accueil y est gratuit.
Pour l'information en santé mentale. Psycom, organisme public d'information sur la santé mentale, publie des dossiers et un annuaire des ressources par département. Santé publique France diffuse les données épidémiologiques de référence, dont le Baromètre santé.
Pour les situations de danger. Le 3114 pour la prévention du suicide, le 119 pour l'enfance en danger, le 3919 pour les violences au sein du couple, le 3018 pour le harcèlement et le cyberharcèlement des mineurs. La plateforme de signalement en ligne des violences sexistes et sexuelles est accessible 24h/24 et permet d'échanger avec des forces de police ou de gendarmerie formées.
Pour les droits et l'accompagnement social. Le réseau des centres d'information sur les droits des femmes et des familles, fédéré par la FNCIDFF, couvre l'ensemble du territoire par des permanences locales et propose un accueil inconditionnel, gratuit et sans jugement, assuré par des équipes pluridisciplinaires. Les caisses d'allocations familiales financent les services de médiation familiale conventionnés. Le Défenseur des droits, autorité administrative indépendante, est saisi gratuitement en cas d'atteinte aux droits de l'enfant ou de difficulté avec une administration.
FAQ : vos questions sur la thérapie systémique
Combien coûte une thérapie systémique en France ?
En cabinet libéral, la séance se facture entre 70 et 130 € selon la région et sa durée, qui va de 60 à 90 minutes. Un suivi de 12 à 18 séances représente donc 900 à 2 000 €. En centre médico-psychologique, la prise en charge est entièrement gratuite. Aucun barème public ne fixe les honoraires des psychologues libéraux, dont les tarifs restent libres hors dispositif conventionné. Certaines complémentaires santé remboursent un forfait annuel de 100 à 400 €.
La thérapie familiale est-elle remboursée par la Sécurité sociale ?
En centre médico-psychologique, en centre médico-psycho-pédagogique et à l'hôpital, les entretiens familiaux sont gratuits car financés par l'Assurance Maladie. En libéral, le dispositif Mon soutien psy couvre 12 séances par an à 50 €, remboursées à 60 % par l'Assurance Maladie, mais il finance un accompagnement individuel et non le format familial conjoint. Les consultations chez un psychiatre libéral conventionné sont remboursées selon les règles habituelles des consultations médicales.
Combien de séances faut-il prévoir ?
Les protocoles brefs issus du Mental Research Institute fixent une limite de 10 séances. La pratique française courante se situe entre 10 et 20 rendez-vous, espacés de deux à quatre semaines, soit une durée totale de six mois à un an. Le traitement familial de l'anorexie de l'adolescent, formalisé à l'hôpital Maudsley de Londres, s'étale sur plusieurs mois et débute par une phase d'environ dix séances centrée sur la reprise de poids. L'absence de tout changement observable après cinq à six séances justifie de rediscuter l'indication avec le praticien.
Faut-il que toute la famille accepte de venir ?
Non. Trois options existent quand un membre refuse. Le travail commence sans lui et la place vide se commente en séance. Le thérapeute lui adresse une invitation écrite formulée comme une demande d'information. Ou bien une intervention systémique individuelle s'engage, où la personne présente modifie sa propre part de la séquence. Le modèle du Mental Research Institute établit qu'un changement introduit par un seul membre déplace l'équilibre de l'ensemble.
Quelle différence entre thérapie de couple et médiation familiale ?
La thérapie de couple travaille les règles relationnelles et les séquences d'interaction, avec un psychologue ou un psychiatre formé. La médiation familiale organise les accords pratiques après une séparation, avec un médiateur familial diplômé d'État, dans un service conventionné financé par les caisses d'allocations familiales, avec une participation calculée selon un barème national progressif indexé sur les revenus. La loi du 30 juillet 2020 interdit au juge de proposer ou d'imposer une médiation familiale en cas de violences alléguées ou d'emprise manifeste.
Comment vérifier qu'un praticien est formé à la thérapie systémique ?
Le titre de psychologue suppose une licence de psychologie, un master mention psychologie avec mémoire et stage, et une inscription au RPPS auprès de l'agence régionale de santé. La formation systémique relève d'un cursus complémentaire long : l'IFATC forme sur quatre années et 104 jours, et d'autres organismes comme le COPES ou les CEMÉA proposent des cursus comparables. Demandez l'institut de formation, le nombre d'années suivies et l'existence d'une supervision actuelle.
La thérapie systémique convient-elle aux enfants ?
Oui, dès cinq ou six ans, avec des supports adaptés comme le dessin, le jeu ou la sculpture familiale. Trois règles encadrent leur participation : l'enfant n'arbitre pas un conflit d'adultes, aucune information sur la vie conjugale des parents ne lui est transmise, et il garde la possibilité de quitter la pièce. Les centres médico-psycho-pédagogiques accueillent les 0 à 20 ans, avec un délai moyen de 6,1 mois avant la première consultation en 2022 selon la DREES.
Comment Todopsy vous aide à vous orienter
Todopsy est une plateforme française consacrée à la psychologie, entièrement gratuite à tous les niveaux, sans publicité ni mur payant. Elle a été créée pour donner à la psychologie une place lisible dans le quotidien des Français, et elle se trouve aujourd'hui en phase de démarrage, sans modèle commercial.
Un contenu éducatif en accès libre. Articles, dossiers, revues de cas et revues de littérature couvrent l'ensemble du champ de la psychologie, sources citées et affirmations mesurées. Ce guide sur la thérapie systémique complète nos dossiers sur les autres orientations disponibles en France, dont les thérapies humanistes de Rogers, Gestalt et EFT, sans hiérarchie idéologique entre les approches.
Une mise en relation avec un psychologue. Le système de matching combine un algorithme, une couche d'intelligence artificielle et un conseil humain, pour orienter vers le praticien dont la formation correspond à la demande. Pour une demande systémique, ce filtrage porte sur le cursus complémentaire suivi, plusieurs années dans les instituts de référence, et sur la pratique effective auprès de familles ou de couples.
Un outil de visioconférence offert aux praticiens. Les psychologues qui souhaitent consulter à distance disposent gratuitement de la plateforme, sans abonnement ni commission sur les séances. Todopsy ne vend pas de séance et ne prélève rien sur la relation thérapeutique, qui se noue directement entre le patient et le professionnel.
Si vous hésitez entre plusieurs orientations, le panorama des approches thérapeutiques validées reste le point de départ le plus rapide pour situer la thérapie systémique parmi les autres options remboursables ou accessibles en France.
Conclusion
La thérapie systémique traite le lien plutôt que la seule personne qui présente le symptôme, sur un format court de 10 à 20 séances réunissant deux à six membres d'un même système. Son niveau de preuve est établi : une taille d'effet globale de 0,51 sur 163 études contrôlées, une recommandation de grade B de la Haute Autorité de santé pour l'anorexie mentale de l'enfant et de l'adolescent, et un écart statistiquement non significatif avec les psychothérapies individuelles sur les problèmes comparables.
Le parcours français offre trois entrées praticables. Le médecin traitant évalue et oriente. Le centre médico-psychologique accueille gratuitement, au prix d'une attente qui atteignait 6,1 mois en 2022 pour les structures dédiées aux enfants. Le secteur libéral répond en quelques semaines, entre 70 et 130 € la séance, avec 12 séances annuelles à 50 € remboursables à 60 % par le dispositif Mon soutien psy pour un accompagnement individuel.
Deux repères restent à garder en tête avant d'engager une démarche. La sécurité prime sur le travail relationnel : en cas de violences ou d'emprise dans le couple, le format conjoint est écarté et les dispositifs de protection prennent le relais, avec le 3919, le 119 pour un enfant en danger et le 3114 en cas d'idées suicidaires. Et la formation du praticien compte plus que l'étiquette de l'approche, puisque la seule variable qui distingue les résultats dans la littérature reste la rigueur du protocole appliqué. Une thérapie systémique conduite par un professionnel formé pendant quatre ans, choisie pour une demande qui porte réellement sur un lien, offre un cadre de travail dont l'efficacité est aujourd'hui documentée en France comme à l'international.
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Sources :
- Remboursement de séances chez le psychologue : dispositif Mon soutien psy : Assurance Maladie, 2026
- Santé mentale : le dispositif Mon soutien psy pour un accompagnement accessible à tous : Assurance Maladie, 2026
- Prévalence des états anxieux chez les 18-85 ans, Baromètre Santé publique France : Bulletin épidémiologique hebdomadaire, Santé publique France, 2025
- Psychothérapie : trois approches évaluées, expertise collective : Inserm, 2004
- Efficacité des thérapies familiales systémiques, Stéphan Hendrick : Thérapie Familiale, 2009
- Anorexie mentale : prise en charge, recommandations de bonne pratique : Haute Autorité de santé, 2010
- Les CAMSP et les CMPP ont accompagné 232 000 enfants en 2022 : DREES, Études et Résultats n° 1333, 2025
- Violences au sein du couple, information et orientation : Gouvernement français, 2025
- Proposition de loi visant à protéger les victimes de violences conjugales : Sénat, 2020
- Étude statistique de l'activité du 119, année 2024 : SNATED, France Enfance Protégée, 2025
- Le 3018, numéro national contre le harcèlement et le cyberharcèlement : Association e-Enfance, 2025
- Rapport d'activité 2024 du réseau des CIDFF : FNCIDFF, 2025
- Bascule des professionnels ADELI dans le RPPS : Agence du numérique en santé, 2024
- Psychologue, une profession réglementée en France : Ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, 2024
- Psycom, information sur la santé mentale et annuaire des ressources : Psycom, organisme public d'information, 2025
- Le 3114, numéro national de prévention du suicide : Gouvernement français, 2025
- Médiation familiale, dispositif de soutien aux partenaires : Caisse nationale des Allocations familiales, 2025
- Données chiffrées de l'activité du 119 : SNATED, France Enfance Protégée, 2025